09/01/2009

Israël, Iran : ennemis nécessaires

Saillant dans l’argumentaire israélien, absent des analyses européennes mais bien présent dans celles de nos voisins outre-Atlantique, le rôle de l’Iran dans le conflit en cours à Gaza est peu clair. Quels sont finalement les intérêts des uns et des autres à ce que l’Iran participe aux affrontements entre l’armée israélienne et le Hamas ?

Pour le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, la situation a Gaza est avant tout une occasion en or pour renforcer son assise, à la fois en Iran et dans la région. D’une part, les conservateurs doivent s’assurer la victoire de la présidentielle de juin prochain. D’autre part, dans la perspective de la nouvelle administration américaine, l’Iran pourrait être appelé à jouer un rôle plus grand au Moyen-Orient et éventuellement dans le processus de paix. En envoyant des émissaires dans vingt-deux pays pour tenter d’arrêter l’offensive israélienne ainsi que le blocus à Gaza, le leader iranien semble vouloir confirmer cette analyse.

Par ailleurs, le Hamas semble approvisionné en munitions et est désormais capable d’atteindre Israël en profondeur grâce à des missiles Grad 2 de fabrication iranienne. Néanmoins les analystes n’y voient pas un contrôle du Hamas par l’Iran car ce dernier serait susceptible d’offrir une aide autrement plus importante aux combattants de la Bande de Gaza si le Hamas le demandait. Le Mouvement de Résistance islamique sacrifierait donc une aide substantielle au nom d’une plus grande indépendance.

Autre signe de la faible implication de la République islamique dans le conflit actuel sont les déclarations entendues de la part de responsables du Hezbollah. Le parti de Dieu libanais a en effet démenti avoir lancé les deux roquettes ayant traversé cette semaine la frontière nord-israélienne. Il a en outre déclaré vouloir continuer à respecter les termes de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité et à maintenir la stabilité de la région.

Au regard de ces différentes positions, il est étonnant d’observer le nombre de fois où l’Iran est convoqué dans le conflit par l’argumentaire israélien. Beaucoup d’analystes de l’Etat hébreu en font l’acteur qui tire les ficelles du conflit, le Hamas n’étant qu’une marionnette. La comparaison entre la situation actuelle et le conflit dans le Sud Liban en 2006 atteint pourtant ses limites. Si le Hamas sert l’intérêt d’une autre entité, il faut chercher davantage du côté des Frères Musulman que du côté de l’Iran.

Pourquoi l’Europe ne souligne-t-elle que peu l’implication de l’Iran à Gaza ? Pourquoi Israël semble-t-il si souvent diaboliser l’Iran au détriment d’une vision plus nuancée et réaliste du contexte ? Dans la situation actuelle, ce type d’argumentation sert en tous cas trop souvent à légitimer une intervention hors de toutes proportions contre une population civile prise en otage.

N.J.O.