According to an article published last Monday by Le Figaro, the situation of Christians in Algeria today is very worrying. Many of them were arrested for proselytizing when their only crime is to pray outside a place of worship, or simply being a Christian and likely to influence Muslims in their faith.

In February 2006, a law was passed to ensure « respect and tolerance » between different faiths. It is actually designed to protect Muslims from any temptation to conversion, and as such is contrary to a fundamental freedom, wich is the freedom of religion. Nevertheless, the fault is not only to put in the hands of Muslim fundamentalists.

Since the founding of the Society of Missionaries of Africa by Cardinal Lavigerie in 1868, Christians have known different conditions in Algeria. As was stated by Mgr Teissier, Archbishop of Algiers, at a conference of the UCSIA in Antwerp, the situation of Christians in Algeria is never gained. But if their situation now seems again precarious, it is primarily due to the action of the new evangelists in the region.

Coming from the United States, they are from a fundamentalist trend and swarm now around the world. They have a great credit to the current Bush administration and thus benefit from the protection of American embassies to become rooted in some parts of the southern and eastern Mediterranean. Hard defenders of Israel, these new Evangelists have embarked on a crusade against Muslims.

They often based their strategy on the « divide and conquer » principle and choose their targets among separatist minorities. To take the case of Algeria, the evangelists proselytizing is exempt particularly in Kabylie. In this region, the evangelists are trying to convert the poorest giving to the one school aid, to the other money or even a visa to the United States. They seem to achieve their ends  since some people in Algeria are now qualifying this region as « a weak link, in the process of evangelization. »

Christians in Algeria are assimilated to the Evangelists and sometimes more severely affected the reaction of Muslim authorities because they don’t benefit like them from the protection of diplomatic authorities. But Christians in Algeria have always ruled out proselytizing, providing assistance to all irrespective of their faiths, denying conversions of Muslims against their community. Through this type of behavior they create over time a climate of confidence between them and the Algerian people. But today’s fragile confidence is now undermined by the action of the Evangelists.

As long as they are under the wing of Washington, nothing seems to be able to counter the spread of these « new crusaders ». Let us hope that the next occupant of the White House will open his eyes and remove his support to this harmful community.

N.J.O.

 

 

Selon un article publié lundi passé par Le Figaro, la situation des chrétiens d’Algérie est aujourd’hui très préoccupante. Beaucoup d’entre eux sont arrêtés pour prosélytisme alors que leur seul crime est de prier hors d’un lieu de culte, ou de simplement être de confession chrétienne et susceptible d’influencer des musulmans dans leur foi.

En février 2006, une loi a été adoptée pour garantir « le respect et la tolérance » entre les différentes confessions. Celle-ci ne vise en réalité qu’à protéger les musulmans de toute tentation de conversion, et va à ce titre à l’encontre d’une liberté fondamentale qui est la liberté de confession. Néanmoins, la faute n’est pas uniquement à mettre dans le chef des fondamentalistes musulmans.

Depuis la fondation de la Société des Missionnaires d’Afrique par le Cardinal Lavigerie en 1868, les chrétiens ont connus des conditions très variables en Algérie. Comme l’avait dit le Mgr Teissier, Archevêque d’Alger, lors d’une conférence de l’UCSIA à Anvers, la situation des chrétiens d’Algérie n’est jamais acquise. Mais si leur situation semble aujourd’hui à nouveau précaire, c’est avant tout du fait de l’action des nouveaux Evangélistes dans la région.

Originaires des Etats-Unis, ces derniers sont de tendance fondamentaliste et essaiment dans le monde entier. Ils bénéficient d’un grand crédit auprès de l’actuelle administration Bush et profitent donc de la protection des ambassades américaines pour s’ancrer dans certaines régions du Sud et de l’Est Méditerranéen. Fervents défenseurs d’Israël, ces nouveaux Evangélistes se sont lancés dans une croisade contre les musulmans.

Ils s’appuyent souvent sur la stratégie « diviser pour régner » et choisissent leurs cibles parmi les minorités séparatistes. Pour prendre le cas de l’Algérie, le prosélytisme évangélique se dispense surtout en Kabylie. Dans cette région, les Evangélistes tentent ainsi de convertir les plus démunis donnant aux uns des aides scolaires, aux autres de l’argent ou encore un visa pour les Etats-Unis. Ils semblent parvenir à leurs fins puisqu’en Algérie certains qualifient maintenant cette région de « maillon faible en voie d’évangélisation ».

Les chrétiens d’Algérie sont assimilés aux Evangélistes et subissent parfois plus durement la réaction des autorités musulmanes, ne bénéficiant pas comme eux de la protection des autorités diplomatiques. Or les chrétiens d’Algérie ont toujours exclu le prosélytisme, apportant leur aide à tous indépendamment de leurs confessions, refusant les conversions de musulmans contre leur communauté. Cette manière d’agir a su créer au fil du temps un climat de confiance entre eux et la population algérienne. Aujourd’hui cette fragile confiance est mise à mal par l’action des Evangélistes.

Tant qu’ils sont sous l’aile de Washington, rien ne semble pouvoir être fait contre l’expansion de ces « nouveaux croisés ». Espérons que le prochain occupant de la Maison Blanche ouvrira les yeux et retirera son soutien à cette communauté néfaste.

N.J.O.

 

 

Suite à l’assassinat à Damas d’un des hommes forts de la branche armée du Hezbollah, Imad Moughnieh, Hassan Nasrallah a publiquement déclaré une « guerre ouverte » à Israël qu’il accuse d’avoir perpétrer l’attentat. Les partisans du Hezbollah se sont rassemblés à Beyrouth pour exprimer leur colère. Néanmoins malgré cette montée des tensions entre Israël et le Hezbollah, il est aujourd’hui davantage question de l’équilibre interne du Liban.

En effet, trois ans après l’assassinat de Rafik Hariri, les partisans de la majorité sont toujours aussi nombreux à descendre dans la rue pour réclamer la vérité sur la mort de l’ex-Premier Ministre et pour dénoncer la main mise syrienne sur le Liban. Ils veulent une poursuite et un aboutissement de la Révolution du Cèdre.

Jeudi 14 février, deux manifestations de masse se juxtaposaient donc dans Beyrouth : les partisans de la majorité s’étaient rassemblés sur la place des Martyrs, tandis que leHezbollah avait organisé une marche dans le sud de la ville. D’importants dispositifs militaires avaient été mis en place pour éviter un dérapage de la situation.

Depuis l’assassinat de Rafik Hariri et davantage encore depuis le conflit de juillet-août 2006 contre Israël l’équilibre politique est rompu au Liban. La situation s’enlise, les parties ne s’accordent plus. Ainsi majorité et opposition négocient depuis trois mois sans succès pour parvenir à la nomination d’un Président. Bien que Michel Sleimane soit reconnu comme le candidat du consensus, l’opposition est encore réticente malgré de nombreuses tentatives de médiation de la part de la Ligue arabe. Selon certains, cette paralysie politique est condamnée à durer, peut-être même jusqu’au prochain rendez-vous avec les urnes pour les législatives du printemps 2009.

Un tel scénario de statut quo semble toutefois préférable à celui du pire, à savoir une nouvelle guerre civile au Liban. Walid Joumblatt, un des leaders les plus radicaux du Mouvement du 14 mars s’est dit prêt à une guerre. Espérons que tous les responsables politiques ne réagissent pas comme lui et s’emploient davantage à calmer les volontés belliqueuses qu’à les encourager.

N.J.O.

 

 

Following the assassination in Damascus of a important men of the armed wing ofHezbollah, Imad Moughnieh, Hassan Nasrallah publicly declared an « open war » on Israel and accused it of having perpetrated the attack. Yet despite this rising tensions between Israel and Hezbollah, it is now more a matter of internal instability in Lebanon.

Indeed, three years after the assassination of Rafik Hariri, supporters of the majority are still as many to take to the streets to demand the truth about the death of the former Prime Minister and to denounce the Syrian grip on Lebanon. They want a continuation and completion of the Cedar Revolution.

Thursday, two mass demonstrations in Beirut took place in the same time: supporters of the majority gathered on the Place des Martyrs, while Hezbollah organized a march in the south of the city. Significant military devices were in place to prevent a slide of the situation.

Since the assassination of Rafik Hariri and even more since the conflict in July-August 2006 against Israel political balance is broken in Lebanon. The situation is bogging down, the parties cannot agree more with each other. For example, the majority and the opposition are now negotiating for three months without success to reach the appointment of a President. Although Michel Sleimane is recognized as the candidate of consensus, the opposition is still reluctant despite numerous attempts at mediation by the Arab League. According to some, this political paralysis is condemned to continue, perhaps even until next appointment with the parliamentary polls in spring 2009.

Such a scenario of the statu quo seems preferable to the worse, a new civil war in Lebanon.Walid Jumblatt, one of the most radical leaders of the Movement of March 14, has expressed its readyness to war. Let us hope that all political leaders do not react like him and are more willing to appease the belligerent than encourage them.

N.J.O.

 

 

Published Wednesday, the Winograd report on the management of the Lebanon war of 2006 deals a further blow to the government of Ehud Olmert. Although the commission of inquiry led by Judge Eliyahu Winograd does not explicitly recommend the resignation of the Israeli Prime Minister, it underlines its mismanagement of the war against Hezbollah.

Ehud Olmert has already indicated that he will remain in power, but that he will also take this report into account to make reforms. However, this approach seems unlikely to convince the opposition, which requires the resignation of the Prime Minister.

With regard to peace yet, resignation or not, the situation is similar. If Olmert continues negotiations without a strong mandate from the Israeli population, the progress will only be fake. If he resigns, the situation will be clearer, but the peace process should then be reconsidered on other basis which may make it fail again.

The responsibility of a new failure could not be entirely attributed to the Hebrew state. On the Palestinian side, Hamas and Fatah camped in their positions despite efforts made by the Egyptian President Hosni Mubarak to reach an agreement. Mahmoud Abbas refuses indeed any discussion until Ismail Haniyeh‘s Hamas does not recognize his mistake and returns under the Palestinian Authority’s power, what the latter does not seem ready to do.

We can therefore no more speak about hopes on the success of the peace process and the establishment of a Palestinian state before the end of the year. A success would indeed be a miracle, or a mirage.

N.J.O.

 

 

Publié mercredi, le rapport Winograd sur la gestion de la guerre du Liban de 2006 porte un nouveau coup au gouvernement d’Ehoud Olmert. Bien que la Commission d’enquête menée par le juge Eliahou Winograd ne recommande pas explicitement la démission du Premier Ministre israélien, elle souligne sa mauvaise gestion de la guerre contre le Hezbollah.

Ehud Olmert a d’ores et déjà fait savoir qu’il resterait au pouvoir, mais s’appuierait sur ce rapport pour effectuer des réformes. Il y a peu de chances néanmoins que cette attitude soit de nature à convaincre l’opposition qui exige quant à elle la démission du Premier Ministre.

Eu égard à la paix pourtant, démission ou pas, la situation est la même. Si Olmert poursuit les négociations sans un mandat assez fort de la part de la population israélienne, les avancées ne seront que factices. S’il démissionne, la situation sera plus claire mais le processus de paix devra être reconsidéré sur d’autres bases ce qui risque de le faire à nouveau échouer.

La responsabilité d’un nouvel échec ne pourrait néanmoins être entièrement attribué à l’Etat hébreu. Du côté palestinien, Fatah et Hamas campent sur leurs positions malgré des efforts de la part du Président égyptien Hosni Moubarak pour qu’ils parviennent à un accord.Mahmoud Abbas refuse en effet toute discussion tant que le Hamas d’Ismaïl Haniyeh ne reconnaît pas son erreur et ne revienne sous le giron de l’Autorité Palestinienne, ce que ce dernier ne semble pas prêt de faire.

On ne peut donc malheureusement plus parler d’espoirs concernant l’aboutissement du processus de paix et l’établissement d’un Etat palestinien avant la fin de l’année. Un succès relèverait en effet soit du miracle, soit du mirage.

N.J.O.

 

 

The conference organized by the MEDEA Institute in collaboration with the Midi Group of the International Civil Service Belgium aimed to inform an interested but not aware public about the ins and outs of the Kurdish question in Turkey. The speakers,  and Pierre Van Rie addressed the history of Kurds in Turkey into two parts: Paul Vanden Bavière displayed the first dealing on the characteristics of the Kurdish people of Turkey and its history until the PKK revolt in 1984; Pierre Van Rie then took over with the history of the PKK and the recent developments of the situation of Kurds installed in Turkey.

See notes.

 

 

La conférence organisée par l’Institut MEDEA en collaboration le Groupe Midi du SCI Belgium avait pour but d’informer un public intéressé mais non averti des tenants et aboutissants de la question kurde en Turquie. Les intervenants, Paul Vanden Bavière et Pierre Van Rie ont abordé l’histoire des Kurdes de Turquie en deux parties: la première traitant des caractéristiques du peuple kurde de Turquie et de son histoire jusqu’à la révolte du PKK en 1984; Pierre Van Rie a ensuite pris le relais avec l’histoire du PKK et les développements récents de la situation des Kurdes installés en Turquie.

Voir notes.

 

Conférence organisée par le Groupe Midi du SCI et l’Institut MEDEA
Vendredi 1er février 2008 à 19h30 au SCI Belgium (35 rue Van Elewijck 1059 Bruxelles)

Présentation des orateurs

Paul Vanden Bavière a travaillé au Standaard à la rédaction des Affaires étrangères. Il travaille désormais au Tijd. Il a également fondé son propre site de revue de la presse internationale. Il commencé à s’intéresser aux Kurdes en 1975 en tant que journaliste. Il est membre de l’Institut Kurde de Bruxelles. Il a enfin effectué un voyage dans les montagnes du Kurdistan irakien où il a eu l’occasion de rencontrer et d’observer la population qui y vivait et ses les relations inter-kurdes.

Pierre Van Rie travaille au Courrier International dans la section Moyen-Orient. Il traduit la presse arabe et surtout turque. Par cette lecture régulière de la presse turque, il suit de près la situation des Kurdes dans la Turquie actuelle.

Des origines à 1984

par Paul Vanden Bavière

Population Kurde

En chiffres

La population Kurde compte quelques 40 millions d’individus dans le monde :

– 15 à 20 millions en Turquie
– 7 millions en Iran
– 5-6 millions en Irak
– 1 à 2 millions en Syrie

Migrations externes

A la population kurde de ces quatre pays, il faut rajouter l’importante diaspora qui est présente au Tukménistan et d’autres pays de l’ex-URSS, mais aussi en Allemagne où l’immigration turque, très importante, compte quelques 20% de Kurdes. Ce pourcentage peut s’expliquer par le fait que les régions pauvres sont plus propices à l’émigration. Et tel est le cas de la région kurde de Turquie (un parallèle peut être fait avec les Berbères du Maroc).

La plupart des Kurdes de la diaspora sont partis pour des raisons économiques. Leur présence dans l’ex-URSS s’explique par le fait qu’ils étaient nombreux à s’établir de l’autre côté de la frontière depuis les rébellions du XIXe siècle. Après la seconde guerre mondiale, ils sont partis dans l’ex-URSS.

Migrations internes

En Irak, 500 000 à 1 millions de Kurdes étaient établis à Bagdad mais sont remontés dans le Nord du pays pour échapper au régime de Saddam Hussein. Ils se sont établis dans la capitale non seulement pour des raisons économiques, mais également pour échapper aux restrictions tribales.

Ce phénomène de migration interne existe également en Iran, en Syrie et en Turquie.

En Turquie, ce phénomène a commencé avec Atatürk. Moustafa Kemal a en effet voulu une dispersion des Kurdes pour les affaiblir. Au moment des guerres avec la Grèce :

– les grecs musulmans sont renvoyés en Turquie. Atatürk les envoie dans l’Est de la Turquie.
– Les grecs installés sur les territoires turcs sont renvoyés en Grèce.

La dernière guerre entre les Turcs et les Kurdes en 1984 a aussi été une cause de migration interne. En tout quelques 500 000 à 1 millions déplacées par la guerre. Aujourd’hui la majorité des Kurdes originaires de Turquie vivent en dehors du pays.

La langue kurde

Le Kurde est composé de plusieurs groupes de dialectes

– le Kurmanci : au Nord et Nord-Est (Turquie, Irak)
– le Serrani : Sud-Est (Irak,Iran)
– le Zaza : Turquie
– le Gurani : Iran

Il y autant de différences dans la langue kurde que dans la région kurde.

Religion

Au début du 4e siècle, le christianisme d’Orient touche la population kurde. Parmi les Assyriens, certains sont Kurdes d’origine mais renient leur origine et disent descendre des Assyriens. Plus tard, au 7e siècle, les Kurdes deviennent majoritairement sunnites. Certains, surtout en Iran sont Chiites.

En Turquie, beaucoup de Kurdes sont alevis (secte chiite, « peuple de la vérité »). Les Alevis parlent pour la plupart le zaza.

Il faut noter que beaucoup de chrétiens ne se reconnaissent pas comme Kurdes. C’est la même chose pour les minorités religieuses parmi les Kurdes. Cela veut dire que la religion est facteur de division entre Kurdes, à laquelle se rajoute les divisions tribales.

Dans les années 30, il y eut un soulèvement des Alevis Kurdes.

Origine

L’origine des Kurdes est très floue : il existe plusieurs hypothèses. Les historiens cherchent dans les noms des anciennes tribus.

Les Kurdes voient leurs ancêtres dans les Mèdes, au 6e-7e siècle avant J-C. Ils auraient ensuite gardé leur identité originelle en restant dans les montagnes iraniennes occidentales.

Il y eut de nombreuses monarchies de Kurdes au fil des siècles, dont la plus connue est celle des Ayyubides (dynastie de Saladin).Les Kurdes vont jouer un grand rôle dans les oppositions entre les deux empires : les Ottomans (sunnites) et les Perses (Chiites). Ils profitaient decette situation pour devenir des tribus indépendantes, en collaborant avec l’un et puis avec l’autre. Cette situation commence à changer au 17e siècle.

Histoire des Kurdes de Turquie jusqu’en 1984

Les Ottomans Attavides signent un traité concernant les frontières qui restent les mêmes encore aujourd’hui. Ce traité engendre alors une division entre la partie ottomane et la partie iranienne. La garde des frontières devient importante et chacun tente de défendre son autonomie. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que les tribus kurdes seront soumises à l’empereur Ottoman.

En 1683, les Ottomans subissent une défaite décisive à Vienne. Cette date marque la fin de l’expansionnisme ottoman vers l’Ouest. Les Ottomans se concentrent dès lors sur l’Anatolie et essayent d’en faire le noyau dur de l’Empire.

Au XIXe siècle, une cinquantaine de rébellions kurdes éclatent contre le pouvoir du sultan. On entend pour la première fois à cette époque un discours nationaliste Kurde. Un des chefs de guerre, Binikhan, a tué quelques 10 000 Assyriens qui ne le soutenaient pas dans sa lutte contre le sultan.

A la fin du XIXe siècle, les Kurdes sont assimilés et rentrent par exemple dans l’administration ottomane ou encore au gouvernement. Les Ottomans combattent à ce moment les Chrétiens qui prennent des appuis en France, en Russie… Dans ce but, ils créent la cavalerie Kurde pour contrer le pouvoir des Chrétiens. C’est à cette époque que se font sentir les premiers signes du génocide arménien.

En 1915 a lieu le génocide arménien. C’est alors la fin et dépècement de l’Empire Ottoman. Les divisions de l’Empire entraînent une nouvelle division des Kurdes entre la Turquie, la Syrie et l’Irak. En 1920, le traité de Sèvres concédait une autonomie au peuple kurde. Mais trois ans après, Atatürk renverse la tendance avec le traité de Lausanne.

Les Kurdes auraient pu bouger à cette époque-là et obtenir un Etat. Les Kurdes irakiens les auraient ralliés. Les Anglais avaient besoin du pétrole présent dans ces régions. Mais ils se sont tous laissés berner par Atatürk. Il a mobilisé les Kurdes vers l’Ouest avec le prétexte de combattre des musulmans contre les Grecs chrétiens. Mais une fois les Grecs vaincus, les plans changent de cap. Pour Mustafa Kemal, la Turquie est un Etat unitaire concernant la langue, mais aussi d’un point de vue ethnique et religieux. Se dessine alors une discrimination des Kurdes, mais aussi des Alevis. Pour Atatürk, il n’existe pas de minorités. Il abandonne donc ses alliés Kurdes pour privilégier les Turcs et uniquement eux.

Le 3 mars 1924, un décret interdit tout publication en Kurde, mais abolit également le califat et les confréries (importantes pour les Kurdes). Cette répression mène à une première insurrection menée par le Sheikh Said en 1925. En 1926-27, c’est la population des petites villes qui se révolte, suivie en entre 1928 et 1932 par les régions proches de l’Arménie, et enfin, entre 1936 et 1939 par les habitants des montagnes.
En 1937, la Turquie signe un traité avec la Syrie et l’Irak pour combattre à la fois le communisme et la revendication kurde.

Il faut toutefois noter que les soulèvements turcs ne sont pas toujours dus au nationalisme. Il s’agit parfois de révoltes locales, ou davantage religieuses, comme celle du Sheikh Said qui n’acceptait pas l’abolition du califat.

Atatürk refuse de prendre la moindre revendication en compte. La répression est parfois sanglante (massacres, déportations). Une trace de cette époque de répression est le nom donné à l’ancienne de ville kurde de Deir Sin, Tunçeli qui signifie poigne de fer.

Jusqu’en 1984, il n’y a pas de réelle résistance armée kurde contre l’armée turque. A partir des années 50, des groupes d’intellectuels kurdes commencent à se réunir, mais cela reste marginal. Le PKK est officiellement créé en 1978. En 1980 survient ensuite le coup d’Etat militaire contre la gauche et les Kurdes qui donnera l’impulsion nécessaire à l’organisation d’Abdullah Öcalan.

L’actualité de la question Kurde de 1984 à aujourd’hui

par Pierre Van Rie

Remarques

Le dénombrement de la population Kurde est problématique car aucun recensement n’est autorisé par le gouvernement turc. On l’estime donc entre 25 et 40 millions. Au refus de recensement par le gouvernement turc, il faut également rajouter que les Kurdes ne se définissent pas toujours comme tel :

– certains ne portent aucune importance à leur identité Kurde
– certains s’en cachent
– certains se définissent par une autre appartenance, comme les Alevis.

Il existe une polémique en Turquie autour de la Société d’Histoire Kurde (l’officielle). Son Président a fait un discours disant que les Alevis ne sont pas des Kurdes, mais des Arméniens qui se sont dit Kurdes Alevis pour échapper aux massacres. Or le même Président de la Société d’Histoire Kurde nie le génocide arménien. Du côté du PKK, il y aussi des exagérations comme sur l’origine Mèdes des Kurdes. Ce n’est qu’une supposition, loin d’être prouvée. Néanmoins le phénomène de kurdisation existe : des turcs, arabes ou arméniens deviennent kurdes, et le contraire également.

Il est également intéressant de noter que concernant l’histoire de la ville de Tunçeli, celle-ci avait déjà ce nom avant les massacres, mais il avait le sens de « pays du bronze ». Après les massacres, il a alors pris son deuxième sens.

Concernant les changements de noms, certains nomment aujourd’hui la ville de Diyarbakir par son ancien nom, Amed. Mais c’est une appellation récupérée parce qu’il y a cent ans personne ne l’appelait plus Amed.

Histoire du PKK

Le PKK est fondé en 1978 mais n’a commencé à être efficace qu’en 1984. EN 1982, certains militants du PKK se joignent au FPLP palestinien. Outre son identité kurde, le PKK est un parti d’extrême gauche né au cœur de la guerre froide.

Après le coup d’Etat de 1980, le PKK réussit quelques actions d’éclats comme la libération de prisonniers. Il a obtenu comme sanctuaire la plaine de la Bekaa au Liban dans laquelle des camps d’entraînements ont été installés. Or la Bekaa est sous contrôle syrien.

La Syrie a bien joué son jeu. Elle soutient Öcalan à condition qu’il n’entraîne pas les Kurdes de Syrie avec lui. Ainsi sur certaines cartes, le Kurdistan syrien n’existe pas. Le pouvoir syrien a réussi à mettre les Kurdes de côté, sans essayer de les assimiler.

On assiste donc à une lutte armée entre le PKK et l’armée turque de 1984 à 1987. Le gouvernement turc nomme alors des « protecteurs de villages » (les koÿ korucu) s’appuyant sur la stratégie « diviser pour régner » contre le PKK. Le mouvement kurde est tribal et peut donc être facilement divisé. Le PKK veut quant à lui rompre cette appartenance tribale (tendance communiste). Mais on voit tout de même plus de membres de PKK dans certains villages, signe qu’il recrute également ses membres grâce à des appartenances tribales.

En 1946 le multipartisme est introduit en Turquie. Les premières élections multipartites ont lieu en 1950 et sont marquées par une défaite cinglante du parti d’Atatürk. Depuis lors, 30 ans et 2 coups d’Etat sont passés, ce qui a permis à une tradition de démocratie et d’alternance parlementaire de s’installer.

A la fin des années 80, des élus kurdes apparaissent dans certains partis. Le Président français de l’époque, François Mitterand, les invitent à Paris. La question kurde est inévitablement évoquée lors de cette visite et ces élus sont exclus de leur parti. Ils décident alors de fonder leur propre parti. Par des alliances avec leurs anciens partis, ils parviennent au gouvernement. En 1991, Leyla Zana, première femme kurde élue au Parlement turc a prononcé une partie de son serment en Kurde. Cette provocation lui valut la prison, ainsi qu’aux autres parlementaires du parti kurde modéré.

Ce parti a changé de nom de nombreuses fois : HEP, DEP, HADEP, DEHAP et enfin aujourd’hui, le parti pour une société démocratique, le DTP. Ce changement fréquent de noms est dû au fait que ce parti est sans cesse interdit (parallèle avec le Sinn Fein par rapport à l’IRA en Irlande, ou le Batasuna de l’ETA en Espagne).

Une année, ce parti était sur le point de gagner une élection mais Öcalan leur a conseillé de ne pas se présenter, et ce fut fait. Öcalan a peur que ce parti ne prenne trop d’indépendance et lui fasse de l’ombre. Cette méfiance entre le PKK et le DTP existe encore aujourd’hui.

Aujourd’hui, il y a quelques 20 députés DTP au Parlement turc. Avant ils ne réussissaient pas à asseoir une présence au Parlement car ils n’étaient pas présents dans les autres circonscriptions. Ils obtenaient plus de 75% à Diyarbakir mais pas grand-chose dans les autres villes. Ils n’obtenaient donc pas le minimum de 6% requis pour une représentation au niveau national.

Aujourd’hui le DTP n’est plus sous la houlette du PKK mais il y des liens familiaux et amicaux entre les deux puisqu’il est fréquent que dans chaque famille kurde, il y ait un membre du PKK.

Au début des années 90, la capacité militaire du PKK était très forte. Le PKK avait presque des zones de libertés où l’armée turque n’osait plus s’engager. Il bénéficiait d’un relais très fort au sein de la population kurde.

De 1983 à 1989, Turgüt Özal est Premier Ministre et devient ensuite Président de 1989 à 1993. Il est de tendance libérale et d’origine kurde. Pendant cette période, le vent de libéralisation profite aux Kurdes au point de vue de leur reconnaissance linguistique et culturelle. C’est aussi l’occasion d’une montée en puissance du PKK.

L’armée réagit alors en faisant assassiner des intellectuels et des hommes d’affaires kurdes, qui soutenaient, forcés ou pas, le PKK. Ces assassinats étaient destinés à détruire le bras économique et culturel du PKK. Cette lutte de l’ombre contre le PKK fut d’une certaine efficacité.

En 1988, l’armée turque pose un ultimatum à la Syrie l’enjoignant de livrer Öcalan endéans les 5 jours sous peine d’attaquer. Hafez el Assad est un dirigeant très pragmatique et Öcalan quitte donc la Syrie pour un long périple durant lequel il passera par de nombreux pays avant de se faire prendre dans l’ambassade grecque du Kenya.

Lors de son procès, Abdullah Öcalan change de discours. Il demande le pardon des familles des victimes turques du PKK et ordonne aux guérilleros kurdes de rentrer chez eux. La guérilla du PKK s’effondre, ce qui démontre la très forte emprise qu’Öcalan conserve sur l’organisation. Le leader fait en effet l’objet d’un culte de la personnalité très poussé.

L’organisation a évolué depuis sa création en 1978. Le discours marxiste-leniniste ne séduit plus. Aujourd’hui le côté nationaliste kurde est plus poussé et l’organisation est davantage pragmatique. Depuis l’arrestation d’Öcalan, l’organisation s’est beaucoup affaiblie ce qui se remarque par les nombreux changements de noms qui sont survenus avant de revenir à l’ancien nom du PKK.

Les Kurdes souffrent encore aujourd’hui de ce qu’on appelle le « syndrome de Sèvres ». Lors du traité de Sèvres de 1920, une promesse d’autonomie sur certains territoires avait été faite aux Kurdes et aux Arméniens. Atatürk a ensuite réussi à réunir à nouveau les puissances européennes à Lausanne en 1923 et à leur imposer un nouveau traité qui passe outre toutes ces promesses.

Atatürk a effectué une réelle révolution car auparavant l’identité ottomane était basée sur la religion : on était musulman (pas turc ou kurde). Il a réussi à passer d’un empire multiethnique à une république jacobine, s’inspirant de la Révolution française. C’est-à-dire une république où tous sont citoyens et égaux et où les différences ne peuvent être mises en avant qu’à titre individuel. D’ailleurs beaucoup de Kurdes ont obtenu des postes individuellement (cfr. Türgüt Özalt et Izmet Inönü). Les Alevis sont par contre beaucoup rejetés que les Kurdes sunnites. La laïcité turque est en effet une version soft d’un sunnisme d’Etat. Les Alevis étant chiites, ils sont rejetés.

Conclusion

La question kurde peut être vue comme :
– une question d’identité, une reconnaissance d’un groupe ;
– une question économique
– une façon de dépasser la rigidité de la république jacobine.

Aujourd’hui l’AKP qui représente davantage la petite bourgeoisie de la périphérie s’oppose à l’élite kémaliste des grandes villes. La question kurde s’inscrit dans cette évolution actuelle.

Questions/Réponses

Köy Korucu (« les protecteurs de village ») : il y en a aujourd’hui quelque 70 000 en Turquie. Il s avaient tout abandonné à l’époque de leur nomination. Suite à l’arrêt des actions de guérillas, ils n’ont plus été rémunérés par l’Etat et sans argent, se sont lancés dans des activités malhonnêtes. Aujourd’hui beaucoup de Kurdes, victimes de la paupérisation dans les grandes villes ne plus revenir dans leurs villages parce que les Köy Korucu y instauré un régime de mafia.

– Aujourd’hui il y a plus de Kurdes dans l’AKP (75 parlementaires kurdes) que dans le DTP. L’objectif 2009 de l’AKP est d’obtenir la mairie de Diyarbakir.

– Les relations personnelles entre Kurdes et Turcs ne sont en général pas mauvaises. Un signe est le nombre de mariages qui existent entre les deux. Mais en période de tension, la propagande turque est plus active, ce qui peut jouer sur les relations personnelles turco-kurdes. La situation en Belgique s’explique ainsi : l’organisation ultra nationaliste des Loups gris y est très active et soutenue par l’ambassade. Pour l’élite kémaliste il n’est en effet pas question de parler de la question kurde.

Après l’arrestation d’Öcalan, le PKK l’a suivi mais il y a quand même des dissensions internes. Il y a en effet toujours une puissance armée. Depuis quelques années, la révolte a repris pour obtenir un début de dialogue, mais rien n’est venu et rien ne vient encore aujourd’hui. Dans les montagnes irakiennes, il y a beaucoup de Kurdes des toutes origines qui sont très bien organisés. Le soutien au PKK est encore fort. Il y a de nombreux meurtres de Kurdes non élucidés, or la police turque n’est pas incompétente. Cela incite les Kurdes à soutenir le PKK. Ils se sentent dans l’impasse.

Dans le cadre du traité d’adhésion à l’Union Européenne, il y a des conditions de respect des minorités. Les critères de Copenhague sont très clairs. L’objectif d’entrée dans l’UE est donc favorable aux revendications kurdes. Pour l’atteindre, la Turquie devrait revoir l’article 301 de son Code pénal (interdiction de dénigrer publiquement la « Turquité », le gouvernement turc, les institutions judiciaires turques ou encore l’armée), souvent utilisé pour faire cesser les revendications kurdes, ou renier le génocide arménien. L’UE a également demandé et obtenu que la Turquie abolisse la peine de mort suite à la condamnation d’Abdullah Öcalan. La peine de mort était sous un moratoire depuis 1984 et n’était donc plus appliquée. Désormais, elle est abolie (excepté en cas de guerre…).

– Öcalan est un chef adulé mais il ne décide pas de tout. Pourtant aujourd’hui le PKK « parle sans tête ». En tant que prisonnier politique, il devrait normalement être davantage muselé qu’il ne l’est (il a pu faire paraître un livre). Certains pensent qu’il est manipulé par « l’Etat profond » (né entre autres des réminiscences des kôy korucu) qui l’utilisent pour freiner les avancées de l’AKP. On voit ainsi souvent Erdogan être traité d’anti-kurde, ce qui n’est pas le cas. Le DTP a quant à lui changé de tête et basculé vers plus de radicalisme.

– Les ressources du PKK sont multiples. La Syrie a un temps soutenu financièrement le PKK pour contrer la puissance turque et son emprise sur l’amont de l’Euphrate. On n’a par contre jamais trouvé de traces d’un financement de la part de l’URSS. Il faut noter que les sympathisants de la cause du PKK sont nombreux parmi les expatriés kurdes. Ceux-ci envoient des fonds en continu vers l’organisation.

– Récemment les attentats du PKK ont repris. Néanmoins, il faut noter que l’armée turque pratique parfois des attentats factices afin de faire accuser le PKK.