27/02/2009

Laïcisation difficile au Liban

Le 11 mars dernier, une circulaire du ministre de l’Intérieur, Ziad Baroud permettait aux Libanais de choisir s’ils supprimaient ou non la mention de leur religion sur leur registre d’état civil, document nécessaire à chaque démarche administrative ainsi qu’au travail.

Dans un pays toujours hanté par la guerre civile et où l’appartenance religieuse est la référence identitaire – 18 confessions sont reconnues – cette mesure est tout sauf anodine. Il s’agit déjà d’une victoire pour les associations demandant depuis des années l’instauration d’un statut personnel civil dans un pays où pour se marier entre personnes de différentes confessions, il faut aller à Chypre. Par ailleurs, dans un contexte mondial de tensions et revendications exacerbées entre communautés religieuses, cette initiative dénote.

« Un pas vers la laïcité » avance Le Point. Symboliquement, certainement car ne pas avoir à se définir selon sa religion permet de ne pas être réduit à une appartenance à une confession mais d’exister en tant que citoyen libanais avant toute autre forme d’allégeance.

Cependant, il serait naïf de voir dans cette mesure un pas vers une « dé-confessionalisation » du Liban.  Pour l’instant, son impact est limité puisque mariages, divorces et héritages sont gérés selon la confession  du citoyen.

Plus largement, un dépassement des cadres communautaires dans les années à venir au Liban est improbable à moins d’une révision complète du système confessionaliste libanais. En effet, la constitution de 1926 implique que le président de la République soit chrétien maronite, le Premier ministre musulman sunnite et le président de  l’Assemblée nationale musulmanchiite. Si le système génère incontestablement de violentes tensions et des blocages, il constitue l’essence du pacte conclu entre les communautés libanaises et la clef de l’équilibre même du pouvoir, de la société et de l’administration.

De fait, ce pas  vers « l’anonymat religieux », comme l’appelle Libération, pourrait-t-il être suivi d’autres pas ou le statut des citoyens est-il dans l’impasse, conditionné par cet ordre propre au Liban ? Peut-on progresser vers un statut civil sans toucher à l’équilibre libanais ou bien, à l’instar de l’URSS de Gorbatchev, le système libanais est-il non-réformable ? Positive car preuve d’une évolution des mentalités et d’une volonté de modernisation, cette initiative devra se voir accompagnée d’une remise en question de l’organisation même de la société et du pouvoir libanais pour se voir donner tout son sens.

Luce Ricard