31/01/2009

La Turquie, cette opportunité pour l’Europe

Entre une Europe hagarde, un monde arabe apathique et des Etats- Unis en cours de changement de leadership, la Turquie a fait figure d’exception lors des affrontements à Gaza. Pourtant alliée d’Israël et des Etats- Unis, elle a été la première à dénoncer l’offensive israélienne et à appeler la communauté internationale à réagir au plus vite.

Aujourd’hui, alors que le cessez le feu n’est pas total et qu’aucune question n’est réglée, c’est encore la Turquie qui demande à l’Europe d’accepter de considérer le Hamas comme interlocuteur pour permettre de nouvelles négociations. Membre de l’Otan, alliée des Occidentaux, la Turquie n’a pas moins développé ces derniers mois son rôle de médiateur au Moyen- Orient, reconnue notamment pour le lancement de pourparlers entre la Syrie et Israël. C’est d’abord au nom de cette capacité à servir de « pont » entre Occident et Moyen-Orient que l’Europe devrait s’attarder sur ses rapports avec la Turquie. En effet, cette dernière a réussi où l’UE a échoué : se faire reconnaître par tous comme un acteur et un médiateur crédible et efficace sur la scène moyen-orientale.

Soulignons néanmoins le soutien de la population à M. Erdogan face à M. Peres lors du récent incident à Davos qui laisse prévoir une difficulté turque de rester l’alliée d’Israël.

Incontournable, la Turquie l’est et pas uniquement en tant que médiateur puisque qu’elle envisage d’envoyer son armée à la frontière egypto- palestinienne pour la stabilité de Gaza et de l’Autorité Palestinienne et compte s’impliquer pour permettre l’équilibre d’un futur gouvernement de coalition irakien.

L’Union européenne a tort de faire la fine bouche et d’étudier au compte-goutte les chapitres relatifs à la négociation d’adhésion de la Turquie. Elle a tort ne serait-ce que de ne pas se rapprocher de son voisin. Si ce dernier semble percevoir les bénéfices qu’il tirerait de son entrée dans l’UE,  l’Union, elle, paraît curieusement avoir du mal à cerner son propre intérêt.

L’Europe aurait-elle la mémoire courte ? N’est-ce pas elle qui s’est vue menacée de voir son approvisionnement en gaz russe chuter considérablement et ce en plein hiver? C’est elle encore qui a fait de la diversification de ses sources d’énergie un de ses objectifs. Or, outre ses capacités et son aura diplomatiques auxquelles s’ajoute son dynamisme économique, la Turquie incarne une promesse de moindre dépendance européenne vis-à-vis d’une Russie parfois imprévisible.  Le projet de gazoduc Nabucco est aujourd’hui vital pour l’Europe. Bruxelles, comme M. Erdogan, le sait. Via un rapprochement concret, l’adhésion ou tout simplement via « l’égalité de traitement » que demande M. Erdogan, l’UE se sortirait de bien des impasses.

Et si, finalement, l’Europe n’était pas une chance pour la Turquie mais plutôt la Turquie une chance pour l’Europe ? Il ne reste qu’à espérer que l’Europe ne la laisse pas passer, la Turquie pouvant, elle se lasser d’attendre.

Luce Ricard