31/10/2008

Raid américain dans le village de al-Soukkariya en Syrie

Revue de presse – semaine du 27 au 31 octobre 2008

Dimanche 26 octobre dernier, l’armée américaine a mené un raid héliporté dans le village syrien d’al-Soukkariya, proche de la frontière irakienne. Le gouvernement syrien a immédiatement dénoncé l’incursion, la qualifiant d’ « acte terroriste » et accusant les Etats-Unis d’avoir tué huit civils innocents. L’armée américaine n’a pas tout de suite réagi, évitant tout commentaire. Ce n’est que lundi que les Etats-Unis ont reconnu avoir mené un raid destiné à éliminer une cellule d’Al Qaeda qui envoyait des combattants étrangers en Irak sous le commandement d’un certain Abu Ghadiya. Selon les forces américaines, les victimes étaient toutes des militants (Le Soir).

Mardi le site de RFI (Radio France Internationale) expliquait que cette intervention américaine était une mise en pratique du « droit de poursuite » comme moyen de légitime défense récemment théorisé par l’administration Bush et déjà appliqué quelques fois à la frontière pakistano-afghane.

Les réactions en Syrie furent nombreuses. D’une part l’Ecole américaine et le Centre Culturel Américain de Damas ont été fermés et un appel a également été adressé au Conseil de Sécurité et au Secrétaire Général des Nations-Unies afin que des mesures soient prises contre les Etats-Unis (Syria Today). D’autre part, une manifestation contre l’incursion américaine a envahi jeudi le square Youssef El Azmi à Damas. A son propos, le New York Times rappelle le peu de liberté d’expression laissé aux citoyens syriens et souligne donc le rôle du gouvernement syrien derrière la manifestation.

Les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre au sein de la communauté internationale. Parmi elles, l’Egypte a considéré l’incursion comme une grave violation de la souveraineté de la Syrie. Ce n’est par contre que mardi que le gouvernement irakien a dénoncé le raid, l’ayant auparavant applaudi. France 24 rapporte les commentaires de M. Dabbagh, porte parole du gouvernement irakien, qui déclare que l’Irak condamne cette action car elle est « contraire à la Constitution irakienne ». D’autre part, le gouvernement irakien « continue d’insister auprès de la Syrie pour qu’elle fasse cesser les activités des groupes qui utilisent son sol pour entraîner et envoyer des terroristes afin de mener des attaques contre l’Irak et sa population ».

Parmi les réactions internationales, la plus marquée est sans aucun doute la France. Le Monde du 29 octobre rapporte la « vive préoccupation » de la France par rapport aux faits. Il souligne les récents efforts de la Syrie pour contrôler sa frontière avec l’Irak, d’autant plus que l’attentat ayant fait 17 morts à Damas en fin septembre a été imputé à des réseaux islamistes venant d’Irak. L’article rappelle aussi le choix de la présidence française de renouer des liens diplomatiques avec la Syrie. Certains diplomates à Paris soulignent le peu de bon sens de cette intervention en Syrie alors même que la communauté internationale exige de cette dernière qu’elle respecte la souveraineté du Liban. Par contre si Nicolas Sarkozy a condamné le raid, il ne l’a fait qu’au nom de la France et non de la Présidence de l’Union Européenne.

L’autre réaction observée en Europe est celle du Royaume-Uni. Le Financial Times explique que le Ministre des Affaires étrangères syriennes, M. Walid al-Moualem, était de visite au début de la semaine à Londres. La position de Londres se révèle des plus compliquée puisque tentant un rapprochement de la Syrie dans le sillage de la France, elle est amenée à prendre position entre ces efforts diplomatiques et le soutien historique aux Etats-Unis. David Miliband a donc laissé son homologue syrien s’exprimer de Londres contre le raid. Ayant ensuite fait la constatation que le raid et ses conséquences ne remettaient pas les relations anglo-syriennes en question, l’Angleterre s’est néanmoins dite préoccupée de la possibilité pour des combattants étrangers agissant en Irak de vivre impunément en Syrie.