06/02/2009

Elections provinciales en Irak

Revue de presse – semaine du 2 au 6 février 2009

Samedi dernier ont eu lieu des élections provinciales irakiennes. Les précédentes, en 2005, avaient été marquées par des flambées de violence. Cette année, il s’agit pour beaucoup d’analystes d’un « test réussi » pour la nouvelle démocratie irakienne.

Pour le Figaro, ces élections constituaient un « test de viabilité » du modèle irakien émergent. Ce scrutin constitue une étape clé pour l’Irak et tranche avec les précédentes élections provinciales de janvier 2005 qui avaient été boycottées dans leur immense majorité par les Arabes Sunnites et une partie des Chiites. Le résultat de ce boycott avait été de donner l’essentiel des pouvoirs aux partis chiites rentrés d’exil, au Conseil suprême islamique d’Irak (CSII) et au Dawa du premier ministre actuel, Nouri al-Maliki, ainsi qu’aux Kurdes, propulsés à la tête  du nouveau protectorat américain. Les enjeux de ces élections dépassent le strict cadre provincial, rappelle Le Figaro. La Constitution irakienne a été amendée fin 2005. Pour convaincre les sunnites – ulcérés par la fin de leur domination historique – de participer aux nouvelles institutions, une plus grande autonomie financière et politique a été accordée aux provinces irakiennes. Chaque gouvernorat se voit dorénavant attribuer, en fonction de son importance démographique, une part du budget fédéral, et sera maître d’une grande partie de son utilisation. Ces élections n’ont pas eu lieu dans les trois provinces kurdes, Erbil, Souleimaniya et Dohuk, autonomes dans les faits. Ce décalage de calendrier marque une nouvelle étape de la discrète marche vers l’indépendance du Kurdistan irakien.
Après les élections, les spécialistes du Moyen-Orient Antoine Sfeir et Christian Chesnot, auteurs de « Orient, Occident, le choc ? Les impasses meurtrières », commentent les élections dans le contexte actuel dans La Libre Belgique.  A. Sfeir explique  que la société civile au Moyen-Orient connaît une « faim de laïcité », ce que C. Chesnot confirme en s’appuyant sur les résultats des élections irakiennes où les listes des partis religieux ont beaucoup perdu tandis que les listes « laïcs » ont progressé. « L’exemple de l’Irak est fondamental, souligne A. Sfeir. Tout le monde s’attendait, après le maelström bushien, que les islamistes, surtout les chiites de Moqtada Sadr, montent en puissance. Or là, ils ont quand même subi une claque terrible. » Enfin, pour C. Chesnot, si la laïcité reste peut-être encore un « vœu pieux » au Moyen-Orient, le respect du droit international, lui, serait plus facile à réaliser. « Sa non- application encourage les extrémismes. Quand on va au Proche-Orient, les gens ne sont pas forcément antioccidentaux; ils sont surtout opposés au « deux poids, deux mesures »» explique C. Chesnot.
Pour le Figaro, ces élections incarnent une victoire pour le Premier ministre irakien : La liste «Coalition pour l’Etat de droit» patronnée par Nouri al-Maliki domine avec 38% des voix, loin devant les autres, qui n’obtiennent au mieux que 9%, a annoncé jeudi le directeur administratif de la commission électorale. Le premier ministre a appuyé sa campagne sur un discours laïc et sécuritaire et appelé à l’unité nationale. «Maliki est dans une position bien plus forte qu’avant. C’est lui et personne d’autre qui déterminera les prochaines alliances», a estimé Tarek al-Maamouuri, un analyste politique irakien.
L’Arab reform bulletin souligne lui, que la théorie du « wag the dog » a dominé la campagne électorale en Irak. Faisant référence au film américain « wag the dog » sorti en 1997, cette théorie correspond au fait que certains leaders politiques lancent des guerres à l’extérieur pour faire diversion et dissimuler des problèmes intérieurs (concept théorisé par Simmel et Lewis Coser, dont l’hypothèse est de parvenir à une cohésion interne via la « diabolisation» d’un autre groupe). Cette stratégie aurait été largement utilisée en Irak : dès 2005, le premier ministre de l’époque Ayad Allawi avait accusé la Syrie et l’Iran d’être responsables des violences commises en Irak. Cette fois-ci, Nuri al-Maliki a visé l’Arabie Saoudite, comme élément perturbateur. De son côté, Moqtada al-Sadr a considéré les Etats- Unis comme responsables des troubles irakiens, qu’il a assimilés au Premier Ministre Al-Maliki. D’après leNew York Times, cette stratégie a semblé nécessaire à ces leaders suite aux sondages montrant une préférence de la population pour les partis non- religieux.
Le quotidien turc Hurriyet souligne la satisfaction de B. Obama face au déroulement et aux résultats des élections irakiennes. Le représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura a qualifié le vote d’ “historique”. Même si elles n’ont pas été absentes, les violences lors du scrutin ont été relativement isolées. « Al-Maliki a mis fin au règne de la terreur » a déclaré au quotidien un habitant de Basra.
Seule donnée négative face à une large majorité d’articles dans la presse internationale vantant la réussite du scrutin, le Jordan Times rapporte que des plaintes pour fraude électorale ont été déposées dans la province à majorité sunnite d’Anbar. Le député irakien Rafaa Al Issawi a demandé le recompte des voix et la traduction en justice des responsables des fraudes. Si les suppositions d’irrégularités ont été courantes lors du scrutin, le cas d’Anbar a lui suscité une vague de violence entre les tribus et des menaces de représailles. C’est le Parti Irakien islamique, lié aux Frères Musulmans, dirigé par le Vice president irakien Tareq Al Hashemi qui est pointé du doigt pour ces fraudes. Le parti avait pris le control de deux des trois provinces sunnites- Anbar et Salaheddin – lors des élections de 2005. Or c’est le Parti Islamique qui dirige la commission chargée de vérifier la validité du scrutin.

Si ces élections laissent présager l’éventualité d’un Irak démocratique et pacifié et donnent à Al- Maliki la légitimité qui lui faisait jusqu’alors défaut, il convient néanmoins de ne pas perdre de vue les défis auxquels est confronté le pays.