12/12/2008

Tensions chyprio-turques : la question énergétique en filigranes

Le 14 novembre dernier, le président chypriote Demetris Christofias a adressé deux lettres au Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon ainsi qu’à la Commission européenne dans lesquelles il dénonçait « quatre incidents sérieux» s’étant produits en Méditerranée ces derniers temps. Chypre accuse Ankara de harcèlement de ses navires d’exploration pétrolière navigant dans sa zone économique exclusive au sud de l’île. De son côté Ankara estime que les bateaux interceptés par des bâtiments de sa flotte militaire se trouvaient dans ses eaux territoriales et qu’il s’agissait d’une violation de ses droits territoriaux en Méditerranée orientale.

Cela fait plusieurs années déjà que Chypre a lancé une série de missions exploratoires dans les eaux bordant le sud de l’île tout en menant en parallèle des négociations visant à établir une zone économique exclusive avec ses Etats voisins. Malgré les protestations répétées d’Ankara, deux accords furent conclus concernant la délimitation des zones sous-marines d’exploration pétrolière, l’un avec l’Egypte en février 2003, l’autre avec le Liban en janvier 2007. Les récentes découvertes opérées par Shell dans les eaux territoriales égyptiennes ont encore renforcé la détermination de Nicosie : malgré les entraves turques, les recherches entamées ne cesseront pas. Alors qu’Ankara s’opposera à toute mission d’exploration tant que ses intérêts et les droits qu’elle revendique dans la zone ne seront pas garantis.

Le ton monte de part et d’autre de la Mer Egée et la mini-crise menace de s’étendre à l’ensemble des dossiers opposant Chypre à la Turquie.

D’une part, ces incidents viennent encore compliquer les négociations déjà difficiles visant la réunification de l’île divisée depuis l’invasion turque de 1974. La question de l’exploitation pétrolière et gazière en Mer méditerranée risque fort de plomber le processus de rapprochement.

D’autre part, Chypre semble déterminée à lier les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne actuellement en cours à la question énergétique. Alors qu’Ankara espérait voir trois nouveaux chapitres ouverts sous la présidence tchèque, seulement deux le seront, l’énergie restant à l’écart sous pression de Nicosie.

Le dossier énergétique promet donc de devenir la pierre d’achoppement sur laquelle risque de venir se briser le rêve européen turc si aucune solution ne lui est trouvée dans un avenir proche. Car le temps compte : chaque jour qui passe rend le problème plus complexe et difficile à résoudre.

 

Florence Debrouwer
Aspirante F.R.S. – FNRS