20/03/2009

L’eau, un enjeu écololgique, géopolitique et socio-économique au Moyen-Orient

Le 5e Forum mondial sur l’eau tenu cette semaine à Istanbul nous rappelle l’importance de cette ressource. Au Moyen-Orient, l’eau pose un défi majeur, à la fois écologique, mais également – et on pourrait même dire surtout – géopolitique et social.

Les ressources hydrauliques constituent un des enjeux principaux pour les pays du bassin méditerranéen. Le prouvent les nombreux projets et conférences ayant pris place cette année autour du thème de l’eau en Méditerranée. Parmi ceux-ci, la nouvelle Union pour la Méditerranée créée en juillet 2008 réserve à l’eau une place importante et prévoit une coopération méditerranéenne en ce qui concerne la dépollution de la Mare Nostrum mais aussi les problèmes d’accès à l’eau et de gestion de l’eau pour l’irrigation.

La perspective de ces projets donne une image un peu idyllique d’une réalité bien plus complexe. Si beaucoup semblent s’accorder sur les aspects écologiques liés à l’eau, la plupart des gouvernements pratiquent la langue de bois sur les enjeux géopolitiques et socio-économiques qui y sont liés.

Outre le conflit israélo-palestinien dans lequel l’accès aux nappes aquifères représente un aspect de plus en plus saillant, d’autres conflits sont liés à l’eau au Moyen-Orient : celui qui oppose Israël à la Syrie du fait de l’occupation israélienne des Hauteurs du Golan riche en ressources aquifères mais celui qui oppose la Turquie aux pays se situant en aval du Tigre et de l’Euphrate (Syrie et Irak) à cause du projet GAP (Guneydoðu Anatdolu projesi). Le projet turc contient en outre un autre effet non-négligeable : situé dans le Sud-est anatolien, le projet GAP est selon beaucoup une manière d’attirer une forte immigration turque dans une région majoritairement kurde et d’ainsi noyer les velléités d’autonomie de ces derniers. Sous l’angle géopolitique, l’or bleu sera bientôt à mettre que le même pied que l’or noir.

En marge du Forum mondial sur l’eau, des organisations ont dénoncé le voile mis sur toutes ces questions par les gouvernements et patrons d’entreprise participants. L’arrestation de deux de leurs représentantes prouve le malaise du gouvernement turc face à ces critiques. Ces dernières portent non seulement sur le côté risqué et non-écologique des barrages, mais sur les problèmes d’égalité d’accès aux ressources énergétiques et hydrauliques qu’ils produiront. Nombreuses sont ainsi les questions socio-économiques qui se poseront si l’eau continue à répondre à la logique de marché.

Le temps est donc venu de s’attaquer au problème de l’eau en Méditerranée, mais cela sans tabous. Sans une action concertée, responsable et durable, l’eau en effet deviendra un enjeu géopolitique, un produit économique, et une question sociale alors qu’elle représente avant tout un élément essentiel pour la vie de tout être humain.

N.J.O.