12/09/2008

FEMIP : Investir au Sud de la Méditerranée : défis et opportunités

LES MIDIS DE LA MEDITERRANEE (2)

 

FEMIP : Investir au Sud de la Méditerranée : défis et opportunités
par
Philippe de Fontaine Vive

Vice-Président de la Banque Européenne d’Investissement.

12 septembre 2008 de 12h30 à 14h

au Mouvement Europeéen Belgique
63 avenue d’Auderghem, 1040 Bruxelles

Compte-rendu : Nathalie Janne d’Othée

Introduction

par Charles-Ferdinand Nothomb, Ministre d’Etat, Président d’honneur du Mouvement Européen Belgique

Philippe de Fontaine Vive est Vice-président de la Banque Européenne d’Investissement. Il est responsable des financements en France et dans la région Méditerranéenne, et est à ce titre responsable de la FEMIP, la Facilité Euro-Méditerranéenne d’Investissement et de Partenariat. Depuis sa création en 2002, la FEMIP est devenue l’instrument clé du partenariat économique et financier entre l’Europe et la Méditerranée.

En février 2006, Philippe de Fontaine Vive avait participé au Congrès d’Alger sur le Dialogue Nord-Sud en Méditerranée organisé par le Mouvement Européen International, conjointement avec l’Institut MEDEA.

FEMIP : Investir au Sud de la Méditerranée : défis et opportunités

par Philippe de Fontaine Vive

On peut aujourd’hui une prise de conscience de plus en plus prégnante de l’importance de la Méditerranée dans toutes sortes de problématiques.

Ce changement progressif est dû à plusieurs facteurs :

    1. Changement de génération : dans la plupart des pays de la Méditerranée, le passage s’opère vers la prochaine génération amenant ainsi un esprit nouveau dans différents secteurs, en particulier celui de la finance. Dans le secteur financier, une révolution silencieuse est en effet en cours depuis quelques années : les cadres changent. Cette modernisation du secteur de la finance en Méditerranée permet aux deux rives de la Méditerranée de beaucoup mieux se comprendre, et donc de mieux coopérer.
    2. Sommet de Paris (13 juillet 2008) : Ce sommet organisé par la Présidence Française de l’Union Européenne marque une deuxième étape. Il est évident qu’il y aura toujours des insatisfaits, mais il faut souligner que le partenariat euro-méditerranéen n’a jamais été aussi loin. A partir de maintenant les deux rives de la Méditerranée avanceront ensemble, avanceront ensemble, et co-décideront le développement de la Méditerranée. Deuxièmement, le projet a été bonifié depuis son évocation en février 2007 par Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, et grâce à Angela Merkel, l’ensemble des Européens sont impliqués dans le projet, ce qui contribuera à les unifier. Il y aura certes des inconvénients en termes de rapidité de la prise de décision à 43, mais les décisions prises auront beaucoup de force de poids.
    3. Dimension écologique : Le Processus de Barcelone n’évoquait l’écologie que de manière très restreinte. Aujourd’hui, la logique du développement durable s’impose à tous. On ne parle plus de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), mais de comment mettre à l’œuvre ensemble le protocole de Kyoto. La BEI s’intéresse aussi et de façon majeure à la dimension écologique. Elle est devenue la coordinatrice du financement du programme commun de dépollution de la Méditerranée. Elle s’occupe aussi d’un autre projet mis en place par l’ONU, le « Plan bleu » qui consiste en l’étude des conséquences du réchauffement climatique pour la Méditerranée, conséquences majeures sur nos conditions de vie au Nord comme au Sud de la Méditerranée.

Trois facteurs de changement donc, et cela pour faire face à trois défis :

    1. Faire de la Méditerranée une région : Entre personne spécialisées ou intéressées par la problématique, on considère peut-être trop rapidement que la Méditerranée est une région. Mais vu d’Europe, la Méditerranée n’est pas encore considérée comme telle. D’Asie ou d’Amérique , non plus. De leur point de vue, il y a l’Europe, le Moyen-Orient, la région MENA (Middle East and North Africa), mais pas de région euro-méditerranéenne. C’est donc un concept que nous devons porter. La construction euro-méditerranéenne est encore en cours, nous devons donner de la consistance à cette région.
    2. Défi démographique : Il existe une réelle complémentarité entre l’Europe et le Sud et l’Est Méditerranéen. Tous les pays d’Europe, excepté la France connaissent une régression démographique, tandis que le Sud et l’Est Méditerranéen est en constante progression. On y trouve donc une jeunesse qui a du mal à trouver les emplois nécessaires. On pourrait par exemple envisager une complémentarité des systèmes de santé avec éventuellement un déplacement des populations âgées vers le Sud. Ce sont des réflexions qui peuvent paraître politiquement incorrectes, et pourtant il s’agit d’enjeux majeurs. Il existe aujourd’hui une réelle aspiration des travailleurs méditerranéens en Europe qui illustre cette réalité démographique.
    3. Immenses chantiers à effectuer au Sud et à l’Est de la Méditerranée : Il existe plein d’opportunités pour les entreprises dans tous ces pays, mais ces derniers ne trouvent pas les investissements nécessaires à leur réalisation. L’épargne s’investit ailleurs. Les pays partenaires méditerranéens exportent de l’épargne vers l’Europe et les Etats-Unis soit parce que peur de l’avenir, doit pas assez confiance dans leur propre capacités financières. Il faut donc faire en sorte que ces pays deviennent des importateurs net d’épargne. Pour cela, il faut bâtir la confiance.

Pour relever ces défis, ils existent de nombreux leviers d’action. Un des moyens les plus efficaces de moderniser et de développer ce qu’on appelle les « corps intermédiaires » (référence à Montesquieu et à Tocqueville qui en faisaient des garants de la liberté). Ils contribueront à bâtir une société solide. Du point de vue d’une banque, il existe deux corps intermédiaires essentiels qu’il faut renforcer : les entreprises et le secteur financier.

    1. Entreprises : Une des clés du succès de la Méditerranée et de l’Europe est de contribuer au développement du plus d’entreprises possibles. Les services seront alors rendus de façon la plus bénéfique et la plus flexible possible, le secteur public n’endossant alors qu’un rôle de régulateur, non pas de producteur ou de distributeur de services. A la FEMIP, un des mots d’ordre majeurs est de développer le secteur privé. C’est pourquoi, la BEI finance aujourd’hui majoritairement le secteur privé ce qui n’était pas le cas avant.
    2. Secteur financier : Pour qu’un pays soit prospère, il faut que le secteur financier fonctionne bien. Si le secteur financier est en crise, le reste de la société le devient aussi, par effet de dominos. Or en Méditerranée, il y a beaucoup à faire pour renforcer le secteur financier.

Concrètement, quels sont les chantiers lancés au lendemain du Sommet de Paris ? La BEI s’occupe de 4 projets en particulier :

  1. Soutien au PME : En Méditerranée, les très grandes entreprises s’adaptent toujours mais les PME n’ont pas les outils pour s’adapter aussi facilement dans des contextes souvent très mouvementés. La BEI tente donc de mettre en place des facilités pour les PME en Méditerranée, comme ce qui existe en Europe.
  2. Programme d’investissement pour la dépollution de la Méditerranée ; A déjà généré 2 à 3 milliards d’euros, ce qui permettra à quelques 44 sites d’être dépollués dans les années qui viennent.
  3. Plan solaire ; Les problèmes du pétrole, des biocarburants, de la sécurité énergétique sont aujourd’hui récurrents. La Méditerranée a la chance d’avoir une très bonne exposition solaire. La BEI a quant à elle acquis de l’expérience en la matière puisqu’elle a déjà financé une usine solaire en Espagne.
  4. Axes de communication : « Autoroutes de la mer » ou plus classiques autoroutes de la terre, les voies de communication sont essentielles pour développer une région. Il faut un maillage communicationnel efficace en Méditerranée et ainsi faciliter la communication entre les différents chantiers en cours dans la région.

 

Questions/débat

M. Hijazin, Secrétaire Général de la CCBLA – Chambre de Commerce Belgique, Luxembourg et Pays Arabes: Les Chambres de Commerce sont d’importants soutiens aux PME. Une synergie avec la BEI est donc envisageable pour le développement de la Méditerranée.

Intervenant : Comment apporter une aide quand il y a des problèmes au niveau politique ?

Réponse (Ph. de Fontaine Vive) : Dans tous les pays Méditerranéens, il y a des sujets financiers purs qui sont bien acceptés et qui constituent autant de points communs pour bâtir des collaborations. Et puis la logique a aujourd’hui changé et une Europe dictant ce qu’il faut faire n’est plus acceptable. Quand la décision est prise ensemble, les investissements de l’étranger sont mieux acceptés.

Mohammed-Raja’i Barakat : Le Sud a-t-il les outils nécessaires pour avoir bâtir un secteur bancaire moderne comme en Europe?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Oui bien sûr. Aujourd’hui Attijariwafa n’a par exemple rien à envier à une banque européenne. C’est tout à fait possible d’ambitionner d’avoir de bons champions nationaux dans les secteurs bancaires au niveau Méditerranéen.

Pourquoi les investissements se font-ils en dollars ou en euros, ces monnaies connaissant aujourd’hui des changements de valeurs importants ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : L’inconvénient est que l’investissement qui se fait en monnaies locales est souvent coincé. Le compte de capital est fermé en Méditerranée. En dollars ou en euros il est possible de sortir à tout moment, on peut vendre tout de suite.
On parle beaucoup de la « nouvelle » Union pour la Méditerranée. Mais n’est-ce pas un Processus de Barcelone déguisé, renommé mais inchangé ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Les sujets restent en effet les mêmes, mais un changement important est survenu : on n’essaye plus de faire le bonheur des gens sans eux.

Intervenant : Nous avons un projet de dépollution au Maroc. Est-ce que la BEI finance directement des projets de dépollution existants ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : La réponse est un grand oui, venez nous voir. Néanmoins il faut que l’investissement soit d’une certaine taille, dans le cas contraire, adressez-vous plutôt à une banque marocaine.

Représentant de l’Ambassade d’Algérie : Si un pays a décidé de ne pas recourir à un financement extérieur (…)

R (Ph. de Fontaine Vive) : L’Algérie est riche. Son secteur public est riche. Ils ont d’ailleurs remboursé 984 millions € de dettes à la BEI. C’est donc un choix. Mais le secteur privé est par contre trop faible en Algérie.

M. Hijazin (CCBLA) : Vous ne l’avez pas mentionné mais je tiens à souligner l’importance du secteur bancaire libanais, le plus performant de la région.

R (Ph. de Fontaine Vive) : Le secteur bancaire libanais est en effet très performant. Il collabore d’ailleurs aujourd’hui à la modernisation du secteur bancaire syrien.

Intervenant : Le développement du système bancaire en Europe de l’Est a eu lieu grâce aux investissements dans ces pays et parce que ces marchés bancaires étaient ouverts tandis que ceux d’Europe de l’Ouest étaient saturés. Comme ce qu’il y a eu vers l’Est, y aura-t-il d’ici 5-10 ans une marche des banquiers européens vers le Sud ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il ne faudra pas attendre 5-10 ans, c’est déjà le cas ! La marche vers le Sud est en cours. Maintenant, aux pays Méditerranéens de choisir leur rythme.

Olaf Deussen, Forum Euro-Arabe : En 1995 à Barcelone l’établissement d’une Zone de Libre Echange avait été prévue pour 2010 ? Quel est le rôle de la BEI dans ce projet ? l’idée est-elle aujourd’hui obsolète ? Quid de 2010 comme date butoir ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : L’idée de la ZLE a été très mobilisatrice et cela a poussé les entrepreneurs et les Ministères à se rencontrer etc. Le concept global est donc là et il faut continuer à y travailler. Mais selon moi, cela ne suffit pas : il faut parler de tous les chantiers qui permettent de vivre ensemble. Espérons que le moteur de l’UPM fasse avancer vers ce but.

Intervenante, Avocate à Paris et Bruxelles Avec des amis, nous étions prêts à investir dans un appartement à Mamete, mais nous ne l’avons pas fait car nous avons appris qu’il était impossible de rapatrier les fonds ensuite.

R (Ph. de Fontaine Vive) : Votre question en sous-entend en fait deux. Le pays accepte-t-il de laisser les étrangers acheter ce qu’ils veulent ? Nous avons un revenu 10X supérieur en Europe et cela peut créer des déséquilibres dans le pays. C’est donc compréhensible, c’est une question politique. On peut comprendre que la terre est importante. Par contrer, il est plus facile de louer, et normalement d’acheter un appartement puisqu’il ne s’agit pas de l’achat de terrain. La deuxième question soulevée par votre intervention est financière et concerne le marché des capitaux. Là, je dirais qu’il est effet dans l’intérêt des pays de libéraliser de manière progressive leur compte de capital. Mais il est également compréhensible qu’ils se protègent.

Fouad Trad, Banque Byblos : Outre les banques commerciales, qu’est-ce que fait la BEI pour développer les banques d’investisssement ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il y a plus de spécialistes, d’ingénieurs financiers dans les banques commerciales méditerranéennes que dans la BEI. Il n’y a donc pas de besoin de la BEI. En ce qui concerne les banques d’investissement européennes dont le centre névralgique est la City de Londres, elles sont réticentes à s’installer en Méditerranée car celle-ci est morcelée. Installer une salle de marchés ou une équipe dans la région coûte très cher. Quand il y a des blocages multiples et une telle fragmentation régionale, cela n’en vaut pas la peine.

Les Banques islamiques peuvent-elles conjointement avec la BEI contribuer au développement du secteur financier en Méditerranée ?

La BEI a besoin de fongibilité or son référentiel juridique est complètement différent de celui des banques islamiques. Que ces banques investissent en Méditerranée est une bonne chose, mais il est difficile voire impossible de le faire avec la BEI.

Représentant du Think Thank européen pour la Solidarité : Y a-t-il un volet social dans les actions de la BEI ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il y en a, mais pas assez. L’Europe s’est organisée de telle façon que l’on interdit de mêler donc et prêts. Or il faudrait plus le faire pour développer le social. En Afrique, notamment avec le Commissaire européen Louis Michel, on y arrive. Mais en Méditerranée, pour l’instant, c’est difficile.

Marilena Candido dela Mora, Mouvement Européen France : N’existe-t-il aucune obligation pour les PME pour qu’elles emploient de la main d’œuvre locale ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il s’agit en effet d’une bonne réponse en termes de développement : former les gens et ainsi leur ouvrir de plus larges opportunités d’avenir. Il faudrait donc un projet d’Agence des PME mais qui serait là pour accompagner, et non pour interdire ou contraindre.

Marine Imberechts, Centre de culture Européenne : Quels sont les projets euro-méditerranéens en termes d’éducation ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il n’y a pas assez de projets dans le secteur de l’éducation parce que nous n’y mettons pas assez de moyens. Tel n’a pas été le choix européen. Il y a de belles idées comme le programme d’Erasmus Euromed mais qui ne concerne qu’une partie très restreinte de la population.

On a évoqué le cas de l’Algérie. L’Europe ne craint-elle pas la concurrence de la Chine en Méditerranée ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Il faut d’une part et avant tout souligner que la concurrence est une bonne chose. C’est sain ! D’autre part, il est vrai qu’elle doit s’exercer selon les mêmes critères. Lorsque les critères humains, environnementaux… sont moins exigeants, la concurrence n’est plus bonne. Il faut donc de la concurrence dans les mêmes conditions pour que ça mène à de la qualité.

Mohammed Raja’i Barakat : Les pays arabes ont émis des lois pour encourager l’investissement et cela n’a pas attiré plus d’investisseur. Que faire de plus ?

R (Ph. de Fontaine Vive) : Oui, c’est vrai. Il faut juste les mettre en œuvre. Il ne faut pas non plus une justice lente et arbitraire. Les lois c’est bien, mais il faut qu’elles soient mises en œuvre.

Parfois les pays méditerranéens s’ouvrent aux investissements étrangers, de libéralisent, mais le regrettent après parce que cela amène plus de pauvreté que de richesse.

R (Ph. de Fontaine Vive) : Venez vivre en Méditerranée et essayez d’utiliser votre carte bleue. Le système bancaire nécessite une modernisation. En Méditerranée, le chef d’entreprise doit parfois faire la file pour payer la facture d’eau, il n’y a pas de virements automatisés. Tous ces détails peuvent s’avérer très lourds pour une entreprise. Par contre lorsqu’on imagine des réformes, des solutions, il vaut mieux les prendre depuis la région elle-même. Les pays méditerranéens connaissent ces problèmes et nous sommes là à leur côtés pour les aider.

 

LES MIDIS DE LA MÉDITERRANÉE SONT ORGANISÉS CONJOINTEMENT PAR L’INSTITUT MEDEA ET LE MOUVEMENT EUROPÉEN BELGIQUE.

INSTITUT MEDEA

Contact : Nathalie Janne d’Othée

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MOUVEMENT EUROPEEN-BELGIQUE

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