17/04/2009

Arrestation en Egypte de membres du Hezbollah

Revue de presse – semaine du 13 au 17 avril 2009

Comme le confirme Le Monde, le 8 avril, le procureur de l’Etat égyptien a annoncé le démantèlement d’une cellule du Hezbollah en Egypte, accusant Hassan Nasrallah d’avoir « appelé à recruter des membres pour le mouvement (…) pour mener des actes d’agression (en Egypte) ».  Depuis, les attaques contre le Hezbollah, notamment dans les journaux égyptiens, se sont multipliées, traitant entre autres le dirigeant du mouvement de « singe » et de « criminel endurci ». Selon la presse égyptienne, cette cellule du mouvement préparait des opérations terroristes contre les touristes israéliens de cités balnéaires égyptiennes du Sinaï. Le Hezbollah chercherait ainsi à venger la mort d’Imad Moghniyeh, chef militaire du mouvement, tué à Damas en février 2008 probablement par les services secrets israéliens.

Après la publication de ces arrestations, le Hezbollah a avoué opérer en dehors du Liban, ce qu’il n’avait jamais fait. Cependant, le mouvement a expliqué que cette cellule envoyée en Egypte n’avait pour objectif qu’aider les milices palestiniennes de Gaza.

Hassan Nasrallah a souligné le 10 avril qu’il était de notoriété publique le Hezbollah fournit depuis longtemps des armes aux Palestiniens.

Un des mystères de cette affaire réside dans le fait que ces arrestations aient eu lieu il y a quatre mois et n’aient été révélées que ces derniers jours.

Réactions régionales

D’après le Monde, la publicité qu’a donné l’Egypte à cette affaire a permis à ces arrestations de devenir un sujet de débat régional. En Syrie, Al-Watan a dénoncé la réaction égyptienne comme constituant « une campagne qui recoupe les intérêts d’Israël ». De son côté, l’Arabie saoudite a salué la position égyptienne.

Autre réaction, celle en Israël du ministre des transports, Israël Katz, proche de B. Netanyahou, qui a appelé à l’élimination physique du dirigeant libanais du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Le ministre a aussi indiqué que son gouvernement tenterait de mettre en place un nouveau mur de séparation entre la bande de Gaza et Israël. Il a estimé que son pays ne devait plus exercer la moindre responsabilité civile dans la bande de Gaza, notamment concernant le passage de marchandises, responsabilité qui incomberait selon lui à l’Egypte.

Par ailleurs, le président égyptien Moubarak aurait appelé le président libanais Fouad Siniora selon Haaretz, rappelant à ce dernier que l’Egypte ne tolérerait pas que des factions étrangères mettent à mal sa souveraineté et ajoutant que la justice égyptienne se chargerait des groupes que le Hezbollah a envoyé en Egypte.  Si les commentaires face à l’attitude égyptienne n’ont pas été partout les mêmes, les réactions arabes se sont accordées à critiquer les « interférences » du Hezbollah dans un autre Etat que le Liban.

Pour le journal Asharq al Awsat, le danger avec Nasrallah et ceux comme lui est leur aspiration à faire tomber des gouvernements et instaurer des espaces où règne l’anarchie,  comme au Liban et permettant à l’Iran d’avoir une certaine main mise sur le monde arabe. L’excuse toujours invoquée mais insuffisante est la défense de la Palestine. Dans le quotidienAsharq al-awsat, le General Sameh Al Yazal va jusqu’à envisager que le Hezbollah s’en prenne à présent aux intérêts égyptiens à l’étranger. Le dr. Mufeed Shehab, ministre égyptien des affaires parlementaires a lu un communiqué du gouvernement affirmant que cette affaire, qui affecte la sécurité nationale, sera traitée avec une « tolérance zero » (…) dans le cadre de la loi. Par ailleurs le Comité égyptien pour la défense et la sécurité nationale estime que « tout complot contre l’Egypte et les Egyptiens ne fera qu’unir la population.»

Enfin, Haaretz souligne que l’Egypte en a assez des groupes tels que le Hamas, le Hezbollah ou les Frères musulmans qui essayent de jouer le rôle d’Etats. Pour l’Egypte, contrôler ces groupes n’est pas uniquement une question de souveraineté mais aussi de sécurité nationale.

Des relations Egypte/Hezbollah-Iran exécrables

Le ministre des affaires étrangères égyptien Ahmed Aboul  Gheit aurait estimé que l’Iran utilise le Hezbollah pour rappeler aux Egyptiens ses capacités, d’après le Monde. Le quotidien français rappelle que depuis trente ans, les relations entre l’Egypte et l’Iran sont très mauvaises. Récemment, lors de l’opération « plomb durci » lancée par Israël contre Gaza, H. Nasrallah avait exhorté l’Egypte à ouvrir le poste frontière de Rafah et les Egyptiens à manifester en masse, engendrant la colère d’Hosni Moubarak.

Une dépêche de l’AFP dans Romandie News  expose que les membres du Hezbollah arrêtés en Egypte sont soupçonnés d’être membres « d’une organisation clandestine appelant à la rébellion contre le régime » ainsi que de faits d’espionnage, de prosélytisme chiite, de falsification de documents officiels et de fabrication d’engins explosifs.

Cependant, M. Montasser al-Zayyat, l’avocat de certains des suspects arrêtés, considère que l’affaire a été montée de toutes pièces par les services de sécurité égyptiens afin d’avoir un moyen de pression sur le Hezbollah. Lors de l’opération israélienne sur Gaza, Le Caire avait traité H. Nasrallah « d’agent de Téhéran » et avait accusé l’Iran de vouloir dominer le Moyen-Orient.

L’Iran et l’Egypte n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, après la Révolution islamique iranienne et suite à la reconnaissance d’Israël par l’Egypte.

Le quotidien israélien Haaretz dénonce de son côté l’escalade verbale entre l’Egypte et le Hezbollah par médias interposés. Haaretz cite des journaux égyptiens comme al- Gomhouria qui traite le leader du Hezbollah de « face de singe » et de « criminel sans repentance » dans son éditorial, l’interpellant en lui demandant s’il a des instructions de la part de l’Iran pour lancer l’Egypte dans un conflit. En réponse, la chaîne de télévision du Hezbollah, Al-Manar, a passé un programme critiquant sévèrement les Egyptiens.

Le journal craint aussi que la confrontation entre l’Egypte et le Hezbollah ne devienne de plus en plus ouverte. En effet,  au Caire, on parle de juger par contumace H. Nasrallah et de rendre dès lors possible son extradition en tant que terroriste recherché si le procès avait lieu. En outre, l’Egypte pourrait être en mesure de le traquer elle-même. Selon Haaretz, la situation serait inhabituelle : un Etat arabe pourrait inculper le chef d’une organisation elle-même partie prenante du leadership d’un autre Etat arabe.

Mais avant tout, Haaretz s’interroge sur les raisons qui ont poussé l’Egypte à ne rendre publiques ces arrestations que cette semaine alors qu’elles ont eu lieu il y a quatre mois. L’analyse du quotidien estime que ce décalage tient à l’hostilité croissante entre l’Egypte et le Hezbollah. L’Egypte, comme l’Arabie saoudite, voit d’un mauvais œil le renforcement de l’Iran dans la région ainsi que la volonté américaine de mettre en place un dialogue USA/Iran. PourHaaretz, l’Egypte se serait sentie « mise de côté » suite au choix d’Obama de commencer sa « tournée » du monde musulman par la Turquie et de donner un poids nouveau à l’Iran dans ses discours. De ce fait, montrer aujourd’hui que l’Iran a du sang sur les mains aurait été un moyen pour l’Egypte d’opérer une sorte de rééquilibrage diplomatique.

Cette thèse est également celle du quotidien turc Hurriyet pour qui l’Egypte et l’Arabie Saoudite n’ont cessé d’attirer l’attention sur le pouvoir iranien en évitant toutefois toute confrontation avec Téhéran. Par ailleurs, l’Egypte aimerait aujourd’hui que les Etats-Unis lui accordent autant d’intérêt qu’à l’Iran, souligne le professeur  Mustapha al-Sayyid dans le journal.

Enfin, cette atmosphère de tensions pousse certains à s’interroger sur des dissensions entre Chiites et Sunnites. Al-Ahram hebdo va plus loin dans l’analyse en parlant d’un « alibi chiite » et se demandant si le chiisme constitue un danger réel pour les pays sunnites ou juste un argument pour camoufler les échecs politiques de la région arabe.