12/03/2009

La nouvelle politique de dialogue de Barack Obama

Revue de presse – semaine du 9 au 12 mars 2009

Gerald Papy souligne dans La Libre Belgique de lundi les changements à venir dans la politique moyen-orientale de la nouvelle administration américaine : possibilité de dialogue avec des talibans modérés pour combattre Al Qaeda en Afghanistan, invitation de l’Iran à une conférence sur l’Afghanistan fin mars, et ouverture des discussions avec la Syrie. Selon lui, seul l’avenir nous dira si ces mesures auront été efficaces ou naïves.
Nommé il y a trois semaines comme conseiller spécial d’Hillary Clinton pour la région du Golfe persique et de l’Asie du Sud Ouest, Denis Ross avait décrit la nouvelle tendance dans la région comme celle d’associer « un plus gros bâton et une plus grosse carotte » (RFI, 24/2), ce qui signifie de plus grosses sanctions mais des offres plus alléchantes aussi.

Quel rôle pour l’Europe ?

Par contre le temps de l’unilatéralisme bushien est bel et bien révolu. En témoigne la visite de Joe Biden à l’OTAN et l’UE à Bruxelles en début de semaine. Le Vice-Président américain a invité les Européen à s’investir davantage dans la guerre en Afghanistan arguant que « nul ne peut fuir ses responsabilités face aux menaces qui s’accumulent dans la région ». Dans Le Figaro de mardi Jean-Jacques Mével attire l’attention sur le fait que si l’approche a des dehors conciliants, Washington fait montre également de plus d’exigences vis-à-vis de ses partenaires européens. Interrogé la veille par le même quotidien, Bernard Kouchner rappelle que les Européens sont des « amis et alliés des Américains mais pas des suivistes » et que la diplomatie française de ces deux dernières années avait réussi à ouvrir la voie à un certain nombre d’initiatives comme le dialogue avec la Syrie. Pour ce qui est du reste de la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient, le ministre des affaires étrangères français exprime le soutien de la France au dialogue avec l’Iran et la nécessité de s’occuper de l’Afghanistan. Quant aux Palestiniens, il rappelle que la seule condition de soutien au futur gouvernement d’union nationale sera une reconnaissance des accords de paix préalables et de l’Initiative de paix arabe. Il souligne néanmoins l’importance de la participation du Hamas.

Remodelage de l’équilibre interarabe

Le Monde reprend les propos de Mr Abdel Monem Saïd, directeur du célèbre centre d’études politiques et stratégiques Al Ahram au Caire. Selon ce dernier, « l’Amérique entre enfin dans l’ère post-11-Septembre » et les changements à venir vont remodeler l’équilibre interarabe existant. On a ainsi déjà pu observer, un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et la Syrie, en froid depuis l’assassinat du premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005, mais aussi un profil bas du Qatar qui se positionnait ces derniers temps dans un « front arabe du refus » en s’opposant à la politique égyptienne par rapport à Israël.

Dans le Washington Times, Nader Saeed, professeur de sociologie à l’Université de Bir-Zeit (Cisjordanie) exprime ses craintes que l’administration d’Obama ne se concentre que sur l’axe Iran-Afghanistan-Pakistan, oubliant par là le processus de paix israélo-palestinien. Mohamed Sadeq Husseini du Arab-Iranian Forum for dialogue se dit lui persuadé de la participation de l’Iran à la future conférence sur l’Afghanistan, car la main-mise des talibans sur des zones frontalières avec l’Iran représente également un danger pour lui.

Le futur des relations irano-américaines ne semble pourtant pas aussi certain puisque le quotidien turc Hürriyet rapporte que l’Iran a rejeté une proposition de médiation turque dans son dialogue avec les Etats-Unis. Selon l’ayatollah Khamenei, les Etats-Unis poursuivent sur le même chemin et n’ont pas reconnu leurs fautes passées en Irak, Afghanistan et actuelles à Gaza. Le président turc Abdullah Gül se dit quant à lui optimiste sur le futur des relations entre Washington et Téhéran parce que selon lui « une atmosphère de confiance peut être créée par des comportements qui montrent qu’on est sincère ».

Israël réassuré

Malgré tous les efforts diplomatiques américains vers les ennemis d’Israël, ce dernier n’a cependant pas rien à craindre puisque l’aide militaire américaine à l’Etat hébreu sera maintenue. Haaretz annonce que l’aide de 30 milliards $ promise à Ehud Olmert ne sera pas remise en question que ce soit pour des raisons économiques ou politiques. Le quotidien souligne néanmoins que la nouvelle administration américaine désire que le nouveau gouvernement israélien se lance dans le processus de paix avec les Palestiniens.

Haaretz annonce aussi que des contacts ont eu lieu entre le Likoud et les Syriens avant les élections. Selon le quotidien israélien, les deux côtés semblent prêts à se réengager dans un processus de paix qui résolvent les problèmes du Golan, ainsi que celui de fermes de la Shebaa.

L’ère Obama va définitivement modifier les équilibres moyen-orientaux, ce qui peut mener à un apaisement comme à des tensions. Pour reprendre les paroles de Gerald Papy (LLB, 9/3), seul l’avenir pourra nous dire si toutes ces mesures sont naïves ou efficaces.