13/02/2009

Israël à nouveau dans l’impasse

Cette semaine a été marquée mardi par les élections législatives israéliennes. Celles-ci ont illustré l’impasse dans laquelle se trouve la scène politique israélienne aujourd’hui. Si Tzipi Livni a arithmétiquement remporté ce scrutin, elle est incapable, comme il y a quelques mois, de rassembler une coalition. Dès lors, on se prend à imaginer toutes sortes de combinaisons qui iraient jusqu’à rassembler dans un même gouvernement Livni, Lieberman, Barak et Netanyahu. Cela reviendrait à coaliser entre autres une soit- disant « colombe », ministre des affaires étrangères soutenue par la communauté internationale, mais qui n’a paradoxalement pas hésité à lancer une offensive sans précédent sur Gaza et un tribun populiste, classé du côté des « faucons », exigeant des Arabes israéliens un serment d’allégeance pour obtenir une citoyenneté complète et opposé à toute négociation avec les voisins arabes. La scène politique israélienne paraît dénaturée et transformée non plus en une arène politique où sont débattues diverses opinions mais en une surenchère de propositions « sécuritaires ».

En effet, la gauche aujourd’hui enterrée, il ne s’agit plus que d’une compétition entre droite et extrême- droite réduisant de fait le champ des propositions. Or, le parti travailliste est à l’origine d’Israël et a apporté avec lui les valeurs fondatrices du nouvel Etat. Créé en 1930 par David Ben Gourion et Golda Meir, fer de lance du mouvement sioniste, le parti a été à la tête du pays durant trois décennies. Il ne possède aujourd’hui plus que 13 sièges à la Knesset. Comment un Etat fondé sur des valeurs et idéaux proches du socialisme peut-il être otage de la droite et de l’extrême droite ? Aurait-on trahi les pères fondateurs d’Israël?

Plus important encore est l’impact que cette élection aura sur la paix au Proche-Orient, déjà plus que malmenée cette année. Si M. Abbas a souligné que quel que soit le gouvernement, « le pragmatisme dominera » il a néanmoins appelé au boycott du Likoud. De leur côté, les Européens ont pour la plupart fait connaître leur préférence pour Tzipi Livni, perçue comme une « colombe » face au « faucon » Netanyahu. Cependant, l’histoire nous a appris que la paix se fait souvent avec les faucons. L’Europe a sans doute oublié qu’un gouvernement Kadima, malgré son image de modéré, a lancé l’offensive sur Gaza, mettant fin au processus de paix en cours.

Le contexte international donne aujourd’hui un gage d’apaisement au Moyen-Orient grâce à un président américain aux positions plus nuancées. Au niveau régional, le régime irakien se relève sur fond d’élections réussies, la Syrie est diplomatiquement de retour tandis que le président iranien semble s’ouvrir aux pourparlers. L’avenir de la région est plus que jamais aux mains des leaders israéliens.

Luce Ricard