Entre une Europe hagarde, un monde arabe apathique et des Etats- Unis en cours de changement de leadership, la Turquie a fait figure d’exception lors des affrontements à Gaza. Pourtant alliée d’Israël et des Etats- Unis, elle a été la première à dénoncer l’offensive israélienne et à appeler la communauté internationale à réagir au plus vite.

Aujourd’hui, alors que le cessez le feu n’est pas total et qu’aucune question n’est réglée, c’est encore la Turquie qui demande à l’Europe d’accepter de considérer le Hamas comme interlocuteur pour permettre de nouvelles négociations. Membre de l’Otan, alliée des Occidentaux, la Turquie n’a pas moins développé ces derniers mois son rôle de médiateur au Moyen- Orient, reconnue notamment pour le lancement de pourparlers entre la Syrie et Israël. C’est d’abord au nom de cette capacité à servir de « pont » entre Occident et Moyen-Orient que l’Europe devrait s’attarder sur ses rapports avec la Turquie. En effet, cette dernière a réussi où l’UE a échoué : se faire reconnaître par tous comme un acteur et un médiateur crédible et efficace sur la scène moyen-orientale.

Soulignons néanmoins le soutien de la population à M. Erdogan face à M. Peres lors du récent incident à Davos qui laisse prévoir une difficulté turque de rester l’alliée d’Israël.

Incontournable, la Turquie l’est et pas uniquement en tant que médiateur puisque qu’elle envisage d’envoyer son armée à la frontière egypto- palestinienne pour la stabilité de Gaza et de l’Autorité Palestinienne et compte s’impliquer pour permettre l’équilibre d’un futur gouvernement de coalition irakien.

L’Union européenne a tort de faire la fine bouche et d’étudier au compte-goutte les chapitres relatifs à la négociation d’adhésion de la Turquie. Elle a tort ne serait-ce que de ne pas se rapprocher de son voisin. Si ce dernier semble percevoir les bénéfices qu’il tirerait de son entrée dans l’UE,  l’Union, elle, paraît curieusement avoir du mal à cerner son propre intérêt.

L’Europe aurait-elle la mémoire courte ? N’est-ce pas elle qui s’est vue menacée de voir son approvisionnement en gaz russe chuter considérablement et ce en plein hiver? C’est elle encore qui a fait de la diversification de ses sources d’énergie un de ses objectifs. Or, outre ses capacités et son aura diplomatiques auxquelles s’ajoute son dynamisme économique, la Turquie incarne une promesse de moindre dépendance européenne vis-à-vis d’une Russie parfois imprévisible.  Le projet de gazoduc Nabucco est aujourd’hui vital pour l’Europe. Bruxelles, comme M. Erdogan, le sait. Via un rapprochement concret, l’adhésion ou tout simplement via « l’égalité de traitement » que demande M. Erdogan, l’UE se sortirait de bien des impasses.

Et si, finalement, l’Europe n’était pas une chance pour la Turquie mais plutôt la Turquie une chance pour l’Europe ? Il ne reste qu’à espérer que l’Europe ne la laisse pas passer, la Turquie pouvant, elle se lasser d’attendre.

Luce Ricard

 

 

Between a weak Europe, an apathetic Arab world and the United States in a phase of leadership shifting, Turkey was the exception during the fighting in Gaza. Ally of Israel and the United States, it was nevertheless the first to denounce the Israeli offensive and to call the international community to react as an emergency.

Today, as the ceasefire is not complete and that no issue is resolved, Turkey is the one which calls on Europe to treat Hamas as an interlocutor for new negotiations. As a member of NATO, ally of the West, Turkey has also developed in the last months its role as mediator in the Middle East, especially with the launch of peace talks between Syria and Israel. It is first in the name of this ability to serve as a bridge between the West and the Middle East that Europe should be focusing on its relations with Turkey. Indeed, it has succeeded where the EU has failed: to be recognized by all as a credible actor and an effective mediator in the Middle Eastern scene.

Nevertheless, the public support given to Mr Erdogan in the recent incident in Davos summit suggests that Turkey may now have bigger difficulties to remain an ally of Israel.

Turkey is incontrovertible but not only as a mediator since it intends to send troops to the Egypto-Palestinian border to bring stability in Gaza and the Palestinian Authority and may get involved to allow the balance of a future coalition government in Iraq.

The European Union is wrong to be fussy and to look with such a disdain at the chapters constituting the negotiation process of Turkey’s membership to the EU. Europe is wrong not to simply get closer to its neighbour. If Turkey clearly identifies the benefits it may gain from its entry into the EU, the Union curiously seems to find difficulties to see its own interests in such a process.

Would Europe have such a short memory? Isn’t Europe the one that was at risk of seeing its supply of Russian gas dramatically decreased, what is more, in the middle of winter? The EU is also the one which has made of the diversification of its sources of energy one of its main objectives. However, in addition to its diplomatic capabilities and aura which are to add to its economic dynamism, Turkey represents a promise of lower European dependence towards a sometimes unpredictable Russia. The Nabucco pipeline project is now vital for Europe. Brussels and Mr. Erdogan know it. Through a partnership reinforcement, a membership of the EU or simply through the « equal treatment » Mr Erdogan requested, the EU would protect itself from many deadlocks.

What if, finally, Europe was not a chance for Turkey but Turkey a chance for Europe? Let’s hope that Europe will not waste it; indeed Turkey may one day get tired of waiting.

Luce Ricard

 

 

Revue de presse – semaine du 26 au 30 janvier 2009

Pendant les affrontements à Gaza, la Turquie, pays charnière puisque de population musulmane, allié d’Israël et des USA aux portes de l’UE, a été l’un des premiers à dénoncer l’offensive israélienne sur Gaza. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en parlant du Premier ministre israélien M. Ehud Olmert avait immédiatement déclaré « Il m’a trahi et porté atteinte à l’honneur de la Turquie ».(Voir notre Revue de presse du 2 janvier 2009). Le dirigeant turc avait alors fait preuve d’un tel ressentiment car Israël entraînait la fin des pourparlers syro- israéliens dont il était l’intermédiaire. Si aujourd’hui  ces pourparlers ne sont plus d’actualité depuis les affrontements à Gaza, nombre d’analystes voient toujours la Turquie comme la clef de voûte de tout apaisement de la situation au Moyen Orient.
Vue de Turquie : entre stratégie et passion

Si l’action d’Ankara a été saluée par nombre d’Etats, elle n’est pas allée sans débats en Turquie : Dans Bianet, le journaliste Çalýþkan estime que les récents appels de la part d’une grande partie de la scène politique turque à rompre les liens avec Israël constituent une mauvaise stratégie .  Il propose de ne pas se contenter d’occasionnelles marques de solidarité en tant que Musulmans mais en apportant un soutien militaire, politique et financier à l’Autorité palestinienne sans pour autant rompre avec Israël. « Nous avons besoin d’adopter  des politiques plus éthiques et humaines, ce qui peut signifier aller à l’encontre du ministre des affaires étrangères américain» a-t-il conclu.
Autre critique de la réaction de M. Erdogan aux affrontements à Gaza, dans le quotidienHurriyet, le journaliste Sedat Ergin salue l’opposition de M. Erdogan à l’ « inexcusable » attitude d’Israël à Gaza et son inquiétude face au décalage entre les réactions suscitées par le conflit en Géorgie et celui de Gaza. Cependant, en analysant la rhétorique utilisée par M. Erdogan, M. Ergin s’inquiète de l’absence de mise en garde contre le Hamas. Le Premier ministre turc serait allé jusqu’à remettre en question la responsabilité du Hamas dans le lancement de missiles sur Israël lors d’une intervention le 18 janvier 2009. En outre, le journaliste reproche l’absence de politique turque équilibrée entre le Hamas et le Fatah, M. Erdogan s’adressant avant tout au Hamas et allant jusqu’à sous-entendre que le Fatah coopérerait avec Israël pour lutter contre le parti islamiste. A ce sujet, M. Erdogan se serait démarqué de M. Abdullah Gül qui lui soutient une réconciliation palestinienne sous l’égide de M. Abbas. Enfin, M. Ergin regrette l’absence de distinction faite dans les discours de M. Erdogan entre le gouvernement d’Israël, sa population et les Juifs en général. Pour le journaliste, le Premier ministre dresse aujourd’hui un parallèle entre la situation du Hamas et celle de l’AKP, s’identifiant au Hamas. M. Ergin conclut en demandant le retour à une politique étrangère turque équilibrée et rationnelle face à Gaza.
Vue d’Occident, la Turquie comme pont vers le Moyen Orient

Cependant, si hors de Turquie on juge souvent positivement la politique turque vis-à-vis de Gaza, certains journalistes sont même tentés d’envisager la Turquie comme l’élément crucial de la région dans les années à venir. Dans le Figaro, Alexandre Adler expose pourquoi il voit en la Turquie la possibilité d’apaiser la situation en Palestine et en Irak et d’apporter une réponse aux défis européens de sécurité et de diversification des sources d’énergie.

Tout d’abord, concernant un apaisement immédiat de la bande de Gaza, il cite le président  Bachar Al- Assad qui aurait estimé que « les garanties que ne manqueront pas d’exiger les Israéliens quant au contrôle de la frontière de Gaza avec l’Égypte ne pourraient être assurées par la seule armée égyptienne. (…) La présence de musulmans tels que les Turcs serait acceptable tant pour les Palestiniens de Gaza que pour les Israéliens, dont ils sont par ailleurs les alliés militaires. Une telle présence pourrait résoudre le problème a minima, c’est-à-dire sans l’introduction de Casques bleus supplémentaires. »

A propos d’une reconstruction sur le long terme, A. Adler souligne que les Turcs avaient en projet un acheminement d’eau depuis leur pays jusqu’à Israël, qui pourrait aussi servir au futur territoire palestinien. Abandonné pour l’instant, ce projet, qui pourrait aussi passer par le territoire syrien (et non la haute mer) à un coût inférieur, donnerait également le coup d’envoi d’un processus économique de paix, tout aussi important que sa superstructure politique. Plus largement, un relatif équilibre dans la région ne saurait être possible sans la Turquie : pour Adler, s’agissant de l’environnement stratégique de l’Iran,  « la Turquie est la seule à pouvoir enrayer un projet iranien d’«axe chiite» reliant Téhéran, Bagdad après le départ des Américains, Damas et un Beyrouth dominé par le Hezbollah et ses nouveaux alliés. (…) En outre, la stabilité définitive d’un Irak évacué en accéléré par les Américains, repose sur un gouvernement de coalition qui doit s’appuyer, pour les chiites irakiens, sur l’Iran, et pour les sunnites irakiens du Nord de confession hanafite, sur l’appui de la Turquie laïque. »

Quant à l’approvisionnement gazier de l’UE, la Turquie serait une fois encore la solution grâce au projet « Nabucco » d’acheminement de gaz depuis la Turquie vers l’Europe occidentale. Pour l’éditorialiste, une chose est sûre : « Il faut prendre la mesure de l’opportunité que représente la Turquie et cesser de tourner le dos à un pays qui, avec un courage moral exemplaire, demeure l’un des piliers de l’Otan, l’un des meilleurs alliés d’Israël dans le monde, et souhaite (…) faire partie sans discrimination de la construction européenne. »
Preuve de cette croissante implication de la Turquie au Moyen-Orient, souligne le quotidien turc Hurriyet, le pays envoie des observateurs lors des élections irakiennes de ce samedi.
Cependant le New-York Times, qui souligne le rôle croissant de la Turquie comme médiateur entre Israël et les pays arabes, émet des doutes quant à l’avenir de l’implication turque dans la région, après l’incident qui s’est produit à Davos entre M. Erdogan et M. Peres, témoignant d’une dégradation des relations israélo- turques.
La Turquie, toujours aux portes de l’Europe

La Turquie est incontournable au Moyen- Orient certes, mais en tant que candidate à l’adhésion à l’UE, elle semble toujours stagner. Pour sa première visite à Bruxelles depuis 2004, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a tenté de relancer les négociations d’adhésion de son pays à l’UE, aujourd’hui enlisées, rappelle Le Figaro. Récemment, le gouvernement turc a nommé un nouveau négociateur en chef et donné des gages de bonne gouvernance démocratique à l’Europe en lançant une chaîne de télévision diffusant en langue kurde. Néanmoins, sur les trente-cinq chapitres qui constituent le processus de négociation, seuls dix ont été ouverts, d’une importance mineure.  » Nous ne demandons pas un privilège, mais une égalité de traitement », a plaidé le dirigeant turc. José Manuel Barroso a mis en garde Erdogan contre la tentation de bloquer la construction du gazoduc Nabucco, soupçonnant la Turquie de vouloir se servir de ce projet comme d’une monnaie d’échange dans les négociations. Les Européens attendent  en outre de la Turquie qu’elle accepte d’ici la fin de l’année d’appliquer l’union douanière UE- Turquie à la République de Chypre, et lève du même coup l’interdiction d’accès dans les ports et aéroports turcs faite aux navires et avions chypriotes grecs.

En effet, Bruxelles craint que Chypre ne fasse « dérailler » les négociations si aucun progrès n’est engrangé d’ici à fin 2009, d’autant plus que, comme nous l’avions souligné dans notreédito du 12 décembre 2008, il existe des tensions croissantes entre la Turquie et Chypre concernant les navires chypriotes d’exploitation pétrolière interceptés par Ankara.
Des blocages à son adhésion à l’UE, la Turquie en connaît plusieurs mais c’est la décision de la partie grecque chypriote de déposer une plainte devant la  Cour européenne des Droits de l’Homme et le Conseil de l’Europe contre la Turquie pour découvrir le sort des 1500 Chypriotes grecs disparus lors de l’opération turque de 1974, que souligne Today’s Zaman. Après que l’acteur turc Atilla Olgaç ait déclaré avoir tué un Chypriote grec sur ordre de ses supérieurs à l’époque, la question des « disparus » lors de l’intervention a refait surface. La Turquie va enquêter sur la violation possible par M. Olgaç de l’article 13 de la Convention de Genève relatif au traitement des prisonniers de guerre.

 

Pont entre l’Europe et le Moyen-Orient, alliée de l’Occident reconnue en Orient, la Turquie est sans le moindre doute un Etat- clef dans la région que ce soit dans les domaines diplomatique, militaire, politique ou énergétique. Cependant, force est de rappeler la fragilité de la Turquie qui peine toujours à contrôler et stabiliser l’ensemble de son territoire, dont les institutions se voient contestées et qui ne paraît toujours pas satisfaire aux critères d’adhésion à l’UE.

 

 

Press review 30/1/2009

During the clashes in Gaza, Turkey, a key- country thanks to its Muslim population, its position as an ally of Israel and the USA at the doorstep of the EU, has been one of the first to denounce the Israeli offensive on Gaza. Turkish Prime Minister Recep Tayyip Erdogan, talking of the Israeli Prime Minister Mr. Ehud Olmert had immediately declared « He betrayed and violated the honour of Turkey » (see our press review of January 2, 2009). The Turkish leader had shown such bitterness because Israel compromised the late Syrian-Israeli talks which were led by Turkey. Even if nowadays the talks are no longer relevant since the clashes in Gaza, many analysts still see Turkey as the cornerstone of any easing of the situation in the Middle East.

View from Turkey: between strategy and passion

If the action of Ankara towards Gaza has been welcomed by many States, it led to debates in Turkey: In Bianet, journalist Çalýþkan believes that recent calls from much of the Turkish political scene to cut the ties with Israel are a bad strategy. He proposes to provide military, political and financial support to the Palestinian Authority without breaking with Israel instead of only occasional expressions of solidarity as Muslims. « We need to adopt more ethical and human policies, which can mean going against the US Minister of Foreign Affairs, » he concluded.

Another criticism of Mr. Erdogan’s response to the Israeli operation in Gaza: in the dailyHurriyet, the journalist Sedat Ergin welcomes the opposition of Mr Erdogan to the « inexcusable » attitude of Israel in Gaza and its concern about the gap between the reactions to the conflict in Georgia and to the one in Gaza. However, analyzing the rhetoric used by Mr. Erdogan, Mr. Ergin is concerned about the lack of warning message against Hamas. The Turkish Prime minister even questioned the responsibility of Hamas in launching missiles at Israel, in a speech on 18 January 2009. In addition, the journalist criticizes the absence of Turkish balanced politics between Hamas and Fatah, since Mr. Erdogan primarily addresses to Hamas and implied that Fatah may have cooperated with Israel to fight against the Islamic party in Gaza.  In this respect, Mr Erdogan’s attitude is very different from Mr. Abdullah Gül’s, who supports a Palestinian reconciliation under Mr. Abbas’ leadership. Finally, Mr. Ergin regrets the lack of distinction made in Mr. Erdogan’s speeches between the Government of Israel, its people and Jews in general. For the journalist, the Prime Minister draws a parallel between the situation of Hamas and the situation of AKP, identifying with Hamas. Mr. Ergin concludes asking the return of a balanced and rational Turkish foreign policy towards Gaza.

Seen from the West: Turkey as a bridge to the Middle East

If outside Turkey, its behaviour on the international scene is often judged positively, some journalists are even tempted to consider Turkey as a crucial element of the region in the coming years. In Le Figaro, Alexandre Adler explains why he sees in Turkey the opportunity to calm down the situation in Palestine and Iraq and to meet the challenges of European energy security and diversification of sources. First, concerning an immediate appeasement in the Gaza Strip, he quotes President Bashar Al-Assad who thinks that « the control of Gaza border with Egypt could not be provided only by the Egyptian army. (…) The presence of Muslims like the Turks would be acceptable by both the Palestinians in Gaza and the Israelis, since Turkey is also a military ally. Such a presence could solve the problem without the commitment of additional peacekeepers like the Blue Helmets.

Concerning the reconstruction of Palestine over the long term, A. Adler stresses that the Turks had the project to build a water delivery structure from their country to Israel, which could also serve the future Palestinian territory. Abandoned for the moment, this project, which could also pass through the Syrian territory, would also launch an economic process leading to peace. More broadly, a relative balance in the region can not be possible without Turkey: for Adler, regarding the strategic environment of Iran, « Turkey is the only one able to stop an Iranian project of “Shiite axis” linking Tehran, Baghdad after the departure of the Americans, Damascus and Beirut dominated by Hezbollah and its new allies. (…) In addition, the definite stabilization of Iraq, once evacuated by the Americans, will be based on a coalition government, which must be supported for Iraqi Shiites by Iran, and for Iraqi Sunnis of Hanafite confession in Northern Iraq, by secular Turkey.  »

As for gas supply to the EU, Turkey is once again the solution through the project « Nabucco » of delivery of gas from Turkey to Western Europe. For the editorialist, one thing is certain: « We must measure the opportunity that Turkey represents and stop turning our backs on a country which has an exemplary moral courage, is one of the pillars of the NATO, one of the best allies of Israel in the world, and wishes (…) to be part, without discrimination, of the European construction. »

Another proof of this growing involvement of Turkey in the Middle East, says the Turkish daily Hurriyet: the country will send observers during the Iraqi elections this Saturday.

However, the New York Times, which highlights the growing role of Turkey as a mediator between Israel and Arab countries, expresses doubts about the future of Turkish involvement in the region after the incident that just occurred Davos between Mr. Erdogan and Mr. Peres, showing a deterioration in Israeli-Turkish relations.

Turkey, still at the gates of the EU membership

Turkey is incontrovertible in the Middle East, but as a candidate for EU membership, its position does not seem to evolve much. For his first visit to Brussels since 2004, the Turkish Prime Minister Recep Tayyip Erdogan sought to revive negotiations for its accession to the EU membership, now stalled, as recalled Le Figaro. Recently, the Turkish government has appointed a new negotiator in chief and gave signs of good governance to Europe by launching a television channel broadcasting in Kurdish. However, on thirty-five chapters that constitute the negotiating process, only ten have been opened, of minor importance. « We are not asking for a privilege, but for an equality of treatment, » pleaded the Turkish leader. José Manuel Barroso warned Mr Erdogan against the temptation to block the construction of the Nabucco pipeline, Turkey being suspected of wanting to use this project as a bargaining means in the negotiations.
Europeans also expect Turkey to accept by the end of the year to implement the EU-Turkey Customs Union to the Republic of Cyprus, and closed at the same time the prohibition of access to Turkish ports and airports to Greek Cypriot ships and planes.

Indeed, Brussels fears that Cyprus may try to put an end to the talks if no progress is achieved by the end of 2009, especially since, as we highlighted in our editorial of December 12th 2008, there are growing tensions between Turkey and Cyprus concerning Cypriot oil ships intercepted by Ankara.

Turkey’s access to the EU membership witnesses many obstacles: Turkey has now to deal with the decision of the Greek Cypriots to lodge a complaint before the European Court of Human Rights and the Council of Europe against Turkey to discover the fate of 1500 missing Greek Cypriots at the time of the Turkish operation in 1974, stressed Today’s Zamam. After the Turkish actor Atilla Olgac said he killed a Greek Cypriot as an order from his superiors at the time, the question of the “missing” Greek Cypriots is being re-examined. Turkey will investigate on the possible violation by Mr. Olgac of the Article 13 of the Geneva Convention concerning the treatment of war prisoners.

As a bridge between Europe and the Middle East, as an ally of the West recognized by the East, Turkey is without a doubt a key state in the region in the diplomatic, military, political and energy fields. However, the fragility of Turkey still struggling to control and stabilize the whole country, whose institutions are being challenged and which does not yet meet the criteria for EU membership must be highlighted.

 

 

Conférence organisée le
29 janvier 2009
Par
Centre Régional du Libre Examen, the European Association of Turkish Academics (EATA) et Bruxelles laïque
Dans les locaux de Bruxelles Laïque (rue de Stalingrad 18-20, 1000 Bruxelles)

En présence de Denis Stokkink, Président du Centre Régional du Libre Examen, de Gülsün Bilgehan, Députée d’Ankara, Membre honoraire de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe et Vice- Président de la Fondation INÖNÜ, de Pierre Galand, Président du Centre d’Action Laïque, membre du Conseil d’administration de l’ULB, d’Ural Manço, Docteur en sociologie au Centre d’Etudes Sociologiques des facultés universitaires Saint-Louis, de Gaye Petek, Directrice d’ELELE-MCT, Membre du Haut Conseil de l‘Intégration et ancien membre de la Commission Stasi sur l’application de la laïcité dans la République et de Florence Debrouwer, licenciée en Histoire et en Sciences politiques et Relations internationales de l’UCL, chercheuse CECRI, Aspirante doctorante FNRS et Experte de la Turquie auprès de MEDEA.

Denis Stokkink introduit la conférence en appelant à l’entrée de la Turquie dans l’UE car les valeurs de solidarité, d’égalité, de justice et de liberté mises en avant dans les Traités UE sont aussi celles de la laïcité. C’est aux Européens de tendre une main vers les acteurs de la laïcité turque pour aider à consolider ces valeurs.

Un modèle unique face aux défis actuels, la Turquie laïque

par Gülsün Bilgehan

Mme Bilgehan est la petite fille de l’ancien ministre Inönü.

La députée commence par souligner que le modèle turc est un exemple unique dans le monde musulman. La Turquie n’est pas un pays musulman mais un pays de population à majorité musulmane, la loi civile et donc supérieure à la loi religieuse. Elle rappelle que la Charia a été abolie dès les années 1920 en Turquie et le code civil et pénal adopté en 1926, avant que la laïcité ne soit institutionnalisée en 1928, ce qui avait été rendu possible par l’abolition de l’Islam en tant que religion d’Etat en 1924. Ce choix avait été fait pour empêcher l’instrumentalisation de la religion par l’administration et parce que la laïcité était perçue comme un pré- requis à la démocratie.

Mme Bilgehan souligne que les femmes ont été les premières bénéficiaires de la laïcité institutionnalisée en Turquie car elles ont cessé d’être soumises à un droit de la famille inspiré par la religion. Les femmes turques ont eu le droit de vote 14 ans avant les femmes belges et 10 ans avant les Françaises et le droit à l’avortement a été reconnu aux alentours de 1982, comme en France. Les Turques ont les mêmes droits que les Européennes. En ce qui concerne l’éducation, elle est gratuite, mixte et laïque depuis 1924 et les enseignants sont tenus au principe de neutralité, aucun signe ostentatoire n’est accepté.

Cependant, la laïcité est plus qu’une séparation entre le domaine du privé et celui du public, c’est un mode de vie fondé sur une attitude moderne et une approche rationnelle du citoyen et de la nation. Il s’agit de séparer le monde spirituel de la vie quotidienne mais nullement d’une « dés- islamisation » puisque la laïcité permet la liberté de croyance.

Mme Bilgehan regrette l’échec du monde musulman dans son rapport au religieux et la montée de l’intégrisme et de l’Islam politique. Néanmoins, elle rappelle que ce débat sur la nature du rapport religieux/ politique existe aussi en Occident, prenant les exemples de la politique de G.W. Bush sur le planning familial, la loi maltaise sur le divorce, les lois irlandaise et polonaise sur l’avortement, la loi italienne sur la procréation assistée et l’application de la charia en Grande-Bretagne et au Canada.

Le mouvement laïc en Belgique

par Pierre Galand

M. Galand explique que la laïcité tient avant tout à une « histoire de pays ». La Belgique s’émancipe en 1830 grâce à une alliance entre libéraux et catholiques. Il n’y pas de religion d’Etat en Belgique mais le terme « laïc » n’est cependant pas mentionné. La séparation entre l’Eglise et l’Etat connaît encore des difficultés et représente un combat permanent. On peut considérer que la situation belge se rapproche de celle d’un concordat. A l’origine, les laïcs belges étaient athées ou agnostiques et revendiquaient le droit de ne pas croire, tout en étant acceptés et intégrés à la société.

Aujourd’hui, les laïcs connaissent quelques difficultés : ils vivent souvent entre eux au lieu de promouvoir et transmettre leurs valeurs. Par ailleurs, les grandes Eglises essayent aujourd’hui de contrôler les directives européennes alors que les laïcs ont raté l’occasion de peser dans l’élaboration des directives.

La laïcité en Belgique est avant tout une laïcité sociétale qui donne le droit aux athées d’être respectés.

La laïcité kémaliste comme clef de lecture de la société et de la politique turque au XXè siècle

par Ural Manço

Pour commencer, M. Manço explique que pour lui, le kémalisme est avant tout l’étatisation de l’infrastructure économique du pays. La superstructure idéologique du régime se constitue également par une forme d’islam étatique dont les liens avec le reste du monde musulman sont soigneusement rabotés. Il note quelques malentendus de la conception kémaliste de la laïcité : il existe donc une sorte d’ « Église musulmane » sunnite hanafite entretenue par l’État turc (Diyanet), ce qui exclut environ 25% de la population: par exemple, les chiites hétérodoxes anatoliens (Alévis) et les chaféites kurdes. Autres failles : le Traité de Lausanne de 1923 qui obligeait la Turquie à reconnaître les communautés chrétiennes n’est pas vraiment respecté. Les non-musulmans ne bénéficient que d’un statut de citoyens de « seconde zone ». De nombreuses écoles religieuses (pour la formation des imams et prédicateurs) sont financées par l’État. Si l’armée est souvent perçue comme défenseur de la laïcité, elle est aussi appelée le « foyer du prophète » et il lui arrive de jouer un rôle ambigu dans l’entretien de l’islam étatique (comme lors du régime militaire en 1980-1983).

Autre thèse de M. Manço : la laïcité turque n’a été ni importée de la France ni exclusivement inventée par M. Kemal, mais c’est une conséquence du « césaropapisme » (addition du droit de l’Empereur et du droit de Dieu) qui a caractérisé la philosophie politique traditionnelle en Turquie depuis l’Empire byzantin. Le « césaropapisme » correspond à l’instauration d’un État centralisé et autoritaire qui s’appuie tant sur la laïcité que sur la religion comme outils de légitimité et de répression politiques selon les besoins conjoncturels. L’État kémaliste n’aurait fait que reprendre ce qui existait depuis des siècles : celui qu’on appelle en Europe « Soliman-le-magnifique » est appelé en Turquie « Soliman-le-législateur » et ses lois s’imposaient à la charia. Les élites ottomanes s’étaient intéressées aux Lumières et à la Révolution française. Elles percevaient la laïcisation des institutions étatiques comme nécessaire au renforcement de l’Empire face à l’impérialisme européen. Ils pensaient adopter ainsi la modernité « sans Dieu » de l’Occident chrétien sans porter atteinte à l’islam. En outre, la charia  et le califat ont été pratiquement abolis par la dictature nationaliste des Jeunes Turcs (1908-1918) avant M. Kemal. Ce sont eux qui ont introduit par exemple l’abolition de la polygamie, l’égal droit au divorce des femmes et leur accès à l’université. La laïcité kémaliste est préparée par ce régime. Le kémalisme républicain, nationaliste et laïc représente une parfaite continuité des idées de la fraction dominante de l’élite ottomane depuis les premières réformes de Tanzimat (Réorganisation) au XIXe siècle.

La laïcité turque fut à la fois un outil de domination autoritaire et de modernisation émancipateur qui a profondément changé le pays. M. Manço se félicite qu’aujourd’hui la laïcité à la turque soit au centre de débats menés dans le pays, car sa forme devrait s’adapter à l’évolution socioculturelle et démocratique de la société. En conclusion, M. Manço a tenu à souligner qu’une société laïque non démocratique est possible (ex : URSS, Albanie, Turquie kémaliste), mais une véritable démocratie n’est possible que dans une société sécularisée.

Remarques

Suite à des questions, M. Manço a rappelé la différence entre sécularité et laïcité. La laïcité est une méthode d’organisation de la vie commune sur base de lois et règles résolument non religieuses. La sécularisation est un processus sociologique à long terme selon lequel les préceptes religieux sont relativisés et cessent progressivement de dicter les bases de la moralité dans la vie quotidienne ou sociale.

Comment la communauté turque vit-elle la laïcité en France ?

par Gaye Petek

Mme Petek commence son intervention en revenant sur la différence entre la laïcité à la turque et la laïcité à la française : la France a introduit la laïcité relativement tard dans ses institutions car elle a attendu la sécularisation de sa société contrairement à la Turquie où la laïcité s’est vue instaurée dans la loi avant la transformation des mentalités.

En France, la Loi de 1905 fonde le principe de laïcité : la République reconnaît tous les cultes mais n’en finance aucun. Cependant, les associations cultuelles peuvent être aidées pour restaurer le bâti religieux. La Loi de 1901 avait établi le droit d’association au sein de la société civile. En 1981, F. Mitterrand a étendu la Loi de 1901 aux étrangers. Or, nombre d’émigrés créent des associations d’ordre cultuel financées au titre de cette loi. Ainsi, à La Courneuve, le siège social de l’Union des organisations islamiques de France donne des fêtes où l’entrée se fait séparément pour les hommes et les femmes.

Aujourd’hui, le débat tourne autour de l’Islam. C’est en 1989 qu’a eu lieu le premier débat sur le voile à l’école lors duquel l’Etat a « lancé la balle »  au Conseil d’Etat, réagissant par décret. Plus tard, la Commission Stasi a proposé parmi 26 propositions l’interdiction des signes ostensibles à l’école dans une France où 4000 filles sont voilées à l’école. Cette mesure ne s’applique qu’à l’école puisqu’on estime que la question de la minorité des jeunes filles est centrale et que les universités peuvent se doter de règlements intérieurs, tout comme les entreprises du secteur privé.

Concernant les immigrés turcs, Mme Petek explique qu’ils représentent une faible minorité en France, sont peu visibles à Paris contrairement aux zones rurales (Alsace, Ain, Saint Etienne, Haute-Savoie). Ils renvoient souvent une image de population attachée à la tradition et à la religion, venant souvent d’Anatolie. En outre, en France, le foulard est perçu comme objet de ségrégation de la femme dans la société et renvoie alors une image d’inégalité des femmes turques par rapport aux hommes et d’outil du repli communautaire.

Mme Petek expose son expérience de prêche laïque dans les mosquées fréquentées par la communauté turque. D’après elle, les jeunes issus de l’immigration sont les premières victimes du repli autarcique dont font parfois preuve les immigrés turcs alors qu’ils jouissent d’un certain avantage sur les immigrés maghrébins en ce qui concerne leur intégration et leur réussite comme une éducation relativement stricte et l’absence de passé colonial « douloureux ». Le frein à leur réussite est tout simplement leur propre famille.

Il existe en France une culpabilité quasi « catholique » à dire les valeurs républicaines à respecter. L’intégration c’est partager l’intangible d’une société, dont la laïcité. Seule la pédagogie permettra une sécularisation solide.

Le rôle de la laïcité comme critère d’adhésion à l’UE

par Florence Debrouwer

Melle Debrouwer revient pour commencer sur les étapes qui ont permis l’accès de la Turquie au statut de candidate ainsi qu’aux négociations d’adhésion. En 1959 a lieu la première demande turque d’adhésion (à la CEE). Par la suite, les relations euro- turques ont été fluctuantes dans un contexte de Guerre Froide. En décembre 1999, l’acceptation de la candidature turque a agit comme un accélérateur puisqu’accepter  une candidature implique de reconnaître l’appartenance du candidat à l’Europe. Cependant, le processus de négociation lancé en octobre 2005 comprend 35 chapitres devant être lus et approuvés par chaque Etat membre de l’UE (pas par l’UE en tant que telle) et par la Turquie. La « deadline » envisagée aujourd’hui est 2014/2015.

Dans ce processus, la question de la religion appartient à l’espace du « non- dit » : la laïcité et la religion sont des thèmes abordés « en off ». Ils sont par contre convoqués au niveau national lors d’élections le plus souvent. Néanmoins, il n’existe aucun « critère religieux » relatif à une adhésion à l’UE. Contrastant avec des critères qui seraient « non- écrits », des déclarations tranchées de personnalités ont été entendues.
Dans ce débat, s’il est question de déterminer la vocation de la Turquie à entrer dans l’UE, il est aussi question de la définition de la nature (économique, commerciale et/ou politique) de l’UE.

Par ailleurs, les opinions publiques, majoritairement opposées à l’adhésion turque, seront décisives pour la Turquie puisque les avis conformes du Conseil de l’UE et du Parlement européen sont indispensables. Les sondages Eurobaromètre ont montré que le sentiment d’appartenance à l’UE est minoritaire mais que celui d’appartenir à un groupe aux racines chrétiennes est lui répandu. Cette question des racines chrétiennes n’a été abordée que lors de la Convention européenne pour la rédaction du Traité constitutionnel européen- convention signée dans la salle du Traité de Rome, sous deux grandes statues de Papes.

Tant que l’UE n’a pas dessiné ses propres contours ou déterminé sa nature ni absorbé l’élargissement de 2004, il lui sera difficile de statuer sur la place de la Turquie.

Voir aussi le working paper fait par le think thank européen « Pour la Solidarité« 

 

Since the cease-fire in the Gaza Strip, Europe is finally waking up. Since Sunday, many initiatives of the Union or its members have been proposed to strengthen the cessation of hostilities, yet fragile, between Israel and Hamas: a meeting in Sharm el-Sheikh on Sunday, a German plan for strengthen the cease-fire, a French proposal for a peace conference, the visit of Tzipi Livni in Brussels. And yet nothing is clear.

Nothing is clear first about the actor on stage : is it the European Union that speaks, is it France or Germany or even the presidency of the Union for the Mediterranean? To this list, it must also add the European action in the Quartet and its representative for the Middle East, Tony Blair. The difficulty of understanding of the EU foreign policy took this week a scale never seen before. The press has noted a European Union remaining on its positions towards Hamas, while France said they want to start a dialogue with this movement. Nicolas Sarkozy has also mentioned a possible peace conference in Paris, which would be based primarily on the Franco-Egyptian efforts, but without mentioning the Union for the Mediterranean that the two countries are co-chairing.

Secondly, it seems certain that the Europeans want to provide humanitarian assistance to the population of Gaza, the political positioning of the twenty-seven is not yet out of the “fog”. Refusing to open dialogue with Hamas, they call up to the formation of a national unity government bringing together Hamas and Fatah to rebuild the Gaza Strip. On the other hand, the European Union intends to use the upgrading of its relations with Israel as a « carrot » but no longer has any « sticks » to get the Hebrew state to open the crossings with the Gaza Strip .

Inconsistent, divided and weak, as is the image that let us the external action of the European Union in the Middle East at the dawn of the new American presidency. In these conditions, it won’t be able to hold a role facing the administration of Barack Obama, already busy on the case three days after the inauguration.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

Depuis le cessez-le-feu dans la bande de Gaza, l’Europe semble enfin se réveiller. Depuis dimanche de nombreuses initiatives de l’Union ou de ses membres ont été proposées pour renforcer l’arrêt des hostilités, encore fragile, entre l’Etat d’Israël et le Hamas : rencontre à Sharm-el-Sheikh dimanche, plan allemand pour renforcer le cessez-le-feu, proposition française d’une conférence de paix, visite de Tzipi Livni à Bruxelles. Et pourtant, rien n’est clair.

Rien n’est clair premièrement quant à l’acteur en scène : est-ce l’Union Européenne qui parle, est-ce la France ou l’Allemagne, ou encore la présidence de l’Union pour la Méditerranée ? A cette énumération, il faut également mentionner l’action européenne au sein du Quartet et de son représentant pour le Proche-Orient, Tony Blair. La difficulté de compréhension de la politique extérieure de l’Union a pris cette semaine une ampleur jamais vue. La presse a ainsi pu constater une Union Européenne restant sur ses positions concernant le Hamas, tandis que la France déclarait vouloir entamer un dialogue avec ce mouvement. Nicolas Sarkozy a également mentionné une éventuelle conférence de paix à Paris qui se baserait avant tout sur les efforts franco-égyptiens, sans pour autant parler de l’Union pour la Méditerranée dont les deux pays occupent la co-présidence.

Deuxièmement, s’il semble certain que les Européens veulent apporter une aide humanitaire à la population gazaouie, le positionnement politique des vingt-sept n’est pas encore sortie de la nébuleuse. Refusant d’ouvrir le dialogue avec le Hamas, ils n’en appellent pas moins à la constitution d’un gouvernement d’union nationale réunissant Hamas et Fatah pour la reconstruction de la bande de Gaza. D’autre part l’Union Européenne prétend utiliser le rehaussement de ses relations avec Israël comme une « carotte » mais ne possède plus aucun « bâton » pour obtenir de l’Etat hébreu qu’il ouvre les points de passage avec la bande de Gaza.

Incohérente, divisée et faible, telle est donc l’image que nous laisse l’action extérieure de l’Union européenne au Moyen-Orient à l’aube de la nouvelle présidence américaine. Dans ces conditions, elle ne saurait garder une place de choix face à l’administration de Barack Obama, déjà occupée sur le dossier trois jours après l’investiture.

Nathalie Janne d’Othée

 

 

Press review – week from January 19 to 23, 2009

While it seems urgent to reach new agreements in the Middle East after the war that Israel led against Hamas, leaving Gaza battered and the Palestinian Authority very weakened, the world is embroiled in a new momentum with the arrival of Barack Obama at the head of the United States. After a European relative apathy towards the conflict in December 2008 and January 2009 and an expected redefinition of transatlantic relations, what role Europe can and want to play in the Middle East now?

  • The return of an American leadership in the Middle East accepted by Europe

The Financial Times fears that after the dispatch of European competing delegations to the Middle East and Europe’s obvious weakness, Mr Obama’s administration may be tempted of “letting down its friends.” Moreover, many Europeans seem to favour a prominent leadership of diplomacy in the Middle East by the USA, which would be easily accepted by public opinions, which are largely supportive of B. Obama. However, the journalist advocates for the reconstruction of an Atlantic community based on three pillars: a certain humility from the United States, which must recognize the need for allies, realism that would push the Europeans to become more active on the international scene since the U.S. interests have shifted from Europe to Asia and the Middle East and imagination to renew a EU / USA alliance.

  • The European hopes for the United States in the Middle East may soon be disappointed

Too optimistic about the new American president, who seems more in tune with the concerns of Europeans, they might be disappointed by an Obama administration, whose composition is not suggesting a rebalancing of the U.S. position in the Middle East, says the Inter Press Service .

For the IPS, Obama might be tempted by a certain continuity with the Bush administration regarding the Middle East.

Barack Obama has named Rahm Emanuel, an unwavering supporter of Israel, as his chief of staff at the White House. Benjamin, the father of Rahm Emanuel, was a member of Irgun, a Zionist organization that carried out the massacre of more than 120 Palestinians in Deir Yassin, a village near Jerusalem in 1948. Hillary Clinton, the new secretary of State, told Congress last week – at a time when the number of Palestinians killed in Gaza was already important – that both she and B. Obama, were « very sensitive to the will of Israel can defend itself. »

Concerning Obama’s administration, the journalist Roger Cohen of the NY Times and theHerald Tribune, said that the « dream team » would have included, for example, Shibley Telhami, Fawaz Gerges and James Zogby, while several former advisers of the Clinton administration are still present. Indeed, the team includes Dennis Ross (former commuter for Peace), James Steinberg (former senior State Department), Dan Kurtz (former ambassador to Israel) and Martin Indyk (former ambassador to Israel and was part of the largest pro-Israel lobby in Washington.)

  • The return of Europe to the Middle East: recent European initiatives

In this period of adjustment to the new U.S. administration, some European initiatives- which have been nearly absent in the media since the latter are focusing on B. Obama- emerged.

– The German initiative

Relatively quiet during the latest clashes in the Middle East, Germany has proposed a plan, with a low media coverage, following the cease-fire in the Gaza Strip and which would allow the European Union as such to play a role in the area. However, this virtual absence of media coverage of the initiative may show a widespread disinterest in the plan. Germany has proposed a verification by the European Union of the cease-fire in the Gaza Strip for a humanitarian aspect, the prohibition of illegal arms trafficking, the reopening of the crossing points, aid for the reconstruction and a resumption of the peace process. According toReuters, the Twenty-Seven would fund the purchase of medical equipment, would train the security forces and would evaluate the damages in the Gaza Strip.

The plan, drafted by the chief diplomat in Berlin, Frank-Walter Steinmeier, who visited Gaza twice since December 27, is considering a possible role for the EU on the issue of reopening of crossing points and a revival of the peace talks on a multi-polar approach. The plan has received the consent of Javier Solana, spokesman for the European diplomacy, and his Czech counterpart, Karel Schwarzenberg.

– A peace conference proposed by France

Quite visible during the conflict between Israel and Hamas, especially alongside Egypt, France will continue to be involved in the Middle East.

According to Le Figaro, N. Sarkozy hopes to organize in Paris an international conference for a « sustainable peace ». Nicolas Sarkozy said in Sharm el-Sheikh his desire to « build on the momentum created by the double cease-fire » to « go further ». In addition to a meeting on « humanitarian matters », the Head of State announced the project a « major international conference that will establish peace this year. » The first meeting should be held in Egypt, probably in early February, at the level of foreign ministers. The conference proposed by Nicolas Sarkozy should be launched soon. The spokesman for the French presidential party has stressed the effectiveness of the diplomatic « Franco-Egyptian cooperation. »

– The reversal of France, ready to talk with Hamas

The French foreign affairs minister, Bernard Kouchner, said on Tuesday that Paris would speak with Hamas when they accept the peace process with Israel. France, like the European Union and the United States had diplomatically and financially boycotted the Palestinian government when it was led by Ismail Haniyeh, prime minister from Hamas after its victory in parliamentary elections in January 2006. The daily « 20 Minutes » said that the issue of dialogue with Hamas is a matter of division in France and Europe. Jean-Pierre Jouyet, former French Secretary of State for European Affairs, pointed out in March 2008, the inconsistency of the policy of the Twenty-Seven in this regard: « We must face our contradictions. We have encouraged democratic elections, we were right. We have boycotted the results, we were wrong.  »

– The EU and Israel: Tzipi Livni’s visit to Brussels

During her visit to Brussels last Wednesday, Tzipi Livni has been asked to lift the blockade of Gaza by reopening the crossings, according to a AFP article in Le Soir. The European Union has offered to resume its monitoring mission at Rafah crossing between Gaza and Egypt- the only one which does not lead to Israel- and to deploy observers « in other places », « if both parties agree and request, » according to Javier Solana. However, if France wanted to speak to Hamas, the EU is not ready to reconsider its refusal to consider Hamas as an interlocutor.

 

 

Revue de presse – semaine du 19 au 23 janvier 2009

Alors qu’il paraît urgent de parvenir à de nouveaux accords au Proche Orient après la guerre qu’a menée Israël contre le Hamas, laissant Gaza exsangue et l’Autorité Palestinienne chancelante, le monde se voit entraîné dans une nouvelle dynamique avec l’arrivé de Barack Obama à la tête des Etats-Unis. Après une relative apathie européenne face au conflit de décembre 2008/ janvier 2009 et une redéfinition probable de la relation transatlantique, quel rôle l’Europe peut-elle et veut-elle jouer au Moyen-Orient désormais ?

· Le retour d’un leadership américain au Moyen-Orient accepté par l’Europe

Le Financial Times craint qu’après l’émiettement des délégations envoyées au Proche Orient, les Etats Unis d’Obama ne se détourne d’une coopération USA/ UE sur la question proche orientale par impatience devant la faiblesse européenne sur la question. Par ailleurs, nombre d’Européens semblent souhaiter un leadership prééminent des USA, qui serait d’ailleurs facilement accepté par des opinions publiques européennes largement favorables à B. Obama. Néanmoins, le journaliste plaide pour la reconstruction d’une communauté atlantique fondée sur trois piliers: une certaine humilité de la part des Etats-Unis qui doivent reconnaître le besoin d’avoir des alliés, un réalisme qui pousserait les Européens à s’impliquer plus sur la scène internationale puisque l’intérêt américain s’est déplacé de l’Europe vers l’Asie et le Moyen Orient et enfin de l’imagination pour renouveler une alliance UE/USA.

· Des espoirs européens pour les Etats-Unis au Proche Orient peut-être bientôt déçus

Trop optimistes face au nouveau président américain qui semble plus en phase avec les préoccupations des Européens, ces derniers pourraient être déçus par une administration Obama dont la composition ne laisse pas entendre un rééquilibrage de la position américaine au Proche Orient, explique l’Inter Press Service.

Pour l’IPS, Obama pourrait se laisser tenter par une certaine continuité avec l’administration Bush en ce qui concerne le Proche-Orient.

Barack Obama a nommé Rahm Emanuel, un partisan indéfectible d’Israël, comme son chef de cabinet à la Maison blanche. Benjamin, le père de Rahm Emanuel, était un membre d’Irgun, une organisation sioniste qui a exécuté le massacre de plus de 120 Palestiniens à Deir Yassin, un village près de Jérusalem, en 1948. Hillary Clinton, le nouveau secrétaire d’État, a déclaré au Congrès la semaine dernière – à un moment où le nombre de Palestiniens tués à Gaza était déjà important – que tous les deux, elle et B. Obama, étaient « très sensibles à la volonté d’Israël de pouvoir se défendre ».
Le journaliste Roger Cohen du NY Times et du Herald Tribune, estime que l’ « équipe de rêve » aurait du inclure par exemple Shibley Telhami, Fawaz Gerges et James Zogby alors que plusieurs anciens conseillers de l’administration Clinton sont toujours présents. En effet, l’équipe compte Dennis Ross (ancien navetteur pour la paix,), James Steinberg (ancien haut responsable au Département d’Etat, Dan Kurtzer (ancien ambassadeur auprès d’Israël) et Martin Indyk (ancien ambassadeur auprès d’Israël et faisait partie du plus important lobby pro- israélien à Washington.

· Le retour de l’Europe au Proche Orient : les dernières initiatives européennes

Dans cette période d’ajustement face à la nouvelle administration américaine, des initiatives européennes- peu présentes dans des médias focalisés sur l’investiture de B . Obama-  ont tout de même vu le jour.

– L’initiative allemande

Relativement discrète pendant les derniers affrontements au Proche Orient, l’Allemagne a proposé un plan, très peu médiatisé, faisant suite au cessez le feu dans la bande de Gaza et qui pourrait permettre à l’Union européenne en tant que telle de rejouer un rôle dans la zone. Néanmoins cette quasi absence de médiatisation de l’initiative démontre peut être un désintérêt généralisé pour le plan. L’Allemagne a proposé une vérification par l’Union européenne du cessez-le-feu dans la bande de Gaza prévoyant un volet humanitaire, l’interdiction de tout trafic illégal d’armes, la réouverture des points de passage, une aide à la reconstruction et une reprise du processus de paix. Selon Reuters, les Vingt-Sept financeraient l’achat de matériels médicaux, formeraient les forces de sécurité et feraient le point des dégâts dans la bande de Gaza. Ce plan, rédigé par le chef de la diplomatie de Berlin, Frank-Walter Steinmeier, qui s’est rendu à deux reprises à Gaza depuis le 27 décembre, envisage un rôle possible pour l’UE sur la question de la réouverture des points de passage et sur celle d’une approche multipolaire en vue de relancer les pourparlers de paix. Le plan a reçu l’assentiment de Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, et de son homologue tchèque, Karel Schwarzenberg.

– Une conférence de paix proposée par la France

Assez visible durant le conflit entre Israël et le Hamas, notamment aux côtés de l’Egypte, la France compte continuer de s’impliquer au Proche-Orient en s’appuyant sur l’Egypte.

D’après Le Figaro, l’Élysée espère pouvoir tenir prochainement à Paris une conférence internationale pour « une paix durable ». Nicolas Sarkozy a souligné à Charm el-cheikh sa volonté de « profiter de la dynamique créée par le double cessez-le-feu » pour «aller plus loin».Outre une réunion «à vocation humanitaire», le chef de l’État a annoncé le projet d’une «grande conférence internationale qui permettra d’établir la paix cette année». La première rencontre devrait se tenir en Égypte, vraisemblablement début février, au niveau des ministres des Affaires étrangères. La conférence internationale évoquée par Nicolas Sarkozy serait, elle, «une affaire de semaines», estime-t-on dans l’entourage du chef de l’État. Le porte-parole du parti présidentiel a souligné l’efficacité diplomatique du «couple franco-égyptien».

– Le revirement de la France qui s’apprête à parler avec le Hamas

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a affirmé ce mardi que Paris parlerait avec le mouvement islamiste palestinien quand celui-ci accepterait le processus de paix avec Israël. La France, tout comme l’Union européenne et les Etats-Unis, avait boycotté diplomatiquement et financièrement le gouvernement palestinien lorsque celui-ci était dirigé par Ismaïl Haniyeh, Premier ministre issu du Hamas, après sa victoire aux élections législatives en janvier 2006. Le quotidien « 20 minutes » rappelle que la question du dialogue avec le Hamas divise en France et en Europe. Jean-Pierre Jouyet, alors secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, avait souligné en mars 2008 l’incohérence de la politique des Vingt- Sept sur ce sujet : «Nous devons faire face à nos contradictions. Nous avons encouragé des élections démocratiques, nous avons eu raison. Nous en avons boycotté les résultats, nous avons eu tort».

· L’UE et Israël : visite de Tzipi Livni à Bruxelles

Lors de son passage à Bruxelles mercredi dernier, Tzipi Livni s’est vue pressée de lever le blocus de Gaza en rouvrant les points de passage, révèle un article AFP dans Le Soir.L’Union européenne a proposé de réactiver sa mission d’observation au point de passage de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte -le seul à ne pas déboucher en Israël- et de déployer des observateurs « en d’autres endroits », « si les deux parties sont d’accord et le demandent », selon Javier Solana. Cependant, si la France a souhaité s’adresser au Hamas à titre national, l’UE n’est prête à revoir son refus de considérer le Hamas comme interlocuteur.

 

 

Analyse du paysage géopolitique et stratégique et des orientations de la nouvelle administration américaine. Quel rôle à jouer pour l’UE?

Conférence du mardi 20 janvier 2009,

au Conseil Central de l’Economie

organisée par l’Institut Européen des Relations Internationales (IERI) et l’Institut MEDEA en présence de S.E. Mme Tamar Samash, ambassadeur d’Israël, de M. Colin Scicluna de l’unité Méditerranée/Moyen-Orient/Golfe du Conseil de l’UE, de M. Gerald Loftus, représentant des Democrats Abroad Belgique et de Melle Nathalie Janne D’Othée, chargée de recherche à MEDEA, et en l’absence de M. Adel Atieh, chercheur et conseiller à la délégation générale de la Palestine auprès de l’UE.

Chairman : Prof. Irnerio Seminatore, président de l’IERI

M. Seminatore, fondateur et président de l’Institut européen de relations internationales (IERI), a introduit la conférence en estimant qu’avec les récentes déclarations d’E. Olmert sur la trêve unilatérale déclarée par Israël et celles du Hamas, une page avait été tournée. Néanmoins, le triple bilan politique, militaire et humanitaire du récent affrontement entre l’Etat hébreu et le Hamas affecte et affectera les équilibres géopolitiques et géostratégiques au Moyen Orient. Dès lors, le rôle des médiateurs, que ce soit l’Europe, les USA, les pays arabes ou les institutions internationales, sera décisif.

Mise en perspective historique

par Mlle Nathalie Janne d’Othée, chargée de recherche à MEDEA :

Si on tient compte de la situation au Proche- Orient depuis la fin de la Guerre Froide, on peut distinguer deux périodes: les mandats de B. Clinton et ceux de G.W. Bush.

La fin de la Guerre froide donne un nouveau rôle aux USA. Dès 1991, les Etats-Unis de G.H. Bush organisent une conférence de paix à Madrid.

Israël et les pays arabes se rencontrent. Bien que des Palestiniens soient présents, l’OLP est absente. Les négociations n’aboutissent pas.
En 1993 ont lieu les accords d’Oslo, signés entre Israël et l’OLP, qui s’est vu de fait légitimé. Ces accords, porteurs d’espoir, ont décidé l’UE à déclencher l’ambitieux Processus de Barcelone, qui a commis l’erreur de ne pas se coordonner avec le processus de paix.

Or, en 1995, Y. Rabin se fait assassiner, ce qui marque le début d’une série d’échecs.En 2000, débute la seconde Intifada, avant qu’en 2001, G.W. Bush arrive au pouvoir, tandis qu’Ariel Sharon est élu en Israël. Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis lance « la guerre contre le terrorisme ». Cet engagement américain va toucher le processus de paix de deux manières :

  • Tout d’abord, Israël a été désigné par les USA comme l’ « agent de la démocratie » au Proche Orient
  • Au nom de l’initiative du Grand Moyen Orient, les USA ont fait pression pour un changement de leadership en Palestine dans le cadre d’une impulsion de « démocratisation à l’américaine, imposée ».

L’Europe voit d’un œil inquiet l’influence grandissante des Etats-Unis dans la région méditerranéenne. Constatant les échecs du Processus de Barcelone, elle lancera la Politique Européenne de Voisinage en 2002 pour une meilleure adaptation à chaque partenaire méditerranéen. Les Etats-Unis et l’Union Européennne connaîtront des relations relativement tendues suite au refus de certains Européens de s’impliquer dans la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein.

Concernant le Proche-Orient, 2002 est une année sanglante avec les attentats de Netanya revendiqués par le Hamas et des représailles massives de la part d’Israël dont la très meurtrière bataille de Jénine. C’est également en 2002 que commence la construction du mur en Cisjordanie.

L’année 2003 est marquée par les efforts du Quartet qui propose un plan permettant l’établissement d’un Etat palestinien. Ce plan est accepté par les deux parties mais Israël y a posé 14 réserves qui en modifient quelque peu la nature. Bien qu’elle n’ait pas enclenché de réel processus de paix, la Feuille de Route demeure la base de toutes les négociations depuis.

En 2004 voit Israël mener des actions radicales contre le terrorisme. Les attentats ciblés sur des chefs terroristes ainsi que la poursuite du mur de séparation rencontrent de vives critique de la part de l’opinion internationale.  La CIJ émettra en outre un avis déclarant l’illégalité du mur israélien. A la fin de l’année 2004, la mort de Yasser Arafat et le changement subséquent au sein du leadership palestinien ouvre de nouvelles possibilités de dialogue. De plus la victoire électorale des démocrates aux élections législatives américaines mettent un frein à la politique moyen-orientale des néo-conservateurs.

En 2005, les deux parties se rencontrent le 8 février à Charm-el-Cheikh et conviennent de l’arrêt des violences. D’autre part Mahmoud Abbas, le nouveau Président de l’Autorité Palestinienne obtient un cessez le feu de la part des factions armées palestiniennes, tandis qu’Ariel Sharon procède au démantèlement des colonies de la bande de Gaza de manière unilatérale. L’absence de coordination avec l’AP laisse le territoire sans véritable structure et sous influence du Hamas.

Demandées et surveillées par la communauté internationale, des élections ont lieu dans les territoires palestiniens en janvier 2006. Le Hamas en sort vainqueur et sera immédiatement boycotté par la communauté internationale. La formation d’un gouvernement d’Union nationale ne n’empêchera pas les ministres issus du Hamas d’être boycottés. Pendant l’été, alors qu’E. Olmert a accédé au pouvoir, a lieu la guerre du Liban initiée par des heurts avec la Hamas à la frontière avec la bande de Gaza. Les relations entre le Fatah et le Hamas se dégraderont jusqu’à ce que le Mouvement de résistance islamique chasse les représentants du Fatah de l’enclave en juin 2007 et déclare la cessation de la bande de Gaza.

C’est dans ce contexte peu propice à la paix que G.W. Bush lance en 2007 la conférence d’Annapolis visant l’établissement d’un Etat palestinien avant fin 2008. L’échec des négociations ne contribuera qu’à délégitimer un peu plus chacun des protagonistes ainsi que le processus de paix.
Aujourd’hui la conjoncture internationale change. Du côté de l’UE, si les divergences entre Etats membres l’empêchent d’adopter une position commune et forte sur le Proche Orient, le lancement de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) marque un nouvel intérêt européen pour la région. Quant à l’élection de B. Obama, elle incarne une dynamique nouvelle dans la zone. Si les Etats-Unis et l’Europe agissent ensemble, il est possible d’espérer en la reprise d’un processus de paix dans les années qui viennent.

Mr Colin Scicluna, Conseil de l’UE, Unité Moyen- Orient/Méditerranée/Golfe

L’UE attend de ce cessez le feu qu’il devienne permanent et permette l’acheminement de l’aide humanitaire et la possibilité pour les ONG, la presse et l’UNRWA de travailler de nouveau à Gaza.

L’UE a été prise par surprise dans une période de fêtes et de changement de présidence. Si certains Etats, comme la France, ont joué un rôle actif, l’UE n’est pas parvenu à délivrer un message clair car elle a trop de représentants. Désormais, l’UE compte se focaliser sur l’aspect humanitaire :

• Des expertises doivent être menées pour juger des dégâts et l’on doit veiller à l’acheminement  de l’eau et de la nourriture,
• Les passages de circulation doivent être ré- ouverts
• La reconstruction doit débuter

Pour lutter contre le trafic d’armes, l’UE veut permettre à la population de gagner sa vie en dehors de ce trafic.

L’élection d’Obama est une bonne nouvelle pour l’Europe. Les espoirs vis-à-vis de Barack Obama sont sans doute trop nombreux, et l’implication des Etats-Unis dépendra aussi des autres priorités de la nouvelle administration. Heureusement, le nouveau Président américain a déclaré vouloir renouer avec le multilatéralisme. Il y a néanmoins des espoirs : de part la personnalité d’Obama lui-même, par Hillary Clinton qui représente une certaine continuité par rapport aux efforts de paix de son mari, et enfin par le Général Jones, nommé Conseiller à la Sécurité Nationale, qui a une excellente connaissance de la région et agit de façon pragmatique.

Il faut noter le rôle particulier qu’a su jouer la Turquie, démontrant ses capacités de négociateur et d’intermédiaire entre la Syrie et Israël, mais aussi durant le conflit à Gaza. Elle pourra jouer un rôle pour une réconciliation interpalestinienne. L’UE souhaite travailler le plus possible avec un tel partenaire.

Concernant, l’Iran et la Syrie, l’UE aimerait pouvoir éclaircir la nature des liens entre ces pays et le Hamas. L’implication de l’Iran rompt avec le traditionnel affrontement entre Israël et les Etats Arabes.

Enfin, M. Scicluna a estimé que pour progresser, les deux « côtés » devaient faire preuve de bonne volonté et permettre à l’UE de s’appuyer sur une certaine unité arabe.

Remarque : Lors du débat qui a suivi les interventions, M. Scicluna s’est exprimé à propos d’une éventuelle utilisation des accords d’associations comme de moyens de pression. Il a expliqué que l’UE n’est pas un « produit fini » et que le Proche Orient est un défi pour l’esprit de consensus européen, étant donnée la variété des positions. Le fait de toujours reconstruire est frustrant pour l’UE mais elle préfère utiliser les accords d’association comme des « carottes » plutôt que des « bâtons »

 

S.E. Mme Tamar Samash, ambassadeur d’Israël en Belgique.

A propos du rôle des Etats-Unis au Moyen Orient, Mme Samash a tenu à rappeler que la région n’avait jamais été la première priorité des présidents américains. Concernant l’initiative de « démocratisation » initiée par G.W. Bush, sa critique serait qu’en 2006, la Palestine n’était pas encore prête à procéder à des élections démocratiques, pas plus que le Hamas n’était prêt à exercer un quelconque leadership.

Néanmoins, les Etats- Unis ont des intérêts au Moyen Orient, des alliés comme la Turquie et Israël, et des devoirs en Afghanistan, en Irak et avec l’Iran. En effet, l’Iran se sert de ses factions islamistes radicales pour s’introduire au Proche Orient et rejoindre en Egypte les Frères Musulmans.

Les termes mêmes de « Proche » et « Moyen » Orient reflètent bien la relation complexe qui existe entre cette région et l’occident. C’est une vision européocentriste de la région. Les protagonistes de la région se basent eux sur leur propre terminologie. L’Europe s’adresse aux autres vis-à-vis d’elle-même. L’occident s’investit à plus ou moins bon escient dans la région depuis que Napoléon est entré en Egypte alors qu’il faudrait laisser les protagonistes s’occuper de leurs affaires.

Le Moyen-Orient souvent de laboratoire d’expérience pour les autres pays. Chaque puissance a ses poulains dans la région. Or quand on laisse les protagonistes faire, cela va parfois mieux. Mais cela ne signifie pas non plus un rejet des propositions d’aide de la part de l’Union Européenne.
Concernant le contexte particulier de ces dernières semaines, Israël remercie l’UE, l’Egypte et les USA de ne pas avoir légitimé le Hamas et de l’avoir empêcher faire circuler des armes. L’Autorité Palestinienne doit être renforcée car il s’agit du partenaire avec qui faire la paix dans la région. En outre, il ne faut pas croire que résoudre le conflit israélo-palestinien résoudra tous les conflits au Moyen-Orient.

Mr. Gerald Loftus, Democrats Abroad Belgium.

Le statu quo- guerres, trêves, terrorisme et occupation- n’est pas durable. Le Moyen-Orient ne se limite pas à la question de l’avenir d’Israël et de la Palestine, le changement doit aussi s’appliquer à la région entière. Mais pas à la manière de G.W. Bush unilatérale, messianique, avec recours aux armes d’abord. Cela a laissé à B. Obama un héritage de haine et de guerre. G.W. Bush a dit que la route vers Jérusalem  passe par Bagdad, ce qui a amené les américains à faire une énorme déviation : huit années de tergiversations en passant par Kaboul et Bagdad, mais aussi par une feuille de route qui a fini à Annapolis.

Pour répondre à la question « quel rôle à jouer pour l’UE ? » Citons le président Obama : « l’Amérique n’a pas de meilleur partenaire que l’Europe.» Dans les négociations israélo- palestiniennes mais aussi sur la question du nucléaire iranien, l’Europe pourra jouer un rôle clef avec l’administration Obama.Au sein de l’OTAN, l’arrivée d’Obama posera de nouveau la question du partage des responsabilités entre l’Europe et les USA et le président souhaite un rôle renforcé de l’Europe en Afghanistan.

Dans l’équipe Obama- Clinton, tout n’est pas parfait en ce qui concerne les conseillers sur le Moyen-Orient : Comme le dit le journaliste Roger Cohen du NY Times et du Herald Tribune, l’ « équipe de rêve » aurait du inclure par exemple Shibley Telhami, Fawaz Gerges et James Zogby alors que plusieurs anciens conseillers de l’administration Clinton sont toujours présents. En effet, l’équipe compte Dennis Ross (ancien navetteur pour la paix,), James Steinberg (ancien haut responsable au Département d’Etat, Dan Kurtzer (ancien ambassadeur auprès d’Israël) et Martin Indyk (ancien ambassadeur auprès d’Israël et faisait partie du plus important lobby pro- israélien à Washington). Il manque un contre- poids provenant de la très importante communauté arabo- musulmane aux Etats-Unis. Or, pour reprendre le rôle d’interlocuteur entre les Etats arabes et Israël, les Etats-Unis ont besoin de ce contre- poids et d’une « équipe » formée avec l’UE.