29/03/2008

L’Égypte entre démocratie et islamisme. Le système Moubarak à l’heure de la succession

FERRIE (Jean-Noël), L’Égypte entre démocratie et islamisme. Le système Moubarak à l’heure de la succession, Paris, Autrement, 2008, 124 p.

L’Égypte est-elle à la croisée des chemins? La crise économique et sociale minerait un régime déjà privé de légitimité pour cause d’autoritarisme caractérisé. Critiqué par les démocrates, il subirait la pression des islamistes, notamment celle des Frères musulmans qui ont remporté 88 sièges lors des dernières élections parlementaires. Enfin, se profile le terme de la longue présidence d’Hosni Moubarak, arrivé au pouvoir en 1981. Gamal, le fils du président, apparaît de plus en plus comme le successeur possible. Pour la première fois, ce ne serait pas un militaire.

Pour autant, l’Égypte n’explose pas et cet ouvrage explique pourquoi en démontant les mécanismes du « système Moubarak ». La succession qui approche impliquera toutefois des changements: le fils du président et les réformateurs qui l’entourent souhaitent infléchir le cours des choses. C’est donc une période risquée qui s’ouvre, où se pose avec acuité la question du rôle que vont y jouer les Frères musulmans.Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS (Pacte, Institut d’études politiques de Grenoble) est politiste. Il a été deux fois en poste en Égypte, au Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) du ministère des Affaires étrangères. Il est l’auteur de Le Régime de la civilité en Égypte. Public et réislamisation.

Commentaire

« Non, l’Egypte n’est pas une « Cocotte-Minute prête à exploser ». Non, les partis d’opposition légaux ne sont pas faibles seulement parce qu’ils sont réprimés. Et ce n’est pas parce qu’ils constituent la seule force d’opposition crédible que les Frères musulmans s’avéreraient démocrates et modérés s’ils parvenaient au pouvoir. Jean-Noël Ferrié va sans doute faire grincer quelques dents. Il apporte pourtant un éclairage intelligent sur les rouages du régime, afin d’expliquer son étonnante stabilité. Il montre comment les dirigeants ont su mêler libéralisation et réislamisation pour consolider leur pouvoir. Comment ils ont su « doser » libéralisme et légalisme… Et, surtout, comment ils sont parvenus à dépolitiser les citoyens.

La succession présidentielle approchant, les choses pourraient se compliquer. A la recherche d’une légitimité, M. Gamal Moubarak, le fils du président, et ses proches se sont en effet lancés dans une entreprise hasardeuse : reconnecter l’Etat et les citoyens. L’entreprise, aussi incertaine soit-elle, est néanmoins présentée par Ferrié comme la meilleure chance de voir l’Egypte cheminer vers la démocratie. »

Virginie Colombier, Le Monde Diplomatique