06/03/2009

Tribunal Russell, conférence des donateurs, H.Clinton en Israël

Revue de presse – semaine du 2 au 6 mars 2009

Cette semaine a été marquée par une actualité proche-orientale particulièrement riche puisqu’elle a vu le lancement du Tribunal Russel sur la Palestine le mercredi après la conférence des donateurs pour la reconstruction de la Palestine à Charm-El-Cheikh ce lundi alors que la nouvelle Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton se rendait en Israël mardi. Il s’agit pour la Palestine d’événements décisifs pour son avenir que ce soit concernant sa reconstruction après l’opération « Plomb durci », les poursuites auxquelles s’expose Israël ou l’influence que la nouvelle administration américaine compte avoir sur le futur gouvernement israélien.
Le Tribunal Russell sur la Palestine

Le Tribunal Russell sur la Palestine a été lancé mercredi lors d’une conférence de presse à Bruxelles, rapporte l’agence Belga. Dans l’esprit du Tribunal Russell sur les crimes de guerre au Vietnam, le Tribunal Russell sur la Palestine vise à « réaffirmer la primauté du droit international comme base de règlement du conflit israélo-palestinien ». Des comités d’experts et de témoins sont aujourd’hui chargés d’établir les faits et l’argumentaire juridique qui sera soumis au Tribunal. Une fois les dossiers d’accusations constitués et les témoins auditionnés, les sessions du tribunal seront organisées début 2010 dans plusieurs capitales. Un jury composé de personnalités reconnues sera ensuite chargé d’avancer des conclusions. En tant qu’initiateurs du projet, Ken Coates, Président de la Fondation Bertrand Russell pour la paix, Leila Shahid, Déléguée Générale de la Palestine auprès de l’Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg et Nurit Peled, Prix Sakharov pour la Liberté de Pensée, ont présenté l’historique et les raisons qui les ont menés à demander la constitution de ce Tribunal.
Pour Info-Palestine,  Il ne s’agit pas pour ce tribunal de dire le droit puisque d’autres instances faisant autorité l’ont déjà exprimé, notamment la Cour Internationale de Justice, dans son avis sur les conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé (…) Il s’agit plutôt de se pencher sur l’inapplication du droit alors même qu’il a été si clairement identifié.

Le blog Free Palestine du Mouvement citoyen pour la Palestine rappelle l’historique du Tribunal Russell qui a siégé pour la première fois sous la présidence de Jean-Paul Sartre à Stockholm en 1967 et portait sur l’agression par le gouvernement américain de la population vietnamienne. Ce tribunal a vu le jour suite à la révolte d’intellectuels face à l’impunité des Etats Unis après la Guerre du Vietnam. (parmi eux Bertrand Russell, Lelio Basso, Guenther Anders, Jean-Paul Sartre, James Baldwin, Simone de Beauvoir, Lazaro Cardenas, Stokely Carmichael, Isaac Deutscher, Gisèle Halimi, Laurent Schwartz). L’objectif d’un tel tribunal était de « prononcer un jugement moral (tribunal des consciences) dans les cas où les lois en vigueur ne consentent pas de procès et de jugements normatifs ». Le Tribunal Russell sur le Vietnam a eu un impact important dans l’opinion publique internationale en produisant un travail d’expertise rigoureux et en s’appuyant sur une médiatisation forte suscitée par les personnalités intellectuelles et artistiques impliquées dans le mouvement.

Dans les années 70, le Tribunal Russell II, présidé par Lelio Basso, tint trois sessions à Rome, Bruxelles puis Rome pour statuer sur l’impunité dont bénéficiaient les auteurs de crimes contre l’humanité en Amérique Latine.

La conférence des donateurs à Charm-el- Cheikh pour la Palestine

L’ouverture du tribunal Russell a eu lieu dans un contexte particulier puisqu’elle a suivi de près la conférence des donateurs de Charm-el-Cheikh pour la reconstruction de la Palestine.

Le 2 mars, Charm El Cheikh a accueilli une conférence des donateurs à laquelle ont pris part 75 délégations du monde entier pour mobiliser 2,8 milliards de dollars d’aide à la reconstruction de Gaza. Cependant, la conférence a permis de lever près du double de la demande palestinienne avec pas moins de 4,481 milliards de dollars pour les deux prochaines années, expose le journal algérien El Watan. Néanmoins, les donateurs ont promis ces sommes contre la garantie que cet argent n’irait pas au Hamas. En outre, les participants se sont accordés à dire qu’il ne peut y avoir de reconstruction sans poursuivre le processus de paix. « Les efforts de reconstruction et de développement resteront insuffisants, impuissants et menacés en l’absence d’un règlement politique », a souligné Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Ce dernier a lancé un appel au président américain Barack Obama pour agir et « sauver le processus de paix au moment où Israël s’apprête à se doter du cabinet le plus à droite de son histoire ». Le président français a souhaité la tenue dès ce printemps, en Europe, d’un sommet de relance de la paix. « Il faut encourager les parties à fixer un calendrier aboutissant avant la fin de cette année, à la signature d’un accord et à la création d’un Etat palestinien viable, démocratique, moderne, vivant aux côtés d’Israël. » Pour le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, la priorité devrait aller à la réouverture des points de passage de la bande de Gaza contrôlés par Israël, soutenu par les entrepreneurs et hommes d’affaires palestiniens de Gaza. Une réunion du Quartet (ONU, UE, USA, Russie) s’est tenue en marge de la conférence des donateurs pour relancer l’idée d’un gouvernement d’union nationale palestinien.

Une dépêche AFP a rappelé l’indignation du Hamas face aux conclusions de la conférence. « Les participants à la conférence de Charm el-cheikh, en tête desquels l’administration américaine, se sont servis de l’énorme besoin de reconstruction de la bande de Gaza à des fins politiques pour exercer des pressions et un chantage sur le Hamas », a affirmé le porte-parole du mouvement islamiste dans un communiqué, rapporte l’AFP. Selon le Hamas, la conférence n’a pas donné de détails sur « les mécanismes ou un calendrier » de reconstruction, ni pris de « décisions concrètes pour mettre fin à la souffrance de la bande de Gaza, lever le siège israélien et ouvrir les points de passage » de ce territoire avec l’extérieur.

La Secrétaire d’Etat américaine en Israël

C’est aussi concernant la relation entre la nouvelle administration américaine et le futur Premier ministre B. Netanyahu que la semaine a été particulièrement attendue. En effet, mardi, la nouvelle Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton s’est rendue en Israël. Elle a réaffirmé la nécessité de créer un État palestinien, une solution qu’elle a présentée non seulement comme «inévitable», mais aussi «dans l’intérêt d’Israël», rapporte Le Figaro. Solution à laquelle B. Netanyahou reste pour l’instant opposé. Cependant, étant soucieux d’éviter une crise avec l’allié américain, Benyamin Netanyahou a tenté lors de leur entrevue de trouver une formule suffisamment vague pour apaiser les États-Unis sans rompre avec ses alliés politiques. A propos de l’Iran, considéré comme la première menace par les dirigeants israéliens, Hillary Clinton s’est voulue rassurante alors que les responsables israéliens disent vouloir obtenir des garanties sur le dialogue que Barack Obama entend engager avec Téhéran, Tzipi Livni affirmant que les sanctions économiques imposées jusqu’à présent par la communauté internationale à l’Iran restent «inefficaces». L’État hébreu a de son côté insisté sur la nécessité de n’exclure «aucune option», y compris une attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes.

Le quotidien israélien Haaretz rappelle qu’Hillary Clinton a dénoncé mercredi le projet israélien de démolir des maisons palestiniennes de Jérusalem Est en tant que violation de ses obligations internationales et « n’aidant pas aux efforts de paix au Moyen-Orient ».  La Secrétaire d’Etat a également rappelé son soutien solide à M. Abbas, déclarant que « l’Autorité palestinienne est le seul gouvernement légitime du peuple palestinien ». Mme Clinton a par ailleurs critiqué le plan de « paix économique » prôné par
Benjamin Netanyahu, une initiative économique sans solution politique n’ayant aucune chance de réussir selon elle. Hillary Clinton a tenu à rappeler aux Israéliens que l’Etat hébreu devait tenir ses engagements relatifs à la Feuille de route, ce qui implique le gel des constructions de colonies. La Secrétaire d’Etat a affirmé que Washington continuerait à soutenir Israël et son nouveau gouvernement mais n’hésiterait pas à exprimer ses positions.

Le New-York Times s’intéresse lui aux conséquences sur la Syrie de la nouvelle administration Obama. Selon lui, en cherchant un accord d’apaisement avec la Syrie, qui a entretenu des liens avec l’Iran, les Etats- Unis pourraient ainsi accroître la pression sur l’Iran afin de le pousser à répondre à leur offre de négociations directes. De tels accords donneraient aux Etats arabes et aux Palestiniens modérés la couverture politique suffisante pour négocier avec Israël, affaiblissant le Hamas. « Nous avons un gouvernement syrien qui veut s’engager » déclare dans le NY Times Martin S. Indyk, ancien ambassadeur en Israël et négociateur pour la paix dans l’administration Clinton. Néanmoins, l’opinion publique israélienne témoigne d’une large opposition au retour du plateau du Golan à la Syrie.