14/03/2008

Le projet d’Union pour la Méditerranée passera mais… sous quelle forme?

En vue de la prochaine présidence française de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy est venu défendre son projet d’Union pour la Méditerranée au sommet européen à Bruxelles débuté hier soir et se poursuivant aujourd’hui. Bien que gagnant de jour en jour en crédibilité, cette nouvelle initiative demeure controversée au sein de l’Union Européenne. D’aujourd’hui à la réunion fondatrice des 13-14 juillet prochains à Paris, un travail intensif de lobbying sera sans doute nécessaire pour convaincre les Européens.

Initialement divisés sur le projet, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont accordés lors d’un dîner le 3 mars dernier sur un projet non plus d’Union de la Méditerranée, ou Méditerranéenne, mais pour la Méditerranée. Ce changement souligne bien la modification imposée par la chancelière allemande au projet. Cette dernière a en effet exigé qu’une telle union soit construite au sein de l’Union Européenne et pas uniquement sur les Etats européens du Sud, riverains de la Méditerranée.

Du point de vue institutionnel, l’Union pour la Méditerranée serait supportée par une co-présidence entre les pays riverains du Nord, et ceux du Sud. D’un point de vue pratique, un secrétariat dirigerait un ensemble de projets concrets (dépollution de la Méditerranée, autoroute maritime Alexandrie-Tanger, espace scientifique méditerranéen…). La Commission ferait partie de cette entité, mais sans la contrôler. L’idée sous-jacente reste donc pour l’instant de donner davantage de poids aux pays riverains dans la future structure, ce que beaucoup d’Européens regardent avec méfiance.

Ce qui semble ressortir en définitive des différents avis européens sur le projet, c’est que :

– Personne ne s’y oppose complètement, mais personne non plus ne le soutient complètement ;

– Tous reconnaissent l’importance du partenariat euro-méditerranéen, ainsi des les structures existantes qui le mettent en œuvre, Processus de Barcelone et Politique Européenne de Voisinage ;

– Personne ne désire que le Processus de Barcelone ne soit vidé de sa substance par une nouvelle structure, ni n’en complique les structures ;

– Peu d’Etats européens se disent prêts à financer une nouvelle structure.

Toutes ces constatations limitent donc considérablement le créneau dans lequel se placerait la nouvelle Union, et cela uniquement par rapport aux exigences européennes. Que deviendra-t-elle suite aux désirs des partenaires du Sud méditerranéen ?

Aucun de ces derniers ne s’est en effet montré réellement enthousiaste vis-à-vis du projet. Le roi du Maroc a dit qu’il soutiendrait un projet qui renforcerait les partenariats existants. Le Président algérien Bouteflika a quant à lui souligné qu’il serait difficile de construire une Union sans que soient préalablement résolus les conflits latents dans la région, comme le conflit israélo-palestinien ou le conflit du Sahara Occidental. A nouveau, peu sont enthousiastes, tous soulignent l’importance des structures Euromed existantes.

Alors ce projet passera-t-il ou pas ? Vu les évolutions actuelles, il semble très probable que ce projet aboutisse. Mais sous quelle forme ? Initialement conçu comme une véritable Union institutionnalisée des pays du pourtour méditerranéen, l’Union pour la Méditerranée paraît se diriger vers une simple réanimation du Processus de Barcelone. Cet objectif semble à nos yeux tout à fait louable, pour ne pas dire nécessaire, mais est-il réellement nécessaire de le faire au travers d’une nouvelle structure ?

N.J.O.