20/03/2009

5e Forum mondial sur l’eau à Istanbul et l’eau dans la région méditerranéenne

Revue de presse – semaine du 16 au 20 mars 2009

Le 5e forum mondial de l’eau s’est ouvert lundi à Istanbul et doit durer jusqu’à dimanche. A l’ordre du jour,  la mise en garde contre les gaspillages contribuant à une hausse de la demande. Près de 28.000 personnes originaires de plus de 180 pays étaient attendues. L’organisation d’un tel forum répond à un constat simple : la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards en 2050, la demande en eau devrait dès lors augmenter de 64 milliards de mètres cubes par an, selon l’ONU, rappelle La Libre Belgique.

Le site Internet du Plan Bleu – plan d’action sur l’eau en Méditerranée établi sous l’égide du Programme des Nations-Unies pour l’écologie – rapporte les travaux de la « Session méditerranée » qui s’est tenue jeudi au sein du Forum mondial d’Istanbul. Les quatre thèmes principaux de la conférence ministérielle euro-méditerranéenne sur l’eau y ont été exposés : la gouvernance de l’eau, l’adaptation au changement climatique, la gestion de la demande en eau et les ressources en eau non conventionnelles et le financement de l’eau. A l’issue de cet exposé e d’une table-ronde sur le thème de « l’eau et la littoralisation en Méditerranée », un « Message méditerranéen » a été adopté en vue d’établir une vision partagée pour la future Stratégie sur l’eau en Méditerranée.

Le quotidien turc Hürriyet s’est montré préoccupé par ces violences et détaille que l’allemande Ann-Kathrin Schneider et l’américaine Payal Parekh, membres de l’ONG « International rivers » qui ont été arrêtées, s’opposaient au projet Ilýsu Dam dans le sud-est de la Turquie, projet qui a déjà fait déplacer 1000 habitants et détruit des rivières et des cultures. Une lettre de Mme Schneider lue lors d’une conférence de presse dénonçait le fait que l’organisation du forum ne les ait pas laissé exprimer leur opinion. Le directeur politique d’ « International rivers » a lui décidé d’organiser un forum alternatif sur l’eau. Des politiques turcs et étrangers ont dénoncé la violation des droits de l’Homme dont s’est rendue coupable la police turque en arrêtant des militantes pacifistes.

Dénonçant les arrestations abusives et le manque de liberté d’expression, le site Internet de International Rivers souligne que « les préparations des réunions ont été dominées par les exécutifs de l’industrie and les bureaucrates des gouvernements aimant plaider pour plus de barrages sales et risqués ainsi que pour la privatisation de l’eau. Entre temps, les communautés affectées par ces projets et les plus dans le besoin de services en énergie et en eau ont été laissé hors du processsus ».

Par ailleurs, se penchant sur la problématique de l’eau, le quotidien souligne l’exemple du Danemark  en matière d’économies d’énergie. L’ambassadeur danois en Turquie, présent lors du forum, estime que son pays, un des leaders en équipements d’économie d’énergie, pourrait constituer un modèle pour le marché turc. En effet, le Danemark possède la plus faible consommation d’énergie par rapport à son PIB en Europe. L’ambassadeur souligne dansHürriyet l’importance de développer une conscience environnementale chez les consommateurs ainsi que les technologies permettant une plus faible consommation d’eau. Ces dix dernières années, le Danemark a réduit de 40% sa consommation d’eau. Nombre d’entreprises danoises spécialisées dans ce domaine sont d’ailleurs présentes en Turquie, pays qui ne ré- éxploite que 20% de ses eaux usées.

De son côté, Le Monde évoque la question de la corruption qui freine les progrès environnementaux touchant à l’eau. Le quotidien français dénonce la « grande corruption » faite de pots de vin qui permet l’obtention de marchés d’infrastructures mais aussi la « petite corruption » permettant des raccordements ou exemptions. Pour Le Monde, c’est à la société civile de briser ce cercle de corruption pour lutter contre la pollution.

Cette rencontre fait écho à la conférence de l’UNESCO du 29 mai 2008 : « face aux crises de l’eau dans le bassin Méditerranéen, quel rôle pour l’Union européenne ? »
Les travaux de la conférence s’étaient intéressés à l’eau en tant que :

• enjeu de gouvernance (le rôle de l’Etat/du privé ; la bonne gouvernance ; la coopération internationale/décentralisée ; la participation de la société civile)
• enjeu socio-économique (la répartition des ressources en eau ; le choix du mode de développement économique ; le financement des infrastructures)
• enjeu écologique (la pollution de l’eau ; le changement climatique ; la perte de biodiversité; la désertification)
• enjeu sanitaire (les maladies liées à la pénurie ou à la mauvaise qualité de l’eau)
• enjeux scientifique et technique (l’amélioration de l’efficacité de l’approvisionnement ; les nouvelles technologies plus économes en eau ; la désalinisation)
• enjeu de stabilité et de paix (les conflits ; l’insécurité alimentaire; les migrations)

Les participants avaient néanmoins rappelé que malgré le fait que les questions d’eau soient un enjeu majeur pour le développement de la région, elles jouent un rôle marginal dans la coopération euro- méditerranéenne, dominée par les questions économiques et migratoires. Les problèmes d’accès à l’eau et l’assainissement sont souvent envisagés sous l’aspect technique, ignorant leur dimension sociale et politique.

 

+ Dossier spécial sur l’eau dans le Med.2008, le Yearbook de l’IEMED et de CIDOB

L’eau en Méditerranée est un thème de plus en plus abordé par les médias et études qu’il s’agisse de l’eau en tant que ressource épuisable, en tant qu’enjeux de dépollution ou en tant que source d’énergie. L’Union pour la Méditerranée mettant l’accent sur la dépollution du bassin méditerranéen et l’environnement, le semestre de présidence française de l’UE a connu nombre de conférences liées au sujet.

C’est la cinquième année que la Fundació CIDOB et l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed) publient un Annuaire de la Méditerranée, développant différentes perspectives et soulignant les processus de transformation des « réalités méditerranéennes ». Cette année, un dossier spécial a été consacré à l’eau en Méditerranée. Il tourne autour de la prospective, de la valeur économique de l’eau, de la coopération, des conflits, d’études de cas, de la participation politique et des changements climatiques en Méditerranée.

Etat des lieux

Le dossier de l’IEMED comporte des articles rappelant la gravité de la situation en Méditerranée et l’urgence à adopter des nouvelles mesures  concernant l’eau.

Ressources et demandes en eau : prévisions pour l’avenir de l’eau en Méditerranée, Mohammed Blinda

Dans son article, M. Blinda rappelle que l’eau en Méditerranée se caractérise par une inégale répartition et que sa gestion dans cette zone est pour l’instant caractérisée par des modes non durables de production et de consommation, sans prise en compte du long terme avec des politiques principalement orientées vers l’offre. De ce fait, les recommandations de l’atelier régional organisé par le Plan Bleu et ses partenaires, adoptées par la Commission Méditerranéenne de Développement Durable (mai 2007) puis par l’ensemble des pays méditerranéens et la Communauté européenne à l’occasion de la 15e réunion des Parties Contractantes à la Convention de Barcelone (janvier 2008) ont mis l’accent sur la nécessité d’inscrire la gestion de la demande en eau (GDE) au rang de priorité stratégique nationale, d’en assurer la promotion et d’en coordonner la déclinaison, le suivi et l’évaluation dans les différentes politiques sectorielles notamment agricole, énergétique, touristique, environnementale et d’aménagement du territoire.
Lire l’article pour en savoir plus : http://www.iemed.org/anuari/2008/farticles/f75.pdf

La gestion de l’eau dans les pays méditerranéens de l’Union européenne, Juan Cánovas Cuenca

Cet article met en avant l’angle juridique selon lequel l’UE aborde la question de l’eau.
En effet, le traité instituant l’Union européenne s’attache avant tout à l’ordre juridique relatif aux eaux sur son territoire. Le titre XIX, relatif à l’environnement, se réfère aux ressources naturelles, dont l’eau. L’article 175.2.b) donne au Conseil la possibilité d’adopter, sur proposition de la Commission et à l’unanimité, des initiatives touchant à la gestion quantitative des ressources en eau, à la condition d’avoir auparavant consulté le Parlement européen, le Comité économique et social et le Comité des régions. La directive cadre européenne sur l’eau considère elle que l’approvisionnement en eau constitue un service d’intérêt général, ce qui exige un effort spécial de la part des institutions communautaires et des États membres pour que ce service soit fourni avec les garanties suffisantes. On entend par « approvisionnement » la fourniture suffisante en eau, de surface ou souterraine, de qualité appropriée, à chaque demande des agents sociaux et économiques.
Lire l’article pour en savoir plus : http://www.iemed.org/anuari/2008/farticles/f85.pdf
Eau et coopération : quelles perspectives ?

L’eau en tant que source de conflits entre Etats peut aussi se révéler source de coopération et de dialogue. Le dossier de l’IEMED aborde différents cas de gestion de partage de l’eau.

Gestion des bassins partagés (conflit contre coopération) : le bassin du Nil, une étude de cas, Tarek Majzoub

Pour M. Majzoub, face aux défis de l’augmentation démographique, de l’urbanisation galopante, de l’industrialisation et des dégradations de l’environnement, la gestion des bassins partagés se révèle être une gestion des conflits. Il s’intéresse particulièrement au cas du Nil qui constitue une ressource cruciale pour les dix États de son bassin qui sont parmi les plus pauvres au monde et son bassin intéresse environ 300 millions de personnes, dont 160 millions dépendent directement de ses eaux.

L’accord-cadre de coopération du bassin du Nil, conclu à la 15e réunion ordinaire de 2007 du Conseil des ministres des ressources en eau des États du bassin du Nil (Nile-COM) à Entebbe, marque en ce sens une étape importante dans le renforcement de la coopération nilotique : une fois ratifié, cet accord sera le premier instrument regroupant tous les États du bassin du Nil et servira d’exemple pour le règlement d’autres conflits en Méditerranée. Dans les années 1990, l’Egypte a encouragé la coopération autour des eaux du Nil mais a essuyé de nombreux échecs. Lors de la réunion en février 1999 à Dar es-Salaam, les neuf États du Nile-COM ont donné naissance à l’Initiative du Bassin du Nil avec le soutien de la Banque mondiale et du programme des Nations unies pour le développement. Cette initiative a donné lieu au développement de nombre de projets facilitant entre autres l’investissement, la mise en place de réseaux culturels, l’implication des autorités et de la société civile et surtout une confiance retrouvée entre les parties prenantes.
Lire l’article pour en savoir plus :http://www.iemed.org/anuari/2008/farticles/f139.pdf
Gestion des bassins partagés, opposition ou coopération : Israël-Palestine, une étude de cas, Julie Trottier

Le cas israélo- palestinien étudié par Mme Trottier apporte la vision d’un autre type de conflit lié à l’eau. Elle y explique que la situation de l’eau dans la région se caractérise par une gestion extrêmement centralisée en Israël, un système institutionnalisé depuis 1950, et une gestion extrêmement décentralisée dans les territoires palestiniens. Lors de tentatives d’accords liés à la gestion de l’eau dans la région seule la dimension quantitative a été abordée, négligeant le caractère limité d’une telle ressource. Entre la sécheresse, la dégradation de l’environnement et de la qualité de l’eau, une offre en eau grandissante en Israël sans partage avec les Palestiniens permet d’envisager une situation de plus en plus tendue dans la région.
Lire l’article pour en savoir plus :http://www.iemed.org/anuari/2008/farticles/f146.pdf
Vers une stratégie euro- méditerranéenne de l’eau ?, Iván Martín

Dans cet article M. Martin envisage le développement d’une stratégie euro- méditerranéenne de l’eau pour faire face à la situation préoccupante actuelle.
Rappelant le contexte des 30 millions d’habitants des pays partenaires méditerranéens n’ayant pas accès à l’eau potable et des 35 millions n’ayant pas accès à des infrastructures d’assainissement. Les prévisions ne sont guère optimistes : le programme des Nations unies pour le développement avance déjà que les pays arabes ne réaliseront pas l’Objectif du Millénaire pour le Développement consistant à « réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable». La question de l’eau doit cesser d’être abordée, comme un simple problème environnemental : elle est un facteur essentiel du développement économique et aussi une question sociale de premier ordre.
En 2007 et 2008, le débat relatif au projet de l’Union pour la Méditerranée a reposé la question de l’eau comme priorité politique. Mandat a été donné à la Conférence ministérielle euro- méditerranéenne sur l’eau d’octobre 2008 à Amman de définir une « stratégie méditerranéenne de l’eau » capable de promouvoir la préservation des ressources en eau, la diversification des sources d’approvisionnement en eau et une utilisation efficace et durable de l’eau. d’après les experts, les trois éléments fondamentaux d’une stratégie euro- méditerranéenne de l’eau devraient être les suivants : une rationalisation institutionnelle ; une politique cohérente d’investissements en infrastructures de dessalement, de distribution et d’assainissement ainsi que d’irrigation  et une politique de gestion intégrée de l’eau.
Lire l’article pour en savoir plus :http://www.iemed.org/anuari/2008/farticles/f153.pdf