23/01/2009

Quel rôle pour l’Europe au Moyen-Orient dans l’ère Obama ?

Revue de presse – semaine du 19 au 23 janvier 2009

Alors qu’il paraît urgent de parvenir à de nouveaux accords au Proche Orient après la guerre qu’a menée Israël contre le Hamas, laissant Gaza exsangue et l’Autorité Palestinienne chancelante, le monde se voit entraîné dans une nouvelle dynamique avec l’arrivé de Barack Obama à la tête des Etats-Unis. Après une relative apathie européenne face au conflit de décembre 2008/ janvier 2009 et une redéfinition probable de la relation transatlantique, quel rôle l’Europe peut-elle et veut-elle jouer au Moyen-Orient désormais ?

· Le retour d’un leadership américain au Moyen-Orient accepté par l’Europe

Le Financial Times craint qu’après l’émiettement des délégations envoyées au Proche Orient, les Etats Unis d’Obama ne se détourne d’une coopération USA/ UE sur la question proche orientale par impatience devant la faiblesse européenne sur la question. Par ailleurs, nombre d’Européens semblent souhaiter un leadership prééminent des USA, qui serait d’ailleurs facilement accepté par des opinions publiques européennes largement favorables à B. Obama. Néanmoins, le journaliste plaide pour la reconstruction d’une communauté atlantique fondée sur trois piliers: une certaine humilité de la part des Etats-Unis qui doivent reconnaître le besoin d’avoir des alliés, un réalisme qui pousserait les Européens à s’impliquer plus sur la scène internationale puisque l’intérêt américain s’est déplacé de l’Europe vers l’Asie et le Moyen Orient et enfin de l’imagination pour renouveler une alliance UE/USA.

· Des espoirs européens pour les Etats-Unis au Proche Orient peut-être bientôt déçus

Trop optimistes face au nouveau président américain qui semble plus en phase avec les préoccupations des Européens, ces derniers pourraient être déçus par une administration Obama dont la composition ne laisse pas entendre un rééquilibrage de la position américaine au Proche Orient, explique l’Inter Press Service.

Pour l’IPS, Obama pourrait se laisser tenter par une certaine continuité avec l’administration Bush en ce qui concerne le Proche-Orient.

Barack Obama a nommé Rahm Emanuel, un partisan indéfectible d’Israël, comme son chef de cabinet à la Maison blanche. Benjamin, le père de Rahm Emanuel, était un membre d’Irgun, une organisation sioniste qui a exécuté le massacre de plus de 120 Palestiniens à Deir Yassin, un village près de Jérusalem, en 1948. Hillary Clinton, le nouveau secrétaire d’État, a déclaré au Congrès la semaine dernière – à un moment où le nombre de Palestiniens tués à Gaza était déjà important – que tous les deux, elle et B. Obama, étaient « très sensibles à la volonté d’Israël de pouvoir se défendre ».
Le journaliste Roger Cohen du NY Times et du Herald Tribune, estime que l’ « équipe de rêve » aurait du inclure par exemple Shibley Telhami, Fawaz Gerges et James Zogby alors que plusieurs anciens conseillers de l’administration Clinton sont toujours présents. En effet, l’équipe compte Dennis Ross (ancien navetteur pour la paix,), James Steinberg (ancien haut responsable au Département d’Etat, Dan Kurtzer (ancien ambassadeur auprès d’Israël) et Martin Indyk (ancien ambassadeur auprès d’Israël et faisait partie du plus important lobby pro- israélien à Washington.

· Le retour de l’Europe au Proche Orient : les dernières initiatives européennes

Dans cette période d’ajustement face à la nouvelle administration américaine, des initiatives européennes- peu présentes dans des médias focalisés sur l’investiture de B . Obama-  ont tout de même vu le jour.

– L’initiative allemande

Relativement discrète pendant les derniers affrontements au Proche Orient, l’Allemagne a proposé un plan, très peu médiatisé, faisant suite au cessez le feu dans la bande de Gaza et qui pourrait permettre à l’Union européenne en tant que telle de rejouer un rôle dans la zone. Néanmoins cette quasi absence de médiatisation de l’initiative démontre peut être un désintérêt généralisé pour le plan. L’Allemagne a proposé une vérification par l’Union européenne du cessez-le-feu dans la bande de Gaza prévoyant un volet humanitaire, l’interdiction de tout trafic illégal d’armes, la réouverture des points de passage, une aide à la reconstruction et une reprise du processus de paix. Selon Reuters, les Vingt-Sept financeraient l’achat de matériels médicaux, formeraient les forces de sécurité et feraient le point des dégâts dans la bande de Gaza. Ce plan, rédigé par le chef de la diplomatie de Berlin, Frank-Walter Steinmeier, qui s’est rendu à deux reprises à Gaza depuis le 27 décembre, envisage un rôle possible pour l’UE sur la question de la réouverture des points de passage et sur celle d’une approche multipolaire en vue de relancer les pourparlers de paix. Le plan a reçu l’assentiment de Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, et de son homologue tchèque, Karel Schwarzenberg.

– Une conférence de paix proposée par la France

Assez visible durant le conflit entre Israël et le Hamas, notamment aux côtés de l’Egypte, la France compte continuer de s’impliquer au Proche-Orient en s’appuyant sur l’Egypte.

D’après Le Figaro, l’Élysée espère pouvoir tenir prochainement à Paris une conférence internationale pour « une paix durable ». Nicolas Sarkozy a souligné à Charm el-cheikh sa volonté de « profiter de la dynamique créée par le double cessez-le-feu » pour «aller plus loin».Outre une réunion «à vocation humanitaire», le chef de l’État a annoncé le projet d’une «grande conférence internationale qui permettra d’établir la paix cette année». La première rencontre devrait se tenir en Égypte, vraisemblablement début février, au niveau des ministres des Affaires étrangères. La conférence internationale évoquée par Nicolas Sarkozy serait, elle, «une affaire de semaines», estime-t-on dans l’entourage du chef de l’État. Le porte-parole du parti présidentiel a souligné l’efficacité diplomatique du «couple franco-égyptien».

– Le revirement de la France qui s’apprête à parler avec le Hamas

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a affirmé ce mardi que Paris parlerait avec le mouvement islamiste palestinien quand celui-ci accepterait le processus de paix avec Israël. La France, tout comme l’Union européenne et les Etats-Unis, avait boycotté diplomatiquement et financièrement le gouvernement palestinien lorsque celui-ci était dirigé par Ismaïl Haniyeh, Premier ministre issu du Hamas, après sa victoire aux élections législatives en janvier 2006. Le quotidien « 20 minutes » rappelle que la question du dialogue avec le Hamas divise en France et en Europe. Jean-Pierre Jouyet, alors secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, avait souligné en mars 2008 l’incohérence de la politique des Vingt- Sept sur ce sujet : «Nous devons faire face à nos contradictions. Nous avons encouragé des élections démocratiques, nous avons eu raison. Nous en avons boycotté les résultats, nous avons eu tort».

· L’UE et Israël : visite de Tzipi Livni à Bruxelles

Lors de son passage à Bruxelles mercredi dernier, Tzipi Livni s’est vue pressée de lever le blocus de Gaza en rouvrant les points de passage, révèle un article AFP dans Le Soir.L’Union européenne a proposé de réactiver sa mission d’observation au point de passage de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte -le seul à ne pas déboucher en Israël- et de déployer des observateurs « en d’autres endroits », « si les deux parties sont d’accord et le demandent », selon Javier Solana. Cependant, si la France a souhaité s’adresser au Hamas à titre national, l’UE n’est prête à revoir son refus de considérer le Hamas comme interlocuteur.