BERRAMDANE (Abdelkhaleq), Le partenariat euro-méditerranéen à l’heure du cinquième élargissement de l’Union européenne: A l’heure du cinquième élargissement de l’Union européenne, Paris,  Karthala, 2005, 430 pages.

L’Europe est liée géographiquement, historiquement, charnellement à la Méditerranée. Depuis les temps immémoriaux, la Méditerranée a joué un rôle exceptionnel de carrefours de peuples et de civilisations. A l’heure de la mondialisation et de l’interdépendance croissantes, de la constitution de grands ensembles, le partenariat euro-méditerranéen (dit processus de Barcelone, 27-28 novembre 1995), mis en place par l’Union européenne et ses voisins des rives méridionales et orientales de la Méditerranée, a marqué un tournant dans les relations de l’Union avec ses voisins méditerranéens. Il a rompu avec une approche traditionnelle, essentiellement bilatérale et commerciale, et opté pour une stratégie globale, multilatérale durable, visant à établir une zone de paix et de stabilité partagées, de plus d’un milliard d’habitants.  Le centre de gravité de l’Union s’est déplacé aujourd’hui à l’Est. Pour autant, l’Europe élargie peut-elle se détacher de ses  » marches  » méditerranéennes ? Peut-elle ignorer cet espace hétérogène, traversé de conflits (mer Egée, Sahara occidental, Moyen-Orient), marqué par le repli identitaire et la violence, mais ô combien nécessaire à la paix et à la sécurité de l’Union ? Les pays des rives méridionales et orientales de la Méditerranée peuvent-ils se passer de l’Union, leur premier partenaire commercial, premier investisseur direct étranger dans la région, première source d’assistance et de moyens de financement, première source de tourisme et première destination de migrants de ces pays ? N’y va-t-il pas de leur prospérité et de leur stabilité ?

Cet ouvrage, issu d’un colloque international et multidisciplinaire, organisé par le Groupe d’études et de recherches sur la coopération internationale et européenne (GERCIE) de l’Université de Tours, porte précisément sur les implications du cinquième élargissement de l’Union européenne, le plus important depuis la création des Communautés européennes, sur le partenariat euro-méditerranéen. Cet élargissement ne risque-til pas de modifier la nature et l’intensité des relations entre l’Union européenne, ses Etats membres et les pays voisins de la Méditerranée, et plus particulièrement les Etats du Maghreb ? Ne pose-il pas de façon générale la question des frontières de l’Union ?

Tout en dressant, à l’occasion du dixième anniversaire du partenariat euro-méditerranéen, le bilan en demi-teinte du processus de Barcelone, ce livre envisage l’avenir des relations euro-méditerranéennes dans le cadre d’une Europe élargie à vingt-cinq. Il propose différentes voies qui pourraient être empruntées afin d’éviter que le partenariat euro-méditerranéen ne s’ensable et ne finisse par être emporté par les vents qui soufflent en tous sens en Méditerranée.

 

Palestine : mémoire et perspectives, éd. Bichara Khader, Paris, Syllepse, 2005, 200 p.

L’histoire contemporaine des Palestiniens s’apparente à un long fleuve tumultueux et à une accumulation de déchirures. Depuis la mort en 1904 du fondateur du sionisme, Theodor Herzl, jusqu’au gouvernement Sharon un siècle plus tard, elle s’est écrite au détriment d’un peuple jeté sur les routes de l’exil ou victime de l’occupation. Pourtant – et c’est sans doute l’une des surprises de l’histoire – les Palestiniens, que les dirigeants sionistes se sont échinés à effacer de leur champ de vision, en gommant leur mémoire ou en les noyant dans « l’océan arabe », apparaissent plus visibles que jamais, d’abord dans la figure du « réfugié-résistant », ensuite dans celle de l’ »occupé » qui se soulève (Intifada). Cette sortie de l’invisibilité permet de déterrer la mémoire palestinienne des gravats de l’histoire officielle des vainqueurs. Les conditions de vie actuelles de la population palestinienne plaident d’elles-mêmes pour une issue urgente et juste au conflit, qui ne pourra pas se résoudre par la formule explosive du « eux ou nous ». Une autre démarche morale s’impose, une démarche visant à surmonter les douleurs du passé et du présent, pour écrire les pages d’un futur partagé, susceptible de mettre fin à l’occupation et à l’exil.