27/03/2009

Le choix controversé d’Ehud Barak

Ehud Barak a remporté son pari au sein du parti travailliste qui a accepté qu’il  intègre le gouvernement de droite et d’extrême droite de B. Netanyahou après des concessions plutôt floues par le chef du Likoud sur la paix avec les Palestiniens. Si cet accord semble constituer une victoire pour Ehud Barak, il pourrait aussi constituer l’arrêt de mort du parti travailliste. En effet, ce dernier s’est divisé sur cette participation. La jeune garde du parti se sent trahie et ne fera aucun cadeau au futur gouvernement.  Les partisans de Barak au sein des travaillistes seront considérés comme des traîtres par une partie de leur électorat alors que leurs opposants au sein du parti hésitent encore à faire scission, sans doute par crainte d’être invisibles au sein d’une opposition largement dominée par Kadima.

Si pour beaucoup ce choix paraît « contre-nature », la décision d’Ehud Barak ne paraît être dictée que par sa volonté de « rester aux affaires » plutôt que par le souci revendiqué de faire valoir les valeurs travaillistes au sein d’un gouvernement de droite, valeurs que le ministre de la défense semble avoir depuis longtemps mises de côté. Il semblerait que son intégration au gouvernement constitue plutôt un alibi pour Netanyahou face au Président Obama, soucieux de l’impact sur la paix d’un tel retour de la droite au pouvoir. Après des résultats catastrophiques aux dernières élections législatives, la descente aux enfers du parti travailliste semble donc se poursuivre.

Pourrait envisager une refonte du parti par la « jeune garde » du parti travailliste? Celle-ci s’est en effet sentie trahie par un ministre de la défense dont l’idéologie « travailliste » reste difficile à cerner et qui sacrifie son parti à sa carrière. Il n’est pas impossible d’imaginer que si un parti de gauche se reformait, se dotant d’une réelle identité travailliste et se libérant de l’ancrage ashkénaze que le parti a toujours eu, il pourrait attirer une partie de l’électorat deKadima. En effet, si le leadership de Kadima est  majoritairement issu du Likoud, son électorat est lui surtout issu de la gauche. Enfin, à l’heure où Israël se dote d’un gouvernement très marqué à droite, en pleine crise économique mondiale, un parti de gauche pourrait constituer une voix entendue par une partie de la population.

Autre conséquence du choix d’Ehud Barak, le soutien d’une petite moitié du parti travailliste au futur gouvernement laisse présager de nombreux blocages de la vie politique israélienne, blocages qui ne seront qu’amplifiés par la multitude de partis d’extrême droite qui constituent la coalition hétérogène dite d’ « union nationale » de B. Netanyahou. Le chef du Likoud aura la  tâche périlleuse de ménager à la fois ses soutiens travaillistes, la nouvelle administration américaine et les partis de droite et d’extrême-droite.

Le gouvernement est donc fragilisé dans sa constitution même. Or, le premier dossier qu’il aura à gérer sera celui de Gaza, qui s’avère de plus en plus gênant pour l’Etat d’Israël maintenant que des soldats de Tsahal ont dénoncé leurs propres crimes de guerre sur des civils palestiniens. Reste à savoir si le nouveau gouvernement israélien sera suffisamment solide pour faire face à un tel défi.

Luce Ricard