02/01/2009

Les implications régionales du conflit à Gaza

Revue de presse – semaine du 30 décembre 2008 au 2 janvier 2009

Lors du déclenchement de l’opération « Plomb durci », Israël ne s’est guère encombré des répercussions que celle-ci pourrait avoir sur les équilibres politiques régionaux ni sur ses relations avec ses voisins moyen- orientaux avec qui l’Etat hébreu entretenait des relations apaisées. Plaçant l’Egypte dans une situation inconfortable, Israël a n’a pas tenu compte de l’impact que son offensive aurait sur la Turquie et la Syrie, remettant en cause les perspectives de paix qui semblaient pourtant se dessiner récemment.

Premièrement, l’opération israélienne à Gaza a mis fin à la « lune de miel » que semblaient connaître récemment les relations turco- israéliennes, écrit Haaretz. Les deux dirigeants s’étaient rapprochés grâce au rôle de médiateur qu’avait joué Ankara entre Israël et la Syrie. Depuis le lancement de l’opération « Plomb durci », les relations entre les deux pays se sont détériorées. Un jour avant le début de l’offensive, Erdogan, en parlant de M. Olmert a déclaré « Il m’a trahi et porté atteinte à l’honneur de la Turquie ». Les conseillers de Recep Tayyip Erdogan, qui ont participé aux négociations avec la Syrie, ont exprimé leur frustration et leur déception face au actions d’Israël: «Nous avons été si près de pourparlers directs, et cette opération a tout ruiné. » Par ailleurs, Ankara a rejeté une proposition de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, de se rendre dans la capitale turque. «Si elle ne veut pas parler d’un cessez-le-feu, elle ne devrait pas venir », a été la réponse officielle.

Deuxièmement, le troisième acteur de ce processus de paix syro- israélien, la Syrie, a également décidé de reconsidérer ses relations et négociations avec l’Etat hébreu, condamnant les récents espoirs concernant la question du Golan.

Les négociations indirectes de paix entre la Syrie et Israël ne pourront pas se poursuivre à cause de «l’agression israélienne» contre la bande de Gaza, a déclaré dimanche à l’AFP un responsable syrien. «C’est l’agression israélienne […] qui ferme la porte à toute action dans le processus politique» entre la Syrie et Israël. Par ailleurs, précisait Le Monde, le président français, en visite à Damas, a appelé la Syrie à faire pression sur son allié du Hamas pour un retour de la paix dans la bande de Gaza. « Je suis convaincu que la Syrie peut apporter une contribution importante dans la recherche d’une solution. Le président Assad peut jouer un rôle. Il doit convaincre le Hamas de faire le choix de la raison, de la paix et de la réconciliation » entre les Palestiniens divisés, a-t-il dit.

Troisièmement, en parallèle à la détérioration des relations d’Israël avec la Turquie et la Syrie, l’offensive sur la bande de Gaza a conduit à une situation très tendue en Egypte, en plaçant le gouvernement dans une situation d’impasse, en tenaille entre d’une part, Israël et les Etats-Unis avec lesquels le régime entretient de bonnes relations et qui fournit une aide financière et d’autre part, l’opinion publique arabe. Depuis le début de l’attaque israélienne, les critiques pleuvent en effet sur l’Egypte. A Beyrouth comme à Aden, au Yémen, des manifestants protestant contre les bombardements israéliens ont pris pour cible les représentations diplomatiques égyptiennes.

Le New York Times explique que l’Egypte est un intermédiaire crucial entre Israël et le Hamas, qui n’est pas un grand ami de ce gouvernement laïc modéré. Cependant, une certaine colère des Egyptiens contre leur gouvernement suite à son relatif silence face à la campagne de bombardements, aux victimes palestiniennes et à l’absence apparente de pression diplomatique du Caire sur Israël et les États-Unis pour la cessation des combats, se fait remarquer. En effet, les responsables gouvernementaux ont accusé le Hamas d’avoir mis fin au cessez-le-feu avec Israël et de provoquer les représailles israéliennes. Comme le New York Times le souligne, M. Moubarak a toujours négocié entre les questions complexes de sécurité régionale, de solidification des relations avec Washington, de maintien des liens avec Israël et de lutte contre le fondamentalisme islamique et le terrorisme. Mais il s’agit aujourd’hui d’un délicat numéro d’équilibriste, a déclaré Abdel Moneim Saïd, directeur du centre Ahram d’études politiques et stratégiques au Caire.
Ce qui met aujourd’hui en danger la stabilité égyptienne est la rumeur grandissante au sein de la population selon laquelle l’Egypte a été complice des attaques israéliennes. Cette idée découlerait d’une visite au Caire par la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni, la veille de l’opération « plomb durci », a rappelé le New York Times.