Il y a deux jours, Israël et la Syrie annonçaient simultanément la reprise des négociations de paix entre leurs deux pays sous les auspices d’une médiation turque. Bien que pressentie, cette annonce en a surpris plus d’un en Israël et sur la scène internationale. Le choix du moment pose en effet de nombreuses questions.

Le 27 novembre dernier Ehud Olmert et Mahmoud Abbas relançaient le processus de paix israélo-palestinien à Annapolis. Six mois après, seule l’administration Bush semble encore y croire. Le manque de légitimité du président israélien semble s’accroître de jour en jour suite aux affaires de corruption qui le touchent. La stabilité de son gouvernement dépend d’un petit parti sépharade ultra-orthodoxe, ce qui ne lui offre que peu de latitude pour négocier une paix.

Pourquoi donc avoir choisi ce moment pour enclencher des négociations avec la Syrie ? D’autant plus que G.W. Bush a publiquement désavoué cette entreprise lors de sa dernière visite à Jérusalem il y a deux semaines. Comme pour Annapolis, beaucoup pensent qu’Ehud Olmert tente par cette annonce d’attirer l’attention des médias ailleurs que sur les affaires qui le concernent. Une interprétation valable mais qui ne tient pas en compte les deux tiers de la population israélienne qui s’opposent à la restitution du Golan à la Syrie.

Pour Israël, le plateau du Golan revêt une importance stratégique majeure non seulement d’un point de vue militaire mais aussi et surtout concernant son approvisionnement en eau. Cette région surplombe en effet la vallée du Jourdain qui y prend sa source, ce qui en fait le « château d’eau » d’Israël qui y puise 35% de sa consommation d’eau.

Rendre le Golan à la Syrie apparaît d’autant plus dangereux que Damas s’affiche comme une puissance proche de l’Iran et soutenant le Hezbollah et le Hamas. Certains considèrent donc la tentative d’Olmert comme une manœuvre qui pourrait s’avérer stratégiquement payante : le Golan contre une rupture des alliances contre Israël.

Les négociations s’annoncent donc longues et ardues pour un gouvernement israélien déjà très affaibli. Un échec de ce processus signifierait la fin du gouvernement d’Ehud Olmert et ses conséquences sur le processus de paix israélo-palestinien. Beaucoup de risques en somme.

N.J.O.

 

 

Two days ago, Israel and Syria simultaneously announced the resumption of peace negotiations between their two countries under Turkish mediation. Although it was sensed by many, the announcement has surprised more than one in Israel and internationally. The timing indeed poses many questions.

Last 27th of November Ehud Olmert and Mahmoud Abbas relaunched the Israeli-Palestinian peace process in Annapolis. Six months later, only the Bush administration still seems to believe in it. The lack of legitimacy of the Israeli president seems to grow day by day following the corruption cases that affect them. The stability of his government depends on the small party Shass, what offers him little latitude to negotiate a peace.

Why did Israel choose this moment to launch negotiations with Syria? Especially since G.W. Bush has publicly disavowed this agreement during his last visit to Jerusalem two weeks ago. As in Annapolis, many believe that Ehud Olmert is attempting by this announcement to attract media attention elsewhere than on matters that concern him. A valid interpretation but wich does not take into account the two-thirds of the Israeli population who oppose the returning of the Golan to Syria.

For Israel, the Golan Heights is of major strategic importance not only from a military point of view but also for its water supply. This region actually overlooks the Jordan Valley which has its in it, making it the « water tower » of Israel which draws 35% of its water consumption from the region.

Returning the Golan to Syria is even more dangerous than Damascus appears to be near Iran and supporting Hezbollah and Hamas. Some therefore consider the attempt to Olmert as a strategic game that can be beneficial: the Golan in return for a break of alliances against Israel.

The negotiations ahead appears therefore long and arduous for an Israeli government already very weakened. A failure of this process would mean the end of the government ofEhud Olmert and its consequences on the process of Israeli-Palestinian peace. Many risks on the whole.

N.J.O.

 

 

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclamait l’indépendance d’Israël. Aujourd’hui, soixante ans après, les festivités pour l’anniversaire de l’Etat hébreu se déroulent sur un fond d’enthousiasme mitigé. Certes les réalisations du jeune Etat son remarquables et nombreuses, mais les Israéliens se posent aujourd’hui de nombreuses questions quant à l’avenir du pays.

Premièrement, il y a soixante ans, un peuple, le peuple Palestinien, fut exilé de ses propres terres. Soixante ans après, un peu moins de 4.500.000 réfugiés palestiniens, dont plus ou moins 1.300.000 vivant des camps, attendent encore de pouvoir rentrer chez eux. Le conflit israélo-palestinien n’a toujours pas trouvé de solution, et alourdit le quotidien de millions de Palestiniens, aussi bien que celui de millions d’Israéliens.

Deuxièmement, l’idéal des débuts a disparu. Malgré une économie florissante, les inégalités sociales et raciales sont de plus en plus marquées. Un quart des Israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté (fixé à 340 euros par personne par mois), et parmi eux essentiellement des Arabes, des Juifs éthiopiens, des Juifs ultra orthodoxes, mais aussi une partie des rescapés des camps. Quant à l’identité israélienne, elle est mise en péril par une recrudescence des particularismes nationaux. Les Juifs russophones ont ainsi développé un réseau de socialisation parallèle. Les immigrés juifs éthiopiens souffrent de racisme, les Arabes de discrimination. Bref le multiculturalisme prôné tend à disparaître.

Troisièmement, le gouvernement israélien souffre aujourd’hui d’un sérieux manque de légitimité. Affaibli depuis la guerre du LibanEhud Olmert a avoué durant la cérémonie des soixante ans, hier, qu’il avait effectivement bénéficié des versements d’un homme d’affaires américain. Le Premier Ministre soutient que l’argent a emprunté une voie licite, mais cette affaire porte un énième coup à sa crédibilité. Depuis qu’Ariel Sharon a sombré dans un coma, Israël manque cruellement d’un leader rassemblant la majorité. Le gouvernement israélien se retrouve ainsi souvent l’otage d’un petit parti pivot, comme aujourd’hui le Shass dans le gouvernement Olmert. A noter que la fragilité du pouvoir en place va de pair avec une fragilité du processus de paix lancé en novembre à Annapolis, également tributaire de l’instabilité politique palestinienne.

Les soixante ans d’Israël sont donc fêtés dans une sorte de liesse artificielle où chacun se demande quel sera l’avenir du pays dans dix ans. Il est sans doute temps que l’Etat hébreu réfléchisse à nouveau aux fondements de sa création, à son idéal et à son identité. Le pays a devant lui un long avenir, à condition d’opérer dès à présent une nécessaire autocritique ainsi que d’obligatoires concessions.

N.J.O.