09/01/2009

L’Iran et le conflit à Gaza

Revue de presse – semaine du 5 au 9 janvier 2009

Les presses américaine et israélienne font écho d’une implication de l’Iran, si souvent considéré comme la grande menace orientale par ces derniers, dans les affrontements de Gaza. A l’inverse, l’Europe semble moins inquiète ou du moins, moins bavarde quant au rôle que pourrait jouer l’Iran à Gaza.
Dans la presse française, l’heure est à l’analyse. Dans le Figaro, le politologue iranien Davoud Hermidas Bavand estime que l’objectif de l’Iran est de mobiliser les masses à travers le monde arabo-musulman en se ralliant à la cause palestinienne et au niveau national de renforcer la fraction politique conservatrice à l’approche de l’élection présidentielle de juin prochain. L’Iran n’a jamais caché son soutien, avant tout stratégique, au Hamas, rappelle le politologue. Cependant, il estime qu’«il est erroné de penser que le Hamas agit sous les ordres de Téhéran» car «l’Iran n’a pas intérêt à provoquer un embrasement régional, qui servirait d’argument idéal à Israël pour s’attaquer à ses installations nuc¬léaires». Aujourd’hui, il s’agit pour l’Iran de «s’imposer comme un acteur régional incontournable au moment des pourparlers de paix.» Le président Mahmoud Ahmadinejad vient d’ailleurs d’envoyer 22 émissaires dans plusieurs pays pour demander l’arrêt des attaques israéliennes et la fin du blocus de Gaza. Cependant si on trouve dans la presse européenne des articles d’analyses sur l’Iran face à la situation gazaouie, ils sont largement minoritaires puisque pour l’Europe il s’agit d’affrontements entre le Hamas et Israël.
Pourtant, pour Israël, le rôle de l’Iran ne semble faire que peu de doutes et les conséquences de l’opération israélienne à Gaza pour l’Iran sont analysées. Le président israélien Shimon Perès a déclaré au quotidien italien La Repubblica qu’Israël «veut éviter que Gaza ne devienne «un satellite de l’Iran».

Dans le Jerusalem Post, le général Yossi Kuperwasser, ancien chef de la Division de l’évaluation de la recherche et du renseignement militaire déclare que « L’Iran attire l’attention loin de son programme nucléaire ».
S’exprimant pour le Jerusalem Center for Public Affairs, Kuperwasser dit qu’il tenait l’Iran pour responsable de la situation à Gaza en expliquant que « Les Iraniens sont clairement derrière cette opération, car ils fournissent le Hamas  en argent et en armes ». Pour le Jerusalem Post, Larijani, secrétaire du Conseil de sécurité de l’Iran, se serait rendu en Syrie et au Liban pour déterminer si la République islamique pourrait ouvrir un nouveau front contre Israël pour soulager le Hamas dans la bande de Gaza.

Enfin, une journaliste du Jerusalem Post va jusqu’à « noter que la guerre d’aujourd’hui, comme la guerre en 2006, est une guerre entre Israël et l’Iran. Comme le Hezbollah, le Hamas est un envoyé de l’Iran. Et tout comme ce fut le cas en 2006, l’Iran a joué un rôle dans l’incitation à la guerre actuelle », avant d’ajouter que « contrairement à la situation en 2006, aujourd’hui, l’Iran semble avoir peu d’intérêt pour l’expansion de la guerre. »

Côté américain, on regarde également vers l’Iran, perçu comme un acteur en soi du conflit. Le Washington Post explique qu’Israël a lancé son opération sur Gaza pour mettre fin aux provocations que l’Iran menaient à travers le Hamas et pour montrer à l’Iran la force et la réactivité de l’Etat Hébreu. Pour le journaliste, il s’agit de « contrer l’Iran à Gaza et au delà» et de permettre aux Etats-Unis de réaffirmer leur position face à l’Iran tout en rappelant le soutien américain aux Etats arabes « modérés ».

Du côté libanais, on réfute la thèse de l’implication du Hezbollah appuyé par l’Iran : dans le Figaro, le ministre libanais de l’Information, Tarek Mitri déclare  «Le Hezbollah nous a assuré qu’il restait engagé à (préserver) la stabilité et au respect la résolution 1701 du Conseil de sécurité et cela veut dire qu’il n’est pas impliqué». Il ajoute que le gouvernement libanais a «pris des contacts avec des responsables de haut niveau au sein du Hezbollah, qui ont assuré qu’ils respectaient leur engagement de voir le Liban éviter tout dérapage et d’être impliqué dans une nouvelle guerre».
On constate aujourd’hui un fossé entre d’une part Israël et les Etats- Unis qui font de l’Iran un protagoniste « par procuration » des affrontements de Gaza et de l’autre la presse européenne et arabe qui considère la situation en tant que conflit pour le moment localisé entre le Hamas et les forces israéliennes.