12/09/2008

Raconte-moi ta guerre

Le film Waltz with Bashir est sorti cette semaine dans les salles en Belgique. Revenons sur les conditions de sa sortie à l’occasion du 61e Festival de Cannes en mai passé. La plupart des critiques furent positives, voire élogieuses à l’égard du troisième long métrage du réalisateur israélien Ari Folman. Beaucoup l’avait par ailleurs pressenti comme la Palme d’Or ou en tous cas le Prix du Public. Il n’en fut rien mais l’important est que les esprits furent marqués.

Ari Folman a inventé un genre nouveau, celui du « documentaire d’animation ». A imaginer, ce terme peut susciter un scepticisme légitime. En effet, le documentaire sensé rapporter la réalité est ici conjugué sur le registre de l’imaginaire. Mais le réalisateur a évité les pièges qu’un tel genre pourrait comporter utilisant de réelles interviews, imaginant par ailleurs leur contexte et leur mise en scène. Le résultat est surprenant et surtout touchant. Il oscille entre deux mondes, le rêve et la réalité.

Les quotidiens belges Le Soir et La Libre Belgique ont accentué la comparaison entre l’œuvre de Folman et Persépolis de Marjane Satrapi. Tous deux autobiographiques et sous-forme de film d’animation, ils lancent un genre nouveau. Permettant d’aborder de manière plus libre des sujets parfois compliqués, le film d’animation nécessite en effet parfois moins de moyens mais permet également de davantage transmettre un vécu que des événements. Outre les styles graphiques différents des deux films, La Libre Belgique souligne également que Waltz with Bashir offre un point de vue pluriel alors que les souvenirs de Marjane Satrapi se déclinent au singulier dans Persépolis.

Au-delà des caractéristiques cinématographiques et artistiques, le sujet abordé par le filmWaltz with Bashir a suscité de nombreuses réactions. Prenant comme contexte un événement particulier, les massacres de Sabra et Chatila, Ari Folman aborde en fait le thème plus large de la mémoire de guerre. Ayant lui-même participé à la guerre du Liban en 1982, il s’étonnait en effet 20 ans après de n’en avoir aucun souvenir clair. De là est venue l’idée de tenter de reconstruire ses souvenirs et de les rassembler dans un film.

Dans The fabulous Picture Show, émission cinématographique de la chaîne Al Jazeera, le 31 mai dernier, Ari Folman explique la particularité de la guerre du Liban. C’était pour les soldats, pour la population israélienne, la première fois qu’ils se sentaient « déconnectés de leurs leaders ». Les guerres qui avaient précédé étaient des guerres défensives, qui concernaient la population. En 1982, Israël attaque le Liban essentiellement pour des raisons stratégiques : éradiquer l’OLP, placer un allié, Bashir Gemayel, à la tête de l’Etat.

La guerre israélo-libanaise de l’été 2006 a en quelque sorte rejoué le scénario de 1982. Durant l’avant Première belge, projetée à l’Arenberg à Bruxelles, une question est posée sur les réactions suscitées par le film en Israël. Ari Folman raconte que contre toute attente, le film a été très bien reçu par la critique en Israël sans causer les remous escomptés. Selon lui, la guerre du Liban en 2006 a été d’un genre nouveau car très ouverte et très discutée, et a donc ouvert la voie à son film.

D’autre part, il faut préciser que l’auteur n’a jamais eu l’intention de créer un film politique. Interrogé par France 24, celui-ci explique que sa démarche est tout à fait personnelle, et que s’il avait fait un film politique, il aurait inclus le point de vue palestinien. L’intention de l’auteur n’était donc pas de rouvrir le débat de la responsabilité israélienne durant les massacres de Sabra et Chatila. Et pourtant, trop de zones d’ombres demeurent. Israël protégeait les camps, mais a laissé faire les massacres et plus encore, a tiré des fusées éclairantes pour permettre aux Phalangistes d’accomplir leur terrible dessein. Sur les ordres de qui agissaient-ils ? Dans l’armée israélienne, Ariel Sharon était-il le seul impliqué ? Bien qu’initié, le travail de mémoire est loin d’être terminé.

 

N.J.O.