23/05/2008

Israël-Syrie : un nouvel Annapolis

Il y a deux jours, Israël et la Syrie annonçaient simultanément la reprise des négociations de paix entre leurs deux pays sous les auspices d’une médiation turque. Bien que pressentie, cette annonce en a surpris plus d’un en Israël et sur la scène internationale. Le choix du moment pose en effet de nombreuses questions.

Le 27 novembre dernier Ehud Olmert et Mahmoud Abbas relançaient le processus de paix israélo-palestinien à Annapolis. Six mois après, seule l’administration Bush semble encore y croire. Le manque de légitimité du président israélien semble s’accroître de jour en jour suite aux affaires de corruption qui le touchent. La stabilité de son gouvernement dépend d’un petit parti sépharade ultra-orthodoxe, ce qui ne lui offre que peu de latitude pour négocier une paix.

Pourquoi donc avoir choisi ce moment pour enclencher des négociations avec la Syrie ? D’autant plus que G.W. Bush a publiquement désavoué cette entreprise lors de sa dernière visite à Jérusalem il y a deux semaines. Comme pour Annapolis, beaucoup pensent qu’Ehud Olmert tente par cette annonce d’attirer l’attention des médias ailleurs que sur les affaires qui le concernent. Une interprétation valable mais qui ne tient pas en compte les deux tiers de la population israélienne qui s’opposent à la restitution du Golan à la Syrie.

Pour Israël, le plateau du Golan revêt une importance stratégique majeure non seulement d’un point de vue militaire mais aussi et surtout concernant son approvisionnement en eau. Cette région surplombe en effet la vallée du Jourdain qui y prend sa source, ce qui en fait le « château d’eau » d’Israël qui y puise 35% de sa consommation d’eau.

Rendre le Golan à la Syrie apparaît d’autant plus dangereux que Damas s’affiche comme une puissance proche de l’Iran et soutenant le Hezbollah et le Hamas. Certains considèrent donc la tentative d’Olmert comme une manœuvre qui pourrait s’avérer stratégiquement payante : le Golan contre une rupture des alliances contre Israël.

Les négociations s’annoncent donc longues et ardues pour un gouvernement israélien déjà très affaibli. Un échec de ce processus signifierait la fin du gouvernement d’Ehud Olmert et ses conséquences sur le processus de paix israélo-palestinien. Beaucoup de risques en somme.

N.J.O.