09/05/2008

Israël, un anniversaire en demi teinte

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclamait l’indépendance d’Israël. Aujourd’hui, soixante ans après, les festivités pour l’anniversaire de l’Etat hébreu se déroulent sur un fond d’enthousiasme mitigé. Certes les réalisations du jeune Etat son remarquables et nombreuses, mais les Israéliens se posent aujourd’hui de nombreuses questions quant à l’avenir du pays.

Premièrement, il y a soixante ans, un peuple, le peuple Palestinien, fut exilé de ses propres terres. Soixante ans après, un peu moins de 4.500.000 réfugiés palestiniens, dont plus ou moins 1.300.000 vivant des camps, attendent encore de pouvoir rentrer chez eux. Le conflit israélo-palestinien n’a toujours pas trouvé de solution, et alourdit le quotidien de millions de Palestiniens, aussi bien que celui de millions d’Israéliens.

Deuxièmement, l’idéal des débuts a disparu. Malgré une économie florissante, les inégalités sociales et raciales sont de plus en plus marquées. Un quart des Israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté (fixé à 340 euros par personne par mois), et parmi eux essentiellement des Arabes, des Juifs éthiopiens, des Juifs ultra orthodoxes, mais aussi une partie des rescapés des camps. Quant à l’identité israélienne, elle est mise en péril par une recrudescence des particularismes nationaux. Les Juifs russophones ont ainsi développé un réseau de socialisation parallèle. Les immigrés juifs éthiopiens souffrent de racisme, les Arabes de discrimination. Bref le multiculturalisme prôné tend à disparaître.

Troisièmement, le gouvernement israélien souffre aujourd’hui d’un sérieux manque de légitimité. Affaibli depuis la guerre du LibanEhud Olmert a avoué durant la cérémonie des soixante ans, hier, qu’il avait effectivement bénéficié des versements d’un homme d’affaires américain. Le Premier Ministre soutient que l’argent a emprunté une voie licite, mais cette affaire porte un énième coup à sa crédibilité. Depuis qu’Ariel Sharon a sombré dans un coma, Israël manque cruellement d’un leader rassemblant la majorité. Le gouvernement israélien se retrouve ainsi souvent l’otage d’un petit parti pivot, comme aujourd’hui le Shass dans le gouvernement Olmert. A noter que la fragilité du pouvoir en place va de pair avec une fragilité du processus de paix lancé en novembre à Annapolis, également tributaire de l’instabilité politique palestinienne.

Les soixante ans d’Israël sont donc fêtés dans une sorte de liesse artificielle où chacun se demande quel sera l’avenir du pays dans dix ans. Il est sans doute temps que l’Etat hébreu réfléchisse à nouveau aux fondements de sa création, à son idéal et à son identité. Le pays a devant lui un long avenir, à condition d’opérer dès à présent une nécessaire autocritique ainsi que d’obligatoires concessions.

N.J.O.