28/11/2008

La Blue card

Revue de presse – semaine du 24 au 28 novembre 2008

Si le Financial Times et la presse communautaire ont souligné le vote du parlement européen jeudi dernier de l’initiative de la commission sur la « carte bleue », sorte de « green card » à l’européenne, nombre de journaux nationaux, qui avaient expliqué l’initiative en 2007 et début 2008 (Le Figaro, Le Monde, The Guardian, Il Corriere della sera), n’ont pas reparlé cette semaine de cette initiative européenne sur l’immigration. Si ce silence n’est pas imputable à un désintérêt des Etats membres pour la question, force est de constater une visibilité limitée du projet, dont l’impact reste flou aux yeux des citoyens comme des politiciens puisque si la carte bleue paraît constituer une base commune aux politiques migratoires, nombre de prérogatives restent du ressort des Etats.

Un article mis en ligne sur le site d’Euractiv le 6 novembre relatait les impressions laissées aux parlementaires après l’adoption par les eurodéputés de l’initiative de la Commission européenne sur l’immigration des travailleurs hautement qualifiés, dite « carte bleue ».
Le rapporteur au Parlement Ewa Klamt (PPE-DE, Allemagne) considère cette mesure comme un pas dans la bonne direction, soulignant l’exemple de son pays qui manque de 95 000 ingénieurs avec un système éducatif ne pouvant en former que 20 000.
Selon la députée britannique Jean Lambert (Verts), les mesures obligeant les travailleurs immigrés à gagner 1,7 fois le salaire moyen ajoutaient encore plus de restrictions à un système déjà limité.  Certains Etats membres et partis de gauche avaient soutenu une politique plus équilibrée incluant un salaire minimal équivalent à 1,3 fois le salaire national moyen. Selon eux, des obligations plus élevées, soutenues par l’Allemagne, pourraient en fait annuler les bénéfices du système.

Les critiques et doutes émis sur l’initiative n’étaient pas quelque chose de nouveau : un communiqué de presse du Parlement européen du 26 juin 2008 avait déjà présenté les interrogations des députés et acteurs de la scène politique européenne sur la question de la «Carte bleue ». Sergio Carrera, du Centre for European Policy Studies (CEPS) avait souligné les « grandes différences entre Etats membres en matière de salaire minimum » face auxquelles le travail d’harmonisation serait « particulièrement ardu ». Il avait aussi douté que la « Blue Card » puisse garantir l’égalité de traitement quel que soit l’Etat membre, celui-ci gardant toute possibilité d’introduire des mesures plus favorables que celles prévues par la directive. La Confédération Européenne des Syndicats aurait elle préféré une directive horizontale plutôt que sectorielle. En outre, elle avait considéré « difficile d’expliquer que l’on va faire appel à l’immigration alors que certains pays ont des problèmes de chômage. »
Du côté des parlementaires, Wolfgang Kreissl-Dörfler (PSE, DE) avait estimé que le problème de la pénurie de travailleurs dans certains secteurs d’activité se situe aussi au niveau des systèmes éducatifs de l’Union : « pourquoi certaines filières n’attirent pas les étudiants ? Il faut qu’on se penche sur notre système éducatif. Nos industries ne trouveront pas ceux dont elles ont besoin en puisant seulement dans les pays tiers », avait-t-il déclaré, s’inquiétant également de la fuite des cerveaux que pourrait provoquer la « Blue Card ».
Pour Jeanine Hennis Plasschaert (ADLE, NL) « cette immigration économique n’est pas la panacée, ni l’unique solution au problème du vieillissement de la population ».

Cette semaine, les députés européens ont fait entendre leurs exigences, reprenait le 20 novembre un communiqué de presse du parlement européen. En effet,  Les députés ont adopté ce jeudi par 388 voix pour, 56 voix contre et 124  abstentions le rapport consultatif d’Ewa Klamt (PPE-DE, DE) qui définit les caractéristiques que doit remplir le futur titulaire de la carte bleue. Celui-ci devrait avoir trouvé un emploi dans l’UE, avoir au moins cinq ans d’expérience dans le secteur concerné ou un diplôme universitaire reconnu par l’Etat membre. Son contrat devrait lui garantir un revenu d’au moins 1,7 fois le salaire brut moyen de l’Etat membre de résidence, ont ajouté les députés, précisant que ce salaire ne devrait pas être inférieur à celui d’un travailleur comparable dans le pays d’accueil.
Les députés ont souhaité porter à six mois, contre trois dans la proposition de la Commission, le délai accordé au titulaire pour retrouver du travail en cas de perte de son emploi.
Ils ont estimé que les Etats membres devaient pouvoir décider combien de cartes bleues ils souhaitent accorder chaque année. Selon eux, la carte ne devrait pas être considérée comme un droit pour le migrant, qui peut se la voir refuser même s’il remplit les critères requis. Les autorités nationales doivent aussi pouvoir refuser d’accueillir les titulaires d’une carte bleueattribuée par un autre Etat membre, pour lui préférer une solution nationale ou communautaire.

Néanmoins, selon la Migration Information Source, en tant qu’instrument d’harmonisation, la carte bleue a été surestimée tant par ceux qui craignent la consolidation des pouvoirs de l’UE que par ceux qui sont en faveur d’une capacité européenne en ce qui concerne l’attraction des travailleurs hautement qualifiés.