10/10/2008

Nouvelles frappes turques contre le PKK dans le Nord de l’Irak

Revue de presse : semaine du 6 au 10 octobre 2008

Vendredi passé, le PKK a mené une attaque contre une caserne située à quelques kilomètres de la frontière irakienne faisant 17 morts parmi les militaires en service dans la base. Cet événement ainsi qu’une autre attaque survenue à Diyarbakir mercredi ont amené Ankara à renforcer la répression anti-terroriste. Faisons un tour de la presse internationale pour mieux comprendre la situation.

La Libre Belgique est revenue le lundi 6 octobre sur le triste historique de la caserne. Située «  dans le « triangle de la mort » entre les frontières iranienne et irakienne, le cantonnement d’Aktütün, perché sur un petit replat suspendu dans de vertigineux précipices, est quasiment indéfendable ». Depuis 1992, il a subi cinq attaques faisant un total de 44 morts. Suite à cette attaque, l’Etat-major a fait, sans en avoir l’air, aveu de faiblesse puisqu’il a annoncé le déplacement de plusieurs casernes, dont celle d’Aktütün, du fait de leur proximité avec la frontière irakienne.

Là se trouve le réel problème pour Ankara : la frontière irakienne qui s’étend sur 384 km et derrière laquelle une chaîne de montagne sert de base d’attaques aux militants du PKK. AFPrapporte le discours prononcé par le Premier Ministre Erdogan mercredi proposant la création d’une zone tampon le long cette frontière. Considérant l’attaque de vendredi, les frappes aériennes menées depuis un an en territoire kurde et l’intervention terrestre de février ne semblent pas avoir porté leur fruit souligne Libération. Le quotidien français rappelle également que ces frappes sont à chaque fois l’occasion de crispations entre la Turquie et l’Irak. Bagdad accuse la Turquie d’ingérence tandis que cette dernière reproche à Massoud Barzani, Président de la région autonome kurde d’Irak, de ne pas contrôler la zone occupée par le PKK, voire de protéger l’organisation indépendantiste kurde.

Washington s’oppose de son côté aux incursions militaires turques craignant une déstabilisation de la seule région d’Irak épargnée par la violence. Le Herald Tribune souligne la position très peu confortable des Etats-Unis qui compte la Turquie et les Kurdes d’Irak parmi ses meilleurs alliés dans la région.

« Le vote  – de mercredi – ne fut qu’une formalité » commente le Figaro. En effet comme attendu, 511 députés contre seulement 18 votes s’exprimèrent en faveur d’un prolongement d’un an du mandat accordé à l’armée pour mener des opérations contre le PKK en Irak. Le nouvel attentat survenu mercredi et ayant causé la mort de 4 policiers et d’un chauffeur ne fit que renforcer les convictions. Mais le quotidien français met l’accent sur les libertés d’actions requises par les militaires. Ceux-ci exigent en effet « le droit de mener des perquisitions sans autorisation d’un procureur, la liberté d’intervenir dans les zones contrôlées par la police, l’allongement des périodes de détention… ». Erdogan a déclaré que la Turquie ne connaîtrait pas « de retour en arrière concernant la démocratie, les droits de l’homme et les libertés », domaine scruté par la DG Elargissement de la Commission Européenne.

Parallèlement à cette montée en force de l’armée, les rapports entre les militaires et le DTP, le Parti de la Société Démocratique, de tendance pro-Kurde s’empirent. Le centre d’information non-gouvernemental Info Türk informe que depuis juillet passé, les militaires refusent de siéger au Parlement pour contester la présence des 21 députés du DTP. Ces derniers sont également les seuls à ne pas être invités aux événements organisés par l’armée.

Ce vendredi Hürriyet rapporte qu’une première incursion aérienne dans le Nord de l’Irak a eu lieu tard dans la journée jeudi. Elle a ciblé des groupes de militants du PKK. Le nombre de tués n’a pas été communiqué. Le Haut Conseil pour la lutte anti-terroriste s’est réuni jeudi et se réunira encore mardi prochain pour décider des mesures à prendre. Les dirigeants civils et militaires ont tenté de rassurer les inquiétudes en certifiant qu’il n’y aurait aucun retour en arrière sur les efforts faits dans le cadre de l’adhésion à l’Union Européenne.