19/09/2008

Election deTzipi Livni à la tête de Kadima

Revue de presse : semaine du 15 au 19 septembre 2008

Comme prévu mais avec seulement une courte avance, Tzipi Livni a été élue mercredi soir à la tête du parti Kadima. L’information a fait les titres de toute la presse internationale le lendemain. Cette élection est controversée sur de nombreux points : la courte victoire de Livni sur Mofaz, la future tâche de former un gouvernement, les orientations de l’ancienne Ministre des Affaires Etrangères et son engagement pour la paix. Autant de points d’interrogation qui entourent la chef de Kadima dès son premier jour à la tête du parti.

Le Monde revient sur le peu d’écart obtenu par Tzipi Livni sur son concurrent, Shaul Mofaz. Le quotidien français souligne que la candidate a demandé la prolongation le scrutin d’une demi-heure, pressentant donc l’importance des quelques électeurs supplémentaires. Il est vrai que les membres de Kadima n’ont pas été nombreux à se rendre aux urnes: seuls 53,7 % d’entre eux se sont déplacés pour voter mercredi. Tzipi Livni ne l’a finalement emporté qu’avec 431 voix d’avance, ce qui ne représente que 1,1% des voix, contre 10% d’avance annoncés au départ. Beaucoup auraient préféré Mofaz nous dit le Herald Tribune grâce à son intransigeance sur la sécurité d’Israël. Ce dernier a en effet occupé le poste de chef de l’Etat major de l’armée israélienne et se situe davantage dans l’aile droite du parti.

Tzipi Livni a quant à elle un parcours politique assez fulgurant puisqu’elle n’est entrée à la Knesset qu’en 1999, mais n’a connu un décollage que grâce à Ariel Sharon dans le gouvernement duquel elle endosse la charge de Ministre de la Coopération régionale. Le Figaro revient son parcours en soulignant également ses origines purement israéliennes puisque ses deux parents étaient colons avant 1948 et membres de l’Irgoun. Suite à des débuts en politique au sein de la droite du Likoud, elle suit Ariel Sharon dans son revirement de 2005 et entre à Kadima. Le cheminement qui l’a menée vers le centre est pragmatique. Elle l’explique elle-même en ces termes : « Je crois, comme mes parents, au droit du peuple Juif à l’ensemble de la terre d’Israël… Mais si je dois choisir entre mes rêves et mon désir de vivre dans une démocratie, je préfère renoncer à une partie de cette terre pour vivre dans un État souverain, juif et démocratique».

La presse israélienne se montre sceptique sur cette victoire en demi-teinte et surtout sur la capacité de la nouvelle chef de Kadima de former un gouvernement. Le Jerusalem Postsouligne ainsi que Livni est sans doute le Premier Ministre ayant le moins d’assise électorale de toute l’histoire d’Israël – elle a obtenu 17 000 voix, ce qui représente seulement 0,24 % de la population israélienne. Selon le quotidien Haaretz, une des premières tâches de Livni est de dé-Olmertiser le parti, supprimant « toute forme de copinage ou de corruption ». Mais malgré ces mesures, Kadima aura du mal a retrouver toute sa légitimité aux yeux des citoyens d’Israël. Le Yediot Aharonot recommande la tenue d’élections anticipées pour renforcer cette légitimité tout en reconnaissant le danger encouru alors par Kadima, puisque le Likoudprend désormais une belle place dans les sondages.

Du côté arabo-palestinien, les avis sont mitigés. Comme le rapporte le quotidien pan-arabe Al Quds al Arabi, les représentants de l’Autorité Palestinienne se sont en général « félicités du choix du peuple israélien », relevant les qualités de celle qui est déjà engagée dans le processus de paix par son ancienne position de Ministre des Affaires étrangères. Reprises parAl Jazeera, certaines voix craignent néanmoins l’instabilité qui pourrait résulter de cette élection des tentatives pour former une nouvelle majorité. Tzipi Livni aimerait en effet tout d’abord tenter de reformer un gouvernement avec la même coalition, c’est-à-dire le parti travailliste, le parti des retraités et le Shas. Or, cette dernière formation a des exigences susceptibles de mettre en péril le processus de paix engagé avec les Palestiniens : il refuse toute remise en cause du statut de Jérusalem Est. D’autre part, encouragent une forte natalité, il désire également que soit revu le régime des allocations familiales, ce que Tzipi Livni n’est pas prête à céder. Pour terminer enfin, l’agence de presse palestinienne, MAAN Newsrapporte l’avis du porte-parole du Hamas, Fawzi Bahroum qui déclare que les Palestiniens ne doivent rien attendre du changement de pouvoir en Israël.

Peu d’organes de presse se montrent réellement positifs quant à l’élection de Tzipi Livni. Beaucoup d’incertitudes en ressortent et seuls les événements politiques des prochains mois pourront répondre à toutes les interrogations qu’elle suscite.