CHALLAND (Benoit), Palestinian Civil Society. Foreign Donors and the Power to Promote or Exclude, London, Routledge, 2008, 288 p.

This book is concerned with the development of civil society in the Arab Middle East with particular reference to the Palestinian case. It shows how external Western donations aimed at building civil society and democracy don’t always lead to the anticipated results and documents the rise of Islamist activity often at the expense of secular, liberal movements.

 

FERRIE (Jean-Noël), L’Égypte entre démocratie et islamisme. Le système Moubarak à l’heure de la succession, Paris, Autrement, 2008, 124 p.

L’Égypte est-elle à la croisée des chemins? La crise économique et sociale minerait un régime déjà privé de légitimité pour cause d’autoritarisme caractérisé. Critiqué par les démocrates, il subirait la pression des islamistes, notamment celle des Frères musulmans qui ont remporté 88 sièges lors des dernières élections parlementaires. Enfin, se profile le terme de la longue présidence d’Hosni Moubarak, arrivé au pouvoir en 1981. Gamal, le fils du président, apparaît de plus en plus comme le successeur possible. Pour la première fois, ce ne serait pas un militaire.

Pour autant, l’Égypte n’explose pas et cet ouvrage explique pourquoi en démontant les mécanismes du « système Moubarak ». La succession qui approche impliquera toutefois des changements: le fils du président et les réformateurs qui l’entourent souhaitent infléchir le cours des choses. C’est donc une période risquée qui s’ouvre, où se pose avec acuité la question du rôle que vont y jouer les Frères musulmans.Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS (Pacte, Institut d’études politiques de Grenoble) est politiste. Il a été deux fois en poste en Égypte, au Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) du ministère des Affaires étrangères. Il est l’auteur de Le Régime de la civilité en Égypte. Public et réislamisation.

Commentaire

« Non, l’Egypte n’est pas une « Cocotte-Minute prête à exploser ». Non, les partis d’opposition légaux ne sont pas faibles seulement parce qu’ils sont réprimés. Et ce n’est pas parce qu’ils constituent la seule force d’opposition crédible que les Frères musulmans s’avéreraient démocrates et modérés s’ils parvenaient au pouvoir. Jean-Noël Ferrié va sans doute faire grincer quelques dents. Il apporte pourtant un éclairage intelligent sur les rouages du régime, afin d’expliquer son étonnante stabilité. Il montre comment les dirigeants ont su mêler libéralisation et réislamisation pour consolider leur pouvoir. Comment ils ont su « doser » libéralisme et légalisme… Et, surtout, comment ils sont parvenus à dépolitiser les citoyens.

La succession présidentielle approchant, les choses pourraient se compliquer. A la recherche d’une légitimité, M. Gamal Moubarak, le fils du président, et ses proches se sont en effet lancés dans une entreprise hasardeuse : reconnecter l’Etat et les citoyens. L’entreprise, aussi incertaine soit-elle, est néanmoins présentée par Ferrié comme la meilleure chance de voir l’Egypte cheminer vers la démocratie. »

Virginie Colombier, Le Monde Diplomatique

 

North Africa : Politics, Region, and the Limits of Transformation, ed. Zoubir Yahia H. & Haizam Amirah-Fernandez New York: Routledge, 2008, 394 p.

This volume provides a comprehensive overview of the contemporary Maghreb. Made up of contributions from leading academics in the field, it highlights specific issues of importance, including international and security affairs.With profiles of individual countries and regional issues, such as migration, gender, integration, economics, and war in Western Sahara, as well as a section dealing with international relations and the Maghreb, including US and EU foreign policy and security issues, North Africa: Politics, Region, and the Limits of Transformation is a major resource for all students of Middle Eastern Studies and North African Politics.

 

MEARSHEIMER (John J.) & WALT (Stephen M.), The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2008, 496 p.

What is the impact of the Israel lobby on U.S. Foreign policy – and is it in America’s national interest?

“The Israel Lobby” by John J. Mearsheimer of the University of Chicago and Stephen M. Walt of Harvard’s John F. Kennedy School of Government, was one of the most controversial articles in recent memory. Originally published in the London Review of Books in March 2006, the essay provoked both howls of outrage and cheers of gratitude for examining one of the most taboo issues in America : the impact of the Israel lobby on U.S. foreign policy. According to The New York Times Magazine, it “slammed into the opinion-making world with a Category 5 force”.

Now, in a work of major importance, Mearsheimer and Walt deepen and expand their argument and confront recent developments in the Midde East. They describe the remarkable level of material and diplomatic support that the United States provides to Israel and argue that this support cannot be fully explained on either strategic or moral grounds. The exceptional relationship is due largely to the political influence of a loose coalition of individuals and organizations that actively works to steer U.S. foreign policy in a pro-Israel direction. Mearsheimer and Walt provocatively contend that the lobby has a far-reaching impact on America’s posture throughout the Middle East – in Iraq, Syria, Iran and Lebanon – and toward the Israeli-Palestinian conflict, and that the policies it has encouraged are profoundly damaging to both America’s national interests and Israel’s longterm security. The lobby’s influence also affects America’s relationship with important allies and increases the dangers that all states face from global jihadist terror.

Writing in the New York Review of Books , Michael Massing declared, “Not since Foreign Affairs magazine published Samuel  Huntington’s “The Clash of Civilizations”? in 1993 has an academic essay detonated with such force.” The publication of The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy is certain to widen the debate at a time when there is no more urgent issue than America’s role in the Middle East.

 

AMAR (Stéphane), Les meilleurs ennemis du monde, Paris, Gallimard, 2008, 240 p.

La paix est-elle encore possible au Proche-Orient? Dans le monde arabo-musulman, la destruction de l’État hébreu est un thème politique plus vendeur que jamais. En Israël, rares sont ceux qui osent encore parler d’accord de paix ou même de coexistence. Voilà pour l’histoire officielle, visible, incontestable. Navrante.

Il existe pourtant une autre réalité, peu médiatisée mais tout aussi fascinante que la chronique de cette guerre de cent ans. Un monde discret où Juifs et Arabes se parlent sans se maudire. Où ils étudient, travaillent et font de la politique ensemble. Une société unie que même les roquettes du Hezbollah ne parviennent pas à diviser. Un pays où le maire juif d’une ville arabe atteint des sommets de popularité et où un ministre musulman est acclamé à la Knesset.

Une terre où les colons israéliens et les Palestiniens cohabitent sans douleur et nouent même de stupéfiantes amitiés. Un lieu où un musulman de Nazareth a créé un musée pour faire connaître aux siens la Shoah. Des émissions de radio au cours desquelles des milliers d’Iraniens clament leur affection pour Israël. Un endroit où rabbins et imams se respectent et repensent la tolérance entre religions.

Ces tranches de vie ne sont pas d’insignifiantes anecdotes, des exceptions dérisoires qui confirmeraient la règle de la haine. Elles révèlent au contraire les aspirations profondes de deux peuples qui peuvent parfaitement vivre ensemble. Ce livre ne propose aucune solution miracle. Il ne désigne ni victimes ni bourreaux. Il prétend plutôt mettre en lumière un quotidien porteur d’espoir.

Trop souvent perçu comme la cause de tous les déséquilibres du monde, ce petit bout d’Orient a su au contraire élaborer des modèles de coexistence. De la Galilée à Gaza, des collines de Cisjordanie aux quartiers chic de Haïfa, ce voyage au cœur d’une expérience humaine singulière et sans cesse surprenante invite à porter un autre regard sur la région la plus médiatisée du monde.

 

Before getting started, the Arab summit being held this weekend in Damascus has already shown its limits. The most obvious being that it is intended to solve the problem of Lebanon even though the country of the Cedar took the decision to boycott the meeting.

In doing so, the government of Fouad Siniora intends to protest against the Syrian government. According to them the latter prevent to find a solution to the crisis in Lebanese politics. Lebanon has no more president since last November. A candidate of consensus has been reached in the person of the Chief of the Army, Michel Sleimane. The Arab League had proposed his immediate  election to solve the crisis, but the pro-Syrian camp repeatedly delayed the point.

Supporting Lebanon and pushed by the United States, Saudi Arabia, Jordan and Egypt announced that they would be represented at a lower level. What is also the case of Iraq, even if his reasons are domestic.

The Secretary General of the League, Amr Moussa, expressed his regrets towards this absenteeism while major crisis should be settled on the Middle Eastern scene: in addition to the Lebanese crisis, the crisis in Darfur, the peace process and the Palestinian situation are effective programme of discussions in Damascus.

During the summit, Yemeni President Ali Abdallah Saleh will attempt to win the support of the League about the initiative of Sana’a to bring Fatah and Hamas together. One week after the Sana’a Declaration, the agreement appears already weakened by readings that are different on both sides. In addition, the President of the PA, Mahmoud Abbas seems to give priority to dialogue with Israel, uneasily compatible with a Palestinian reconciliation.

Finally, some countries intend to impose a limitation on the period of validity of the Arab Peace Initiative. Initiated in Beirut in 2002, it was relaunched in March 2007 during the Arab summit in Riyadh. A year later, Israel hasn’t give any respond. Some say they want to limit the supply in time, or even withdraw it to push Israel to react. But not all are supporters of the initiative. The Palestinian Authority had said that it would weaken the Arab positions towards Israel.

The Arab summit on 29 and 30 March 2008 doesn’t seem to be under the best auspices. Syria announced it as the « summit of Arab solidarity, » yet it seems to be that of the rupture. It is difficult to believe that outgoing decisions in Damas will have any weight on the current regional situation.

N.J.O.

 

 

Avant même de commencer, le sommet arabe qui se tient ce weekend à Damas montre déjà ses limites. Le signe le plus clair étant qu’il est destiné à régler le problème du Liban alors même que le pays du Cèdre a pris la décision de boycotter la rencontre.

Par ce geste, le gouvernement de Fouad Siniora entend protester contre le gouvernement syrien qui selon eux empêche une solution de la crise politique libanaise. Le Liban n’a en effet plus de président depuis novembre dernier. Un candidat du consensus a pourtant été trouvé en la personne du chef de l’armée, Michel Sleimane. La Ligue arabe avait proposé son élection immédiate pour régler la crise mais le camp pro-syrien retarde sans cesse l’échéance.

Solidaires du Liban et poussées par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Egypte ont annoncé qu’elles ne seraient représentées qu’à un niveau inférieur. Ce qui est également le cas de l’Irak même si ses raisons sont d’ordre interne.

Le Secrétaire Général de la Ligue, Amr Moussa, a déploré cet absentéisme alors que des crises importantes doivent être réglées sur la scène moyen-orientale : outre la crise libanaise, la crise au Darfour, le processus de paix ou encore la situation palestinienne sont en effet au programme des discussions de Damas.

Durant le sommet, le Président yéménite, Ali Abdallah Saleh tentera quant à lui d’obtenir le soutien de la Ligue à propos de l’initiative de Sanaa destinée à rapprocher le Fatah et leHamas. Une semaine après la Déclaration de Sanaa, l’accord semble déjà fragilisé par des lectures différentes qu’en font les deux camps. De plus, le Président de l’AP, Mahmoud Abbas semble donner priorité au dialogue avec Israël, difficile compatible avec une réconciliation palestinienne.

Enfin, certains pays ont l’intention d’imposer une limite à la durée de validité de l’Initiative de paix arabe. Initiée à Beyrouth en 2002, elle avait été relancée en mars 2007 lors du sommet arabe de Ryad. Un an plus tard, Israël ne semble toujours pas vouloir y répondre. Certains déclarent vouloir limiter l’offre dans le temps, voire la retirer afin de pousser Israël à réagir. Mais tous ne sont pas partisans de la démarche. L’Autorité palestinienne a en effet déclaré que cela affaiblirait les positions arabes par rapport à Israël.

Le sommet arabe des 29 et 30 mars 2008 ne s’annonce donc pas sous les meilleurs auspices. La Syrie l’avait annoncé comme « le sommet de la solidarité arabe », il semble davantage être celui de la rupture. Il est difficile de croire que les décisions qui en sortiront auront un quelconque poids sur la situation régionale actuelle.

N.J.O.

 

 

En vue de la prochaine présidence française de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy est venu défendre son projet d’Union pour la Méditerranée au sommet européen à Bruxelles débuté hier soir et se poursuivant aujourd’hui. Bien que gagnant de jour en jour en crédibilité, cette nouvelle initiative demeure controversée au sein de l’Union Européenne. D’aujourd’hui à la réunion fondatrice des 13-14 juillet prochains à Paris, un travail intensif de lobbying sera sans doute nécessaire pour convaincre les Européens.

Initialement divisés sur le projet, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont accordés lors d’un dîner le 3 mars dernier sur un projet non plus d’Union de la Méditerranée, ou Méditerranéenne, mais pour la Méditerranée. Ce changement souligne bien la modification imposée par la chancelière allemande au projet. Cette dernière a en effet exigé qu’une telle union soit construite au sein de l’Union Européenne et pas uniquement sur les Etats européens du Sud, riverains de la Méditerranée.

Du point de vue institutionnel, l’Union pour la Méditerranée serait supportée par une co-présidence entre les pays riverains du Nord, et ceux du Sud. D’un point de vue pratique, un secrétariat dirigerait un ensemble de projets concrets (dépollution de la Méditerranée, autoroute maritime Alexandrie-Tanger, espace scientifique méditerranéen…). La Commission ferait partie de cette entité, mais sans la contrôler. L’idée sous-jacente reste donc pour l’instant de donner davantage de poids aux pays riverains dans la future structure, ce que beaucoup d’Européens regardent avec méfiance.

Ce qui semble ressortir en définitive des différents avis européens sur le projet, c’est que :

– Personne ne s’y oppose complètement, mais personne non plus ne le soutient complètement ;

– Tous reconnaissent l’importance du partenariat euro-méditerranéen, ainsi des les structures existantes qui le mettent en œuvre, Processus de Barcelone et Politique Européenne de Voisinage ;

– Personne ne désire que le Processus de Barcelone ne soit vidé de sa substance par une nouvelle structure, ni n’en complique les structures ;

– Peu d’Etats européens se disent prêts à financer une nouvelle structure.

Toutes ces constatations limitent donc considérablement le créneau dans lequel se placerait la nouvelle Union, et cela uniquement par rapport aux exigences européennes. Que deviendra-t-elle suite aux désirs des partenaires du Sud méditerranéen ?

Aucun de ces derniers ne s’est en effet montré réellement enthousiaste vis-à-vis du projet. Le roi du Maroc a dit qu’il soutiendrait un projet qui renforcerait les partenariats existants. Le Président algérien Bouteflika a quant à lui souligné qu’il serait difficile de construire une Union sans que soient préalablement résolus les conflits latents dans la région, comme le conflit israélo-palestinien ou le conflit du Sahara Occidental. A nouveau, peu sont enthousiastes, tous soulignent l’importance des structures Euromed existantes.

Alors ce projet passera-t-il ou pas ? Vu les évolutions actuelles, il semble très probable que ce projet aboutisse. Mais sous quelle forme ? Initialement conçu comme une véritable Union institutionnalisée des pays du pourtour méditerranéen, l’Union pour la Méditerranée paraît se diriger vers une simple réanimation du Processus de Barcelone. Cet objectif semble à nos yeux tout à fait louable, pour ne pas dire nécessaire, mais est-il réellement nécessaire de le faire au travers d’une nouvelle structure ?

N.J.O.

 

 

In view of the forthcoming French presidency of the European Union, Nicolas Sarkozy came to defend his project of Union for the Mediterranean at the EU summit initiated last night in Brussels and continuing today. While winning every day in credibility, this new initiative remains controversial within the European Union. From today to the founding meeting of 13-14 July in Paris, intensive lobbying will be necessary to convince the Europeans.

Initially divided on the project, Nicolas Sarkozy and Angela Merkel have agreed at a dinner last March 3 on a project rather than Union of the Mediterranean, or Mediterranean Union, but for the Mediterranean. This change underscores the change imposed by the German chancellor at the project. The latter has in fact demanded such a union to be constructed within the EU and not only Southern and coastal European states.

From the institutional point of view, the Union for the Mediterranean would be supported by a co-chairmanship shared between countries bordering the North and South of the Mediterranean. From a practical point of view, a secretariat will head a set of concrete projects (pollution of the Mediterranean Sea, Alexandria-Tangiers maritime highway, space science… Mediterranean). The Commission will be part of this entity, but won’t control it. The underlying idea remains for the moment to give more weight to coastal countries in the future structure, what many Europeans look with suspicion.

What has to be highlighted in the final of the different opinions on the draft EU is that:

– Nobody is completely opposed to it, but nobody supports it completely neither;

– All recognize the importance of the Euro-Mediterranean partnership, and the existing structures who implement it, the Barcelona Process and European Neighbourhood Policy;

– Nobody wants the Barcelona Process to be eroded by a new structure, nor to complicate existing structures;

– Few European states say they are ready to finance a new structure.

All these assertions limit considerably the niche where it would be possible to put the new Union, and then only in relation to European requirements. What will she become following the wishes of the southern Mediterranean partners?

None of them did indeed shown real enthusiast towards the project. The king of Morocco has said he would support a project that would strengthen existing partnerships. The Algerian President Bouteflika for his part stressed that it would be difficult to build a Union before to solve latent conflicts in the region, such as the Israeli-Palestinian conflict or the Western Sahara conflict. Again, few states seem to be enthusiastic, but all stress the importance of existing structures Euromed.

So will this project be implemented or not? Given current developments, it seems very likely that this project succeed. But in what form? Originally conceived as a real institutionalized Union of countries of the Mediterranean region, the Union for the Mediterranean seems to be moving towards a simple resuscitation of the Barcelona Process. This seems to us quite commendable, if not necessary, but is it really necessary to do so through a new structure?

N.J.O.