21/11/2008

Piraterie aux portes de la Méditerranée

La capture du Sirius Star la semaine dernière dans le golfe d’Aden a une fois de plus illustré l’absence totale de contrôle de la zone face à des pirates somaliens de mieux en mieux équipés, renseignés et organisés. L’attaque du superpétrolier à 800 km de la côte kenyane et ce, malgré les déploiements militaires français, britannique, russe et américain, en est la preuve.
Malgré le caractère exceptionnel de cette attaque – jamais navire de cette taille n’avait été attaqué- cet événement n’est pas une surprise et s’inscrit parfaitement dans le contexte actuel de recrudescence des actes de piraterie, en particulier dans le golfe d’Aden, tributaire de l’instabilité régnante en Somalie depuis 1991 et région-clef de l’approvisionnement en pétrole de l’Occident.

En conséquence, en accord avec la résolution 1816 votée à l’ONU en juin 2008, l’Union européenne s’est dotée d’une mission, la mission Atalanta, escortant les navires dits « vulnérables » ainsi que ceux du Programme Alimentaire Mondial. Première opération navale de la PESD, fierté de la présidence française de l’UE en matière de défense, preuve que « l’Europe existe » selon Bernard Kouchner, Atalanta n’en est pas moins une mission fragile qui, si elle avait été mise en place avant la capture du Sirius Star, n’aurait pas permis sa protection, le superpétrolier n’étant pas considéré comme « vulnérable ».

La conférence extraordinaire se tenant jeudi au Caire et rassemblant les pays riverains de la Mer Rouge (EgypteJordanieArabie SaouditeSoudan et Yémen) a vu les acteurs régionaux, directement affectés par le problème, chercher une stratégie commune de lutte contre la piraterie. En effet, il y a urgence: certains bateaux décident déjà de choisir d’autres routes maritimes pour acheminer leur cargaison, catastrophe notamment pour l’Egypte dont le passage des navires dans le canal de Suez représente la première source de revenus.

Pour empêcher une éventuelle « contamination » de l’insécurité maritime de la Mer Rouge à la Méditerranée et protéger l’approvisionnement en hydrocarbures de l’Europe, une coopération entre l’Europe et les Etats riverains de la Mer Rouge et de la Méditerranée devrait être établie.
En effet, comment promouvoir une « autoroute des mers » et un renforcement des liens commerciaux en Méditerranée voulus par l’Union pour la Méditerranée si la sécurité maritime fait défaut à la principale porte sur la Méditerranée ?
N’est ce pas l’occasion pour l’ « euro- méditerranée » de s’allier aujourd’hui pour la défense d’un intérêt largement partagé : la sécurité du passage entre Mer Rouge et Méditerranée pour les pétroliers et autres navires ?

Enfin, tout effort concerté ou non, international ou régional serait vain sans  une stabilisation de la Somalie qui ne peut aujourd’hui plus attendre.

Luce RICARD