02/01/2009

Gaza ou le désintérêt international pour la paix

Outre l’absence de précédent de l’opération « plomb durci » et le drame humain inqualifiable qu’elle cause, outre la prédictibilité et la faiblesse quasi caricaturales des réactions de la communauté internationale et notamment de l’ONU, l’implacable intervention israélienne sur Gaza représente aussi un coup d’arrêt à tout ce qui aurait pu constituer un espoir pour le Proche Orient. En effet, le gouvernement israélien n’a pas hésité à mettre à mal les négociations diplomatiques en cours ainsi que les équilibres régionaux en attaquant Gaza, inscrivant de fait les conséquences de cette intervention dans le long terme.

Le plan de paix syro- israélien appuyé par la Turquie avait permis de croire en une résolution possible de la question du Golan et avait incarné un « retour de la Syrie » dans le « concert des nations ». Ces négociations ne sont depuis samedi plus d’actualité. Par ailleurs, si Israël n’a pas que des amis au Moyen- Orient, l’Etat hébreu entretient néanmoins des relations « apaisées » avec l’Egypte, la Jordanie et la Turquie, gage d’une certaine stabilité. Or, en plus des manifestations contre Israël dans ces pays et la crainte grandissante de voir un afflux massifs de Palestiniens se pressant aux frontières, les demandes de la part de parlementaires d’expulser les ambassadeurs israéliens se sont multipliées.

Autre espoir régional mis à mal par l’opération « plomb durci », l’Union pour la Méditerranée. Si la réunion des représentants de tout le pourtour méditerranéen et d’Israël avait été qualifiée de miracle, faire siéger dans la même institution Israël et ses voisins arabes sera désormais plus compliqué et la jeune Union pour la Méditerranée devra affronter un état de guerre.  Tzipi Livni était à Paris le 1er janvier pour réitérer son refus de la proposition de l’UE et du Quartette, preuve que l’Europe n’a pas d’influence sur Israël, et ce, malgré les récentes négociations pour le rehaussement des relations UE/Israël. En effet, l’un des arguments pour cet approfondissement était le levier qu’il représentait pour permettre à l’UE d’influencer ce qu’elle appelait « le camp de la paix », à savoir une administration israélienne favorable aux négociations. Cette stratégie a échoué. Une influence, l’UE aurait pu en avoir sur le Hamas si elle avait accepté de le reconnaître comme interlocuteur au lieu de lui tourner le dos. Aujourd’hui c’est un rôle de spectatrice que s’offre une Europe dépassée, entre appels au calme et tournées de consultation européenne et française au Proche Orient, en parallèle de la troublante inertie de la communauté internationale.
« Où est-elle cette armée arabe?» scandaient des manifestants à Alexandrie pendant que M. Kadhafi fustigeait les réactions «lâches et défaitistes» des pays arabes face à l’offensive israélienne. La Ligue arabe doit se réunir à Doha ce vendredi. Face à l’unanimité des opinions publiques arabes, la Ligue pourra soit donner lieu à un « sommet qui fait jouer un disque rayé depuis longtemps» selon les dires du leader libyen, soit faire preuve d’un « sursaut » et se faire entendre par la communauté internationale pour l’instant sourde aux appels des différents membres de la Ligue. Si cette opération est un drame humanitaire et un échec supplémentaire du Processus de paix, elle représente aussi l’échec et peut être aussi le manque de volonté de toutes les instances régionales et internationales à peser dans la région.

Luce Ricard