05/12/2008

Le Parlement européen ou la défense d’une certaine cohérence de l’UE

Les députés européens étaient attendus ce jeudi pour voter le renforcement des relations entre l’UE et Israël, dans de nombreux domaines aussi bien politiques, qu’économiques ou scientifiques. Cependant, mercredi, une majorité de députés européens a voté le report du vote, ainsi que le demandaient certaines associations et ONG et ce, malgré la recommandation formulée par la Commission des Affaires étrangères.

Les députés sont-ils opposés au maintien de bonnes relations ou à l’approfondissement de la coopération entre l’UE et l’Etat hébreu contrairement à des gouvernements plus soucieux de maintenir de bons rapports avec Israël? Cet accord est-il particulièrement contraignant ou novateur ? A vrai dire, la question n’est pas là.

En effet, cette proposition de protocole était liée au respect par Israël des engagements pris lors de la conférence d’Annapolis de novembre 2007. Or, la situation humanitaire à Gaza empire de jour en jour et les colonies continuent à s’étendre en Cisjordanie.

Les députés ont donc agi par souci du respect du droit international mais aussi au nom de la crédibilité de l’UE, qui ne peut accepter un accord avec Israël sans les conditions qu’elle y avait liées. Parallèlement, en refusant de donner son avis conforme, le Parlement laisse à l’Union européenne un moyen de faire pression sur Israël pour qu’il respecte ses engagements.

Les députés européens qui ont voté le rapport on été clairs : l’UE s’engage sur son territoire mais aussi à ses frontières, et notamment dans le cadre de la Politique européenne de voisinage, à promouvoir les valeurs de respect des droits de l’Homme, de paix, de démocratie. Comment signer un accord de renforcement des liens avec Israël aujourd’hui alors que Gaza subit un siège menant à une  crise humanitaire intenable et que l’Etat hébreu fait fi des conventions et accords internationaux ?
Si l’UE veut un jour accéder au rang de puissance diplomatique mondiale, qui plus est respectueuse du droit international, elle ne peut pas se permettre un tel laxisme aujourd’hui.

Le Parlement européen ne peut que se trouver grandi de cette initiative. S’il a connu ces dernières années un développement de ses prérogatives et de la prise en compte de ses positions, il a su aujourd’hui démontrer une certaine « liberté de pensée » en préférant renoncer à un accord sans doute économiquement avantageux et voulu par les Etats pour défendre la cohérence morale et la crédibilité de l’UE sur la scène internationale.
Outre la reconnaissance du rôle et de l’indépendance du Parlement européen sur les questions internationales, c’est l’image d’une institution ouverte aux revendications de la société civile qu’il a aujourd’hui donnée à ses citoyens.

 

Luce Ricard & Nathalie Janne d’Othée