11/12/2007

Dialogue Nord-Sud Méditerranée

Conférence – débat Mardi 11 décembre 2007
Organisé par le Mouvement Européen International (MEI) et l’Association Royale de la Presse Nord-Sud (ARPNS)

 

Mot de bienvenue du Président de l’ARNPS

Présentation des intervenants par le Président d’Honneur de l’ARNPS

L’Europe est aujourd’hui frappée par une grande apathie, qui la pénalise par rapport aux autres géants comme les Etats-Unis ou la Chine. L’actuelle fuite des cerveaux attaque sa capacité de résistance à la concurrence mondiale. La faiblesse de l’Europe est entre autre due à un individualisme croissant exprimé par certains de ces membres (Cfr. l’Union Méditerranéenne de Nicolas Sarkozy qui vient saper les compétences du processus de Barcelone).

La Commission Méditerranée du Mouvement Européen International

par M. Charles-Ferdinand Nothomb, Président de la Commission Méditerranée

Cette conférence s’ancre dans une actualité prolifique concernant la région :

  • sommet UE-Afrique à Lisbonne
  • visite de Mouammar Qadafi en France
  • Attentats en Algérie le jour-même (M. Nothomb revient d’une célébration du 59e anniversaire des Droits de l’Homme organisée par le Président Bouteflika).

La Commission Méditerranée du MEI est née suite à une constatation : il règne une confusion dans le chef des pays du Sud Méditerranéen par rapport aux positions Occidentales (ONU, USA, …), et donc également par rapport aux positions européennes. Parmi toutes les collaborations existantes avec la région, le Processus de Barcelone est la plus solide. La Commission Méditerranée vise elle à instaurer un dialogue sur le long terme entre les populations civiles des rives de la Méditerranée.

Le MEI est né en 1948. Il réunit aujourd’hui 43 représentations nationales. Ses membres sont plus nombreux que ceux de l’Union Européenne puisqu’il est fondé comme soutien civil au Conseil de l’Europe dont le membership est plus large (il comprend entre autre la Turquie).

Les avantages de la Commission Méditerranée du MEI:

  • Ne pas être liée à l’Union Européenne, ce qui permet d’adopter des positions ou lignes d’action différentes.
  • Membership plus large visant une intégration plus large. La Turquie qui est membre du Conseil de l’Europe, est également membre du MEI. Tout comme il l’a fait pendant la deuxième moitié du vingtième siècle en Europe, le MEI espère pousser les opinions publiques vers davantage d’intégration. L’Union Européenne connaît aujourd’hui un tournant de son histoire : intérieurement assez solide, son futur réside à présent dans ses rapports au monde. Comme première étape, l’Europe se tourne vers ses plus proches voisins au Sud et à l’Est. Le MEI ne se base pas sur des manifestes mais pousse les liens entre les populations civiles dans le long terme.
  • Nouveaux partenariats contrairement à l’immobilisme du Processus de Barcelone. Le Partenariat euro-méditerranéen (Pem) a été créé en 1995 lorsque tout monde croyait à une paix israélo-palestinienne. Mais les négociations ont échoué, ce qui a dès le départ enraillé le fonctionnement du Pem. Le MEI a invité à Malte en 2004 ceux qui souhaitaient collaborer à un nouveau dialogue. Les intéressés furent nombreux : Ligue arabe, OCI, patrons, chercheurs, bibliothèque d’Alexandrie… La question qu’ensemble ils se sont posés est « Pouvons-nous construire une vision commune de l’avenir ? ».

La Bibliothèque d’Alexandrie avait organisé au début de l’année 2004 un forum pour une réforme arabe. Leur but était également de construire une vision arabe commune. La Bibliothèque s’est donc imposée comme partenaire privilégiée du MEI. Ensemble, et sur l’invitation des Femmes chefs d’entreprise d’Algérie, ils ont organisé un Congrès à Alger en 2006 d’où une déclaration est sortie.

Un des premiers thèmes traités est l’immigration. Un grand ressentiment s’est constitué au Sud par rapport aux politiques migratoires du Nord. Les « porteurs de dialogue » que sont les étudiants, chercheurs, professeurs, intellectuels et artistes du Sud obtiennent avec difficulté leurs visas, et cela à chaque fois qu’ils désirent se rendre en Europe. Là se remarque toutes les contradictions de la politique européenne vis-à-vis du Sud, tiraillée entre le dialogue et les mesures sécuritaires développées dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

Il est difficile de faire participer la société civile dans le dialogue officiel. Il faut donc entraîner la société civile et les dirigeants dans un mouvement de rapprochement et de dialogue (comme ce fut le cas après la Deuxième guerre mondiale pour l’Europe). Ce dialogue doit être général (différents en cela des dialogues religieux, politiques, économiques ou culturels qui sont souvent trop techniques) et doit inclure ceux qui vivent dans les pays Méditerranéen du Sud (non pas leurs représentants en Europe) et qui en façonnent tous les jours la réalité.

La politique méditerranéenne de l’Union Européenne

Par M. Eneko Landabaru, Directeur Général aux Relations Extérieures de la Commission Européenne

On a fêté cette année le 50e anniversaire du Traité de Rome. Il y a cinquante ans de grands hommes (Schuman, Adenauer, Monnet…) ont eu une vision lorsque l’Europe se situait dans le chaos et leur rêve s’est réalisé. Le message est donc de rester optimiste même dans les moments les plus noirs. Aujourd’hui non seulement il n’y a plus de guerres en Europe mais l’intégration européenne s’est élargie à ses voisins de l’Est. Sur ce point, la réalité a dépassé le rêve de ceux qui avaient imaginé l’Europe.

M. Landabaru s’est trouvé dans les négociations avec les pays de l’Est en vue de leur entrée dans l’UE. Lors de difficiles négociations concernant l’industrie métallurgique polonaise, Bronislaw Geremek souligne que l’importance réside non pas dans ces négociations techniques, mais dans le fait de « réconcilier la géographie et l’histoire ».

Pendant cinquante ans, l’Europe s’est beaucoup occupée d’elle-même. Aujourd’hui, il est temps qu’elle s’occupe de sa place dans le monde. Ce tournant (signalé avant par M. Nothomb) se voit déjà dans la position progressiste de l’UE en matière de réchauffement climatique (cfr. Conférence de Bali, novembre 2007). L’Europe est également la première puissance donatrice en matière d’aide au développement, la deuxième monnaie de réserve du monde, mais par contre, elle n’est pas encore un acteur politique global.

Nous devons nous inscrire dans une mutation qui transformerait l’Europe économique en Europe politique. Il faut une politique qui permette à l’UE d’asseoir son influence au niveau mondial. Pourquoi ? Parce que dans un monde de plus en plus interdépendant, il est nécessaire de répondre ensemble aux grands défis mondiaux : climat, terrorisme, migrations, ADM, … Divisée, l’Europe ne peut avoir de réponse adéquate et restera vulnérable.

Priorité en matière de relations extérieures :

    1. les Balkans : cette région est au cœur de l’Europe. Il est nécessaire de parvenir à une complète pacification. Pour cela, l’Europe doit être unie. (cfr. Problème du Kosovo)
    2. la Politique de voisinage (Pev) : importance des relations avec le Sud et l’Est de la Méditerranée. Pourquoi ? Parce que la tâche des relations extérieures est d’assurer la sécurité de ses citoyens et de développer l’influence de son économie et de ses valeurs politiques et culturelles. Or les problèmes du terrorisme, des ADM et de l’immigration menacent l’UE et nécessite des réponses concertées avec les pays voisins.

La politique méditerranéenne de l’UE comprend quant à elle deux piliers :

Le Processus de Barcelone ou Partenariat euro-méditerranéen (Pem) : une idée ambitieuse d’un club commun à l’ensemble du pourtour méditerranéen. Ce partenariat vise trois objectifs

    • établir un cadre de négociation politique ;
    • parvenir à une plus grande prospérité économique et sociale par l’établissement d’une zone de libre échange (ZLE) en Méditerranée
    • développement d’un dialogue culturel et sociétal euro-méditerranéen.

Aujourd’hui, le bilan est mitigé et cela pour trois raisons :

    • Politique : la guerre israélo-palestinienne a plombé tout type de dialogue sérieux entre l’Europe et la Méditerranée. Le Processus de Barcelone demeure un lieu de dialogue mais où l’on n’avance plus.
    • Economique : il n’y pas eu de démarrage. La carotte de la prospérité n’a pas fonctionné pour les pays de la Méditerranée. Le processus d’intégration régional Sud-Sud ne fonctionne pas parce que les rivalités persistent. Or le processus d’intégration aurait été un appel d’air à l’investissement.
    • Culturelle : il y a eu beaucoup de réalisations sur le plan culturel, mais pas de réelle compréhension mutuelle entre les peuples. Les réalisations de la Fondation Annah Lindh sont positives mais n’atteignent pas les masses. Ensuite, la vague de fondamentalisme islamique qui secoue le monde arabe freine beaucoup le dialogue. Il faut néanmoins noter que la montée de l’islamisme est elle-même due à un manque de développement économique, à la corruption… qui encourage les jeunes à se tourner vers l’Islam radical.

Bilan gris donc bien qu’on ait pas ici souligner les nombreuses réalisations du Partenariat euro-méditerranéen.

La Politique européenne de voisinage (Pev) : elle représente ce qui manquait au Processus de Barcelonen, c’est-à-dire un cadre de dialogue de l’UE avec chaque pays du Sud Méditerannéen.

La Pev a engrangé des succès réels, et grâce à un avantage : elle est adaptée à la volonté de chaque acteur et permet donc des plans d’action plus solides (ex. le Maroc désire s’investir beaucoup plus que l’Algérie dans ses relations avec l’UE, la Jordanie montre une volonté de partenariat élargi, tandis que l’Egypte désire un partenariat intermédiaire). Son défaut est de par contre accentuer les différences entre les pays de l’UE (ex. par rapport à la Syrie, la France bloque le dialogue depuis l’assassinat de Rafik Hariri).

Note sur l’Union Méditerranéenne proposée par Nicolas Sarkozy :

En plein campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a lancé l’idée d’une Union Méditerranéenne qui se baserait sur un acte de fondation qui inclurait les pays qui le désirent (comme le fut le Marché Commun). C’étaient là des mots de campagne, et suite à l’élection, le quai d’Orsay ne semblait pas avoir de réels plans sur la question. Mais depuis, les aspects négatifs pour l’UE en ont été gommés suite à la visite à Paris de la Chancellière allemande Angela Merkel. Celle-ci a insisté pour qu’une telle réalisation se fasse avec tous les pays européens (ou pas du tout). Cela mis à part, l’initiative française est bonne puisqu’elle veut s’engager plus en Méditerranéen, ce qui est positif.

Le président Sarkozy invitera les chefs d’Etats en juin pour lancer de grands projets complémentaires au Processus de Barcelone ou à la Pev (ex. nettoyer et dépolluer la Méditerranée). Par contre, l’Union Européenne n’a pas les moyens de financer des projets supplémentaires. Les pays membres devront donc y pourvoir eux-mêmes.

Conclusion

Une amélioration qualitative des relations euro-méditerranéennes est possible si :

  • Israéliens et Palestiniens parviennent à un accord de paix (Landabaru n’est pas optimiste concernant Annapolis).
  • Les pays du Sud Méditerranéen acceptent une intégration économique régionale. L’Europe verse déjà 12 milliards d’euros à la Méditerranée. Il faut maintenant attirer les investissements d’entreprises. Pour cela la ZLE est le meilleur moyen.
  • Il faut que les pays du Sud Méditerranéen s’approprient les idées de l’UE, qu’il considère cela comme un vrai partenariat, et non comme du néo-colonialisme. Un ownership des idées UE est nécessaire pour parvenir à un win-win process. Quant à l’UE, elle doit être plus humble pour s’attirer la confiance de ses partenaires.
  • Un développement de la société civile est nécessaire car ce sont les peuples sui décident. Les dirigeants doivent donc obtenir l’aval de la société civile.