06/03/2009

Redistribution des cartes au Moyen-Orient

Cette semaine, la nouvelle Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton s’est rendue en Israël. Sans surprise, elle a rappelé l’attachement des Etats-Unis à l’amitié américano- israélienne. Cependant, fait marquant après huit années « d’administration Bush », elle n’a pas ménagé ses efforts pour rappeler aux Israéliens leurs devoirs, voire critiquer les violations du droit international par l’Etat hébreu. Au moment où Israël semble prêt à se doter d’un gouvernement alliant la droite dure à l’extrême droite, l’administration américaine semble se faire plus soucieuse de la paix et des Palestiniens. Ce décalage pourrait mener à une crispation israélo- américaine que B. Netanyahu aurait la lourde tâche de surmonter à moins que les Etats-Unis n’agissent comme une sorte de « modérateur » sur le nouveau gouvernement israélien.

Autre événement qui permettrait de croire en une possible amélioration de la situation proche- orientale, le lancement du Tribunal Russell pour la Palestine visant à « prononcer un jugement moral dans les cas où les lois en vigueur ne consentent pas de procès et de jugements normatifs ».  Cette forme de tribunal naît de l’indignation de personnalités et de la société civile face à l’impunité d’Etats ou d’individus coupables de crimes de guerre.  Une telle initiative témoigne de ce fait d’une prise de conscience collective des torts du gouvernement israélien ainsi que d’une volonté de cesser de fermer les yeux sur une réalité proche-orientale de plus en plus présente dans les médias mais également au sein même des sociétés européennes.

De là à voir dans cette nouvelle combinaison d’administrations et ce refus de laisser l’Etat Hébreu impuni après son opération « plomb durci » un espoir pour la Palestine, il y a un pas qu’il serait difficile de franchir aujourd’hui. En effet, si la conférence des donateurs de Charm-El-Cheikh cette semaine a permis de rassembler 4,5 milliards de dollars pour la reconstruction de Gaza, cette somme ne sera pas allouée à ceux qui sont aujourd’hui aux commandes de Gaza : le Hamas. Les limites de « l’ouverture » des puissances internationales semblent résider dans ce refus répété de traiter avec le parti élu en 2006 après des élections démocratiques encouragées par ces mêmes puissances. Cette nouvelle « mise en quarantaine » du Hamas à Charm-El-Cheikh n’a d’ailleurs fait qu’exacerber les tensions Hamas/Fatah. Le retour du Hamas comme acteur effectif sur la scène politique palestinienne et internationale via la constitution éventuelle d’un gouvernement d’union nationale ne se fera pas sans mal, la réconciliation palestinienne se voyant « parasitée » par des puissances extérieures.

Entre soutien occidental au Fatah et soutien iranien au Hamas, entre soutien moral et déclaratoire à la Palestine et soutien réel à Israël, les grands perdants demeurent les Palestiniens.

Luce Ricard