13/02/2009

Elections législatives en Israël

Revue de presse – semaine du 9 au 13 février 2009

Mardi, les élections israéliennes ont déstabilisé un peu plus la scène politique de l’Etat hébreu. Les résultats donnent le parti Kadima mené par Tzipi Livni en tête d’un siège sur le Likoud de Benjamin Netanyahu mais c’est ce dernier qui semble le plus à même de former une coalition puisque c’est la droite qui a remporté ces élections (Le Likoud dispose de 65 soutiens potentiels, contre 55 pour Kadima). Le président S. Perès a 28 jours (qu’il peut prolonger de 14 jours) pour désigner celui qui rassemblera une coalition gouvernementale. L’heure est donc aux tractations.

Victoire de l’ (extrême) droite, chute des travaillistes

Les élections israéliennes ont été marquées par trois phénomènes : la droitisation de l’électorat menant à une poussée de la droite extrême, la débâcle du parti travailliste et le morcellement des candidatures.

Une droitisation de la scène politique

Le Likoud (droite) a obtenu 27 sièges (contre 12 avant), la formation d’extrême- droite Israël Beiteinou 15 (11), et le parti ultra- orthodoxe Shass 11 (12). Pour Le Figaro, l’extrême- droite a gagné son pari via le succès du leader Lieberman qui a appelé le futur gouvernement à rejeter toutes négociations ou trêve avec le Hamas.

La débâcle travailliste

D’après La Libre Belgique, ces législatives ont « enterré la gauche idéologique israélienne ». Le parti Meretz n’a que 3 députés sur les 120 de la Knesseth mais la débâcle est surtout celle du Parti travailliste, fondateur de l’Etat juif. Avec ses treize députés, il n’est plus que le quatrième parti du pays. La chute du parti a été progressive : si l’arrogance du parti envers les Séfarades l’a affaibli, sa chute a été précipitée par  manque de leadership et d’idéologie, estime le quotidien belge. Parallèlement, le message travailliste de pacifisme et de socialisme s’est « dilué », s’alignant sur des valeurs de prudence sécuritaire et sur un libéralisme économique « allégé », se plaçant à la traîne de Kadima et n’a plus offert d’alternative idéologique de gauche.

Vers une réforme du scrutin ?

La question d’un changement du mode de scrutin se pose de nouveau dans l’Etat hébreu après les législatives de mardi relève Le Figaro. La multiplication des partis a conduit, depuis une vingtaine d’années, à une instabilité chronique due au système de proportionnelle intégrale. Trente-trois listes étaient en course pour obtenir un siège parmi les 120 de la Knesset et il faut obtenir au minimum 2% pour être représenté. Ehoud Barak, le chef du Parti travailliste et Avigdor Lieberman, le chef d’Israël Beitenou se sont prononcés pour une réforme du système électoral. Or, un projet de réforme visant à introduire une dose de scrutin majoritaire avait été rejeté en 2008.

Des tractations pour quelle coalition ?

En attendant la décision du président Pérès, l’heure est aux négociations et tractations entre partis pour construire une coalition gouvernementale. Etant donnés le morcellement des candidatures et des résultats serrés pour Kadima et le Likoud, la tâche s’annonce compliquée et nombre de scénarios envisageables. Pour Le Figaro, rejoint par nombre de journaux, cinq scénarios sont à prendre en compte :

• Un gouvernement Livni. Selon la logique traditionnelle, la tâche de réunir une majorité devrait revenir à Tzipi Livni, arrivée en tête. Elle avait déjà été chargée en septembre dernier, après son élection à la tête de Kadima, de former un gouvernement et avait échoué, notamment en raison de la défection du Shas, le parti séfarade orthodoxe ce qui avait provoqué les élections anticipées.

• Un gouvernement Nétanyahou à droite. Obéissant à une logique arithmétique, cette possibilité reviendrait à confier à Nétanyahou le soin de former une coalition avec les partis de droite et d’extrême droite. Cependant, il serait ainsi en porte-à-faux avec les USA et « otage » des différentes formations de la coalition.

• Un gouvernement Nétanyahou au centre avec Kadima et le Parti travailliste.

• Une rotation Livni-Nétanyahou : les quatre ans de législatures seraient partagés par deux premiers ministres successifs, Nétanyahou et Livni. Cet étrange système avait été inventé en 1984 pour sortir d’une impasse similaire.

• Une coalition Livni-Lieberman-Barak. Cette hypothèse reste peu probable, notamment en raison de l’opposition des petits partis de gauche.

Dans le quotidien turc Hurriyet, Avraham Diskin, spécialiste en sciences politiques à Jérusalem, explique que T. Livni n’a pas la moindre chance de former une coalition car si Lieberman venait à la soutenir elle perdrait tout appui de la gauche. Par ailleurs, Diskin met en garde contre une coalition strictement de droite qui serait par nature instable.

Selon Haaretz, c’est une coalition Likoud-Kadima-Travaillistes-Israel Beiteinu que proposerait Benjamin Netanyahu qui envisagerait de donner le ministère des finances à Avigdor Lieberman celui des affaires étrangères à Tzipi Livni et celui de la défense à S. Mofaz. Le chef du Likoud aurait déclaré à Haaretz qu’il demanderait à tous de mettre leurs différences de côté pour le bien de l’unité nationale. De son côté, T. Livni, qui compte bien mener elle-même une coalition, a déjà promis à A. Lieberman qu’elle l’appuierait pour introduire le mariage civil dans la législation et changer le système de gouvernement.

Cependant, comme le rappelle le Herald Tribune, Livni, Netanyahu et Lieberman ont des positions divergentes face à la question arabo/palestinienne : Lieberman veut que les Arabes israéliens prêtent serment de loyauté pour obtenir une citoyenneté totale alors que Netanyahu prône une « paix économique » avec les Palestiniens et que Livni envisage la solution des deux Etats.

La Communauté internationale face à ces résultats

Pour  Le Figaro, l’incertitude quant au futur gouvernement a « tempéré les réactions internationales ». Si N. Sarkozy a souhaité que ce dernier « ait l’obsession de la paix » pour sa propre sécurité et via la création d’un Etat palestinien, M. Kouchner a estimé que M. Pérès pourrait appeler « celle qui est arrivée en tête ». Quant à M. Karel De Gucht, ministre belge des affaires étrangères, il a décrit T. Livni, comme son « premier choix » alors que la Maison Blanche n’a communiqué que sur les efforts de paix à faire.

Du côté palestinien, si M. Abbas aurait déclaré au Corriere della Sera qu’ « une fois que le gouvernement sera au pouvoir, et quelle que soit sa forme, la responsabilité et le pragmatisme prévaudront », Haaretz révèle que l’Autorité palestinienne aurait mené une campagne pour l’isolation diplomatique par la communauté internationale du Likoud comme cela a été le cas avec le Hamas. M. Abbas aurait en outre confié ses inquiétudes quant à un gouvernement dirigé par B. Netanyahu lors de sa rencontre avec les dirigeants français, italien et britannique au cours de laquelle il a demandé à ce que les conditions énoncées par le Quartet soient respectées.

Côté américain, il semblerait que la possible accession au pouvoir de B. Netanyahu soit perçue comme négative pour la relation USA/ Israël, expose Haaretz et ce, malgré sa parfaite connaissance des USA et ses contacts. B. Netanyahu aurait laissé de très mauvais souvenirs à Bill Clinton et à son équipe. Par ailleurs, l’un des appuis d’Israël aux USA, le congrès, semble avoir récemment évolué sur la question palestinienne demandant à Obama de soutenir la solution des deux Etats.

Enfin, le New-York Times s’inquiète de l’impact que ces élections pourraient avoir sur les relations USA/ Iran. En effet, si le réchauffement des relations USA/ Iran s’avère solide, l’administration Obama devra négocier avec « un des plus grands adversaires de l’Amérique, tout en contrôlant l’un de ses plus proches alliés ». Si les Iraniens ne se résoudront sûrement pas à renoncer au nucléaire, Israël tiendra sans aucun doute ses positions et ce sera aux USA d’empêcher Israël de mettre à mal les efforts américano- iraniens.