20/02/2009

La Mauritanie à Paris pour convaincre la communauté internationale

Revue de presse – semaine du 16 au 20 février 2009

Ce vendredi 20 février, la junte militaire au pouvoir en Mauritanie a présenté sa proposition de sortie de crise à Paris. Le Haut Conseil d’Etat mis en place par la junte dirige le pays depuis le putch du 6 août dernier qui avait chassé le Président élu démocratiquement, Sidi Oud Cheikh Abdellahi. La communauté internationale avait en grande partie condamné cette perturbation de l’ordre démocratique.

On se souvient que le 20 octobre dernier, les représentants de la junte étaient à Paris pour rencontrer les autorités européennes. A cette occasion France 24 rapportait un communiqué de la Présidence française de l’UE disant que « L’Union européenne considère que le coup d’Etat survenu en Mauritanie le 6 août 2008 constitue une violation grave des éléments essentiels (…) de l’Accord de Cotonou », et qu’elle «  n’a pas pu noter de propositions satisfaisantes ». L’UE avait déclaré vouloir entendre les positions du Président Abdellahi et avait laissé un mois à la junte pour faire ses preuves après quoi des sanctions seraient prises.  En outre la présidence française avait conclu que « les activités de coopération en cours seraient limitées aux actions à caractère humanitaire ou bénéficiant directement aux populations et à la mise en oeuvre et aux paiements relatifs aux contrats déjà en exécution qui ne peuvent pas être interrompus ».

A l’expiration de l’ultimatum aucune sanction n’a été appliquée rapporte le site d’informationAfrik.com, et ce malgré une réunion le 21 novembre à Addis Abeba entre l’Union Africaine (UA), l’UE, l’ONU, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et la Ligue arabe. A cette occasion, des membres de l’ancien gouvernement démocratiquement élu en déplacement à Paris ont déclaré soutenir la proposition de Mr Kouchner de sanctions ciblées sur les responsables de la junte. De leur côté des représentants de la junte aussi en visite à Paris avaient déclaré que l’UE ne comprenait pas que le but de la junte n’était pas d’établir une dictature mais de libérer le pays d’un gouvernement corrompu. La junte avait également déclaré que si l’Europe ne la soutenait pas elle se tournerait vers d’autres partenaires commerciaux comme la Chine.

Aucune sanction économique n’a encore été prise par l’UE, qui a même signé un nouvel accord avec la Mauritanie. Celui-ci fut conclu sous la pression de l’Espagne et prévoyait  le versement de 86 millions d’euros en contrepartie annuelle des accords de pêche liant Nouakchott à Bruxelles. L’Espagne est le premier pays exploitant les ressources halieutiques de la Mauritanie.

En décembre la junte cède quelque peu face aux pressions internationales. D’une part, le 21 décembre, elle libère le Président déchu, Sidi Ould Sheikh Abdellahi. Le site Afrik.comsouligne que ce dernier avait passé 136 jours en résidence surveillée à Lemden dans son village natal. La libération avait été convenue au début du mois et devait être appliquée avant le 24 décembre.

Quelques jours plus tard, le Haut Conseil d’Etat fait preuve d’un autre effort pour satisfaire aux exigences de l’Union Africaine et de l’Union Européenne et convie tous les acteurs politiques du pays à des journées de concertation nationales du 27 décembre au 5 janvier pour fixer la date d’une élection présidentielle.

Suite à ces journées, appelées Etats généraux de la démocratie, le parti d’opposition du Rassemblement des Forces Démocratiques s’est opposé aux conclusions. Le 8 janvier dernier, le site Internet d’information Afrique en Ligne rapportait que le leader du RFD, Ahmed Ould Daddah, s’était retiré de la concertation quelques jours avant la fin des travaux, estimant que la junte ne prenait aucune position claire quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles. Le parti d’opposition avait déclaré à cette occasion que cette concertation s’était déroulé « dans une atmosphère de confusion contraire à l’attente des Mauritaniens et dans une ambiance de campagne électorale, avec la bénédiction du pouvoir militaire ».

Le RFD est resté depuis sur ses positions et l’agence de presse Xinhua rapporte qu’il a refusé, mercredi, le plan proposé par la junte pour sortir de la crise. Cette proposition est destinée à être présentée à Paris  ce vendredi. Elle prévoit la démission du Général Ould Abdel Aziz, actuel Président, 45 jours avant la tenue des élections présidentielles le 6 juin prochain.

L’AFP rapporte un communiqué du RFD qui déclare que la démission du chef de la junte « sera une manœuvre cosmétique, inacceptable et de pure forme ». Le mouvement d’opposition accuse le général Abdellahi d’avoir « procédé avec minutie à des aménagements et placé des hommes de confiance aux différents niveaux de l’appareil d’Etat, verrouillant ainsi l’issue de la compétition ».

Du côté international, les résultats de la réunion de vendredi étaient attendus. L’ agenceXinhua rapporte qu’en tant que Président en exercice de l’UA, Mouammar Khadafi a offert une médiation libyenne pour tenter de résoudre la crise en Mauritanie. Son envoyé, M. Medani, a exhorté les forces mauritaniennes à se mettre autour de la table pour parvenir à une solution. Parlant de l’expérience libyenne, il a également mis en garde contre un éventuel transfert du dossier au Conseil de Sécurité des Nations Unies et d’éventuelles sanctions économiques et diplomatiques qui en découleraient.

Selon un communiqué de l’OIF, Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, avait reçu ce mercredi à Paris, Jean Ping, Président de la Commission de l’Union africaine pour aborder la situation des pays en crise dont la Mauritanie. L’Organisation Internationale de la Francophonie a par ailleurs invité le groupe de contact international mis en place pour gérer la crise mauritanienne, ce vendredi 20 février.

En ce vendredi, les conclusions de cette réunion n’ont pas encore été publiées.