14/11/2008

Construction d’un Musée de la Tolérance à Jérusalem

Revue de presse – semaine du 10 au 14 novembre 2008

Le Monde diplomatique de février 2007 avait consacré un article au projet du Centre Simon-Wiesenthal de construire un musée de la tolérance au milieu de l’antique cimetière musulman de Mamillah, à Jérusalem.
Malgré l’obtention des autorisations nécessaires du gouvernement et de la mairie, des religieux musulmans protestaient contre cette violation  de leurs droits. En effet, sous le mandat britannique, il était interdit de toucher à ce cimetière et la loi israélienne sur les « biens abandonnés », votée pour légitimer la dépossession des réfugiés palestiniens, exclut toute transmission de cimetières et de mosquées à un tiers.
Cette affaire avait dès lors pris une dimension dépassant le cadre de Jérusalem : le Sheikh Raed Salah, le chef du Mouvement islamique, s’était rendu en novembre 2006 en Turquie, pour mobiliser le gouvernement d’Ankara et la Ligue arabe avait protesté contre un acte qui «atteint les sentiments profonds des musulmans du monde entier ».
A la suite d’un arrêt de la Cour suprême, au printemps 2006, les travaux devaient être suspendus jusqu’à un jugement sur le fond.
Mamillah est le plus important des cimetières musulmans de Palestine et la tradition veut que des compagnons du prophète Mahomet y soient inhumés, ainsi que quatre-vingts combattants de l’armée de Saladin.
Cette affaire « va entacher l’image de la ville de Jérusalem, de l’Etat d’Israël et du peuple juif» avaient alors déclaré dans une pétition, cent professeurs et chercheurs israéliens de renom.
Aujourd’hui, l’affaire revient sur le devant de la scène : dans le Jerusalem Post du 4 novembre 2008, Gershon Baskin, président du centre israélo- palestinien pour la recherche et l’information, explique pourquoi il s’oppose à la construction d’un musée sur un ancien cimetière musulman. Pour lui, il ne s’agit pas d’une question légale ou politique mais d’une question morale qui concerne la capacité de trois croyances à cohabiter à Jérusalem. N’hésitant pas à souligner l’ironie de la construction d’un musée de la tolérance sur un tel site, Gershon Baskin s’est estimé « honteux que les seules protestations contre la décision de la Court soient venues de l’Islamiste radical Sheikh Raed. »
« Où sont les habitants de Jérusalem et les Israéliens qui croient que nous pouvons créer à Jérusalem une ville de tolérance, de compréhension et de paix entre les civilisations ? » s’est interrogé Gershon Baskin avant d’appeler le gouvernement israélien et le peuple juif à s’élever contre cette décision et pour que Jérusalem soit le centre de la tolérance, sans musée de la tolérance sur des tombes musulmanes.
Le 8 novembre,  dans le Jerusalem Post, le Rabbin Marvin Hier, fondateur et doyen du centre Simon Wiesenthal et du musée de la tolérance, a rejeté les critiques formulées à l’encontre du projet de construction du Musée de la tolérance sur le site d’un ancien cimetière musulman, rappelant que cet endroit a été pendant presque cinquante ans un parking municipal et ce, malgré le fait qu’il était connu que c’était le lieu d’un ancien cimetière. Par ailleurs, la Haute Cour de Justice avait affirmé que le site n’avait pas été répertorié comme un cimetière depuis plusieurs dizaines d’années et que les ossements trouvés lors de la construction étaient vieux de cent à trois- cents ans, dépourvus de traces d’identification de nom ou religion.
En outre, il souligne que des intellectuels musulmans se sont penchés sur la question des cimetières et ont estimé que qu’un cimetière non utilisé pendant 37 ans est considéré comme « mundras », ayant perdu sa nature de sanctuaire. Le concept de « mundras » aurait dès lors autorité dans tout le monde musulman.
Répondant directement à l’intervention de Gershon Baskin, il a déclaré que ce n’étaient pas les restes humains sous- terre qui menaçaient la stabilité au Moyen Orient mais les extrémistes sur terre qui bloquent les perspectives de paix.
Enfin, Marvin Hier a tenu à rappeler que la localisation du musée dans le centre de Jérusalem avait une signification toute particulière puisque que Jérusalem est une ville unique au monde où se mêlent les trois religions du Livre. De ce fait, d’après lui, le musée aurait un rôle important à jouer dans une dynamique de dialogue et médiation entre Israéliens et Palestiniens.
D’après l’agence de presse Ma’an, malgré le déploiement  de la police israélienne, la manifestation protestant contre la construction d’un Musée de la Tolérance sur un cimetière musulman à Jérusalem, avec à sa tête des personnalités chrétiennes et musulmanes, a pu être menée à bien dans les rues de la ville.

Hatem Abed Al- Qader, le conseiller du président Abbasà Jérusalem a estimé que cette décision de construction de musée sur un cimetière historique affectait toute la communauté.
Par ailleurs, le Mufti de Palestine, Sheikh Mohammad Husein a appelé les Palestiniens à soutenir les habitants de Jérusalem, déclarant qu’ « attaquer les cimetières signifiait attaquer (notre) religion et la dignité des morts, non seulement les Musulmans mais aussi, dans une acceptation plus large attaquer le respect du genre humain et de ses religions ».