20/12/2008

L’initiative de paix arabe : une occasion historique pour le Proche-Orient ?

Séminaire organisé par l’Union des Progressistes Juifs de Belgique
Avec le soutien de la Fondation Heinrich Böll et du Pôle Bernheim et le CGRI

Samedi 20 décembre 2008

Salle Dupréel de l’Institut de sociologie, ULB

 

Modérateur : Baudouin Loos, Journaliste au Soir
Plusieurs intervenants étaient invités pour jeter des regards divers sur l’Initiative de paix arabe et en évaluer les opportunités pour l’avenir du conflit au Proche-Orient.

Selon la Ligue des Etats arabes

Sayyed Torbey, représentant de la Ligue des Etats arabes a tout d’abord rappelé les termes du texte. Les Etats de la Ligue arabe s’engagent à une paix globale avec Israël en échange d’un retrait des territoires occupés depuis 1967 (y compris Golan et Sud Liban), d’une solution juste et agréée pour les réfugiés ainsi que la constitution d’un Etat palestinien indépendant. Il s’agit d’une mise en œuvre du principe « paix contre territoire » ainsi que la proposition d’une paix globale.

M. Torbey a déploré les réactions timides voire inexistantes d’Israël, soulignant le sort identique qu’avait subi la Feuille de Route, acceptée à raison de 14 réserves par l’Etat d’Israël (dont une des réserves concerne la mention à l’Initiative arabe de paix).

En ce qui concerne les perspectives de l’initiative, M. Torbey a souligné certains échos favorables au sein de la Communauté internationale et a souhaité voir un « sursaut arabe » mettre fin au cycle des rencontres. Parmi les événements susceptibles d’influencer l’approche internationale de l’initiative de paix, il voit notamment la réunion du Quartet de 2009 à Moscou, les évolutions que connaît l’UE et l’arrivée au pouvoir de l’administration Obama.

D’après les Palestiniens

Leïla Shahid, Déléguée générale de la Palestine auprès de la Belgique et de l’Union Européenne était quant à elle invitée à donner le point de vue palestinien sur l’initiative arabe. Mme Shahid est tout d’abord revenue sur les circonstances dans lesquelles est née cette initiative : parue sous la forme d’un interview du Prince Abdallah par le journaliste du New York Times Thomas Friedman, elle a ensuite été officiellement présentée durant le Sommet arabe de Beyrouth en mars 2002. Directement après, un attentat a lieu à Netanya, ce qui donne lieu à des représailles sans retenue contre la Moqata’a à Ramallah. Dans ces circonstances, Abdallah a retiré son initiative. Réitérée en 2007, elle semble aujourd’hui à la mode et est de plus en plus souvent mentionnée par Israël et les Etat-Unis.

Ce que les Palestiniens en pensent ? Leïla Shahid remet la situation actuelle en contexte. Depuis l’assassinat de Rabin, les dirigeants israéliens ne semblent plus intéressés par la paix. Les actions du gouvernement de Sharon ont été destinées à discréditer et affaiblir l’AP. La logique israélo-arabe reprend de l’envergure par rapport à un règlement bilatéral, israélo-palestinien du conflit. L’AP est donc aujourd’hui demandeuse de l’Initiative de paix arabe en tant qu’espoir de paix, de même que la population civile. Les réfugiés considèrent de leur côté l’initiative de paix arabe trop vague pour le règlement de la question du retour. Mais c’est sans doute ce qui lui permettra d’être acceptée par Israël. Quant au Hamas, il n’est pas intéressé par les démarches diplomatiques puisque sa référence est celle des Frères Musulmans et donc une référence extra- nationale.

L’Initiative de paix arabe dans l’histoire et selon le droit international

François Dubuisson, professeur assistant dans l’unité de droit international à l’ULB présente une analyse intéressante de l’Initiative de paix arabe au travers d’une comparaison de celle-ci avec la Feuille de Route.

Premièrement, si la Feuille de Route prévoit trois phases conditionnées par des préalables à remplir surtout par le côté palestinien, l’IPA est un plan de paix immédiat. Deuxièmement, la Feuille de Route prend les résolutions 242 et 338 comme base de négociation, tandis que l’IPA laisse peu de place à celle-ci prônant l’application des ces résolutions. De plus la Feuille de Route ne parle pas « des territoires occupés » mais « de territoires occupés » rendant possible une redéfinition de ces territoires. Troisièmement, alors que l’IPA est une paix globale et indivisible, la Feuille de Route saucissonne les différentes phases de règlement du conflit et traite de manière bilatérale avec les Palestiniens, envisageant une paix élargie sur cette base. Enfin, la portée internationale de l’IPA est limitée et n’a pas comme la Feuille de Route été avalisée par l’ONU, même si elle en a reçu un certain soutien.

On remarque donc bien dans ces remarques que si le droit international est en faveur des Palestiniens, les rapports de force eux sont favorables à Israël et ses défenseurs.

Quel rôle pour l’Union Européenne ?

Etant donné que l’Union européenne n’a pas réagi à la première publication en 2002 de l’IPA,Véronique De Keyser, députée européenne, aborde les actions et réactions de l’Europe ces deux dernières années. Elle souligne en particulier l’influence du contexte dans lequel l’UE a pris connaissance de l’IPA.

Suite à la mission d’observation des élections palestiniennes en 2006, ceux qui y avaient participé étaient persuadés de le nécessité de garder un contact avec le Hamas pour ne pas sanctionner tout le peuple palestinien. Cette fracture de plus en plus grande dans la société palestinienne va obséder le Parlement européen. Or le retour de l’IPA date de 2007 et survient en même temps que l’accord de la Mecque entre les deux camps palestiniens. Un espoir de réconciliation se profile et le Parlement décide dans la foulée de soutenir l’IPA.

Mais l’UE n’est pas unie. Il y a d’une part le Conseil européen qui colle aux positions américaines pour se rattraper de 2003 (opposition à la guerre en Irak de la part de certains). D’autre part, il y a la Commission qui ne peut rien décider et joue donc un rôle de payeur (programmes d’aide, dont PEGASE). Enfin, le Parlement est lui diviser entre deux camps : d’une part les « amis d’Israël », d’autre part, le groupe de base des observateurs des élections palestiniennes de 2006 qui grandit de plus en plus. Au final, l’Union européenne ne continue à soutenir que la Feuille de Route!

Le processus d’Annapolis prend place fin 2007 et s’assortit d’une demande par Israël du rehaussement de son accord d’association avec l’UE. Cette revalorisation comprend deux volets : un volet communautaire et un volet politique. Le Parlement a un pouvoir décisionnel uniquement sur le volet communautaire. La Présidence française de l’UE décide de parvenir à un accord avant fin 2008, afin de satisfaire les exigences d’Israël qui vient d’accepter la Ligue arabe à ses côtés dans la nouvelle Union pour la Méditerranée. Malgré une campagne de mail exceptionnelle et le report du vote au Parlement, le Conseil s’est prononcé en faveur du rehaussement.

Le point de vue israélien

Denis Charbit est maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv mais s’exprime à titre personnel lorsqu’il nous livre un point de vue israélien sur l’IPA. Selon lui, l’Initiative arabe comprend un certains nombres d’avantages mais les Israéliens ont néanmoins quelques objections.

Beaucoup croient que ce qui bloque les Israéliens est la mention de la Résolution 194 relative aux réfugiés palestiniens, mais ce n’est pas le cas. Ce qui bloque réellement les Israéliens, c’est une impression de diktat de la part des Etats arabes. Seules les modalités d’application sont laissées à la négociation, ce qui est contre aux principes de la diplomatie. De plus, l’inégalité est en défaveur d’Israël qui doit se retirer de territoires contre un état d’esprit. D’autre part, beaucoup d’Israéliens voient quelque chose de positif dans le fait que le droit au retour ne soit pas mentionné et surtout que la sécurité d’Israël sera assurée au niveau régional (mieux que bilatéral).

Denis Charbit a encore souligné l’importance de l’opinion israélienne et le « momentum » favorable d’aujourd’hui. Les Etats arabes doivent plus jouer la carte de la propagande autour du fait que cette Initiative est une révolution copernicienne  du jamais vu : la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes. Il faut néanmoins préciser que pour l’opinion israélienne, les problèmes semblent toujours venir des territoires dont Israël se retire. L’accession de Netanyahou au pouvoir, si elle sera nocive pour Israël, pourrait par ailleurs s’avérer bénéfique pour les pays arabes car Israël bénéficiera de moins de soutien de la part des Etats-Unis et de l’Europe.

Pascal Fenaux, journaliste au Courrier International et responsable de la revue Libertés d’Amnesty International, a quant à lui souligner la difficulté de satisfaire Israël. Les Israéliens demandent sans arrêt une reconnaissance de leur droit d’exister, ce qui est très difficile, voire impossible à combler. Aujourd’hui l’avenir diplomatique s’annonce sombre vu l’éclatement du champ politique israélien et l’absence de coalition stable en conséquence.

Débat

Les exposés des différents intervenants se sont conclus par un débat où chacun a tenté d’éclaircir sa position.

Sayed Torbey a rappelé que le règlement du problème des réfugiés palestiniens ne concernaient pas seulement ceux-ci mais aussi leurs pays hôtes. Il a également précisé que malgré qu’il ne soit pas cité dans l’IPA, le droit au retour des Palestiniens était incompressible.

Leila Shahid a répondu à Denis Charbit que si l’opinion israélienne avait de l’importance, il fallait aussi faire attention à l’opinion publique palestinienne et arabe qui peut changer en fonction de l’attitude d’Israël. La politique unilatérale entamée par Sharon a affaibli l’AP et renforcé le Hamas, aboutissant à la situation que nous connaissons à Gaza. Quant au traumatisme des Juifs, toujours en quête de sécurité, il vient des Juifs d’Europe,  non des Juifs orientaux qui ont toujours vécus en paix avec leur voisins musulmans et arabes.

Denis Charbit a d’abord regretté que s’il y avait eu un effort de mémoire israélien pour réformer la formule « un peuple sans terre pour une terre sans peuple », il n’y avait jamais eu de véritable reconnaissance de la légitimité originelle d’Israël à exister par les pays arabes. Il est par ailleurs nécessaire que les modérés des deux camps marchent main dans la main.