24/04/2009

Diversion iranienne à Genève

La conférence sur le racisme, dite de Durban II, qui s’est déroulée cette semaine à Genève a fait couler beaucoup d’encre dans la presse internationale. Les réactions ont été passionnées suite aux propos du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sur le caractère raciste de l’Etat d’Israël, les uns les dénonçant haut et fort, les autres les appuyant avec vigueur. En définitive, cette intervention prévisible a réussi à occulter les réels enjeux de la rencontre.

Tout d’abord, il est en effet étonnant d’observer des réactions aussi virulentes face à une allocution d’une part prévisible, d’autre part en deçà des habitudes du président iranien. Frôlant pourtant souvent le négationnisme, Mahmoud Ahmadinejad s’est lundi contenté de parler du  caractère « totalement raciste » du gouvernement israélien. Néanmoins, coïncidence fâcheuse ou choisie, la date correspondait à la commémoration de la Shoah ce qui a rajouté au tumulte qui a suivi. Dans cet épisode, ceux que l’on plaint peu souvent sont finalement les Palestiniens qui ont tout à perdre à être défendus par un tel provocateur.

A côté de cela, si l’Etat d’Israël ne peut être qualifié de « totalement raciste », il faut avouer que les politiques appliquées depuis quelques temps prêtent le flanc à de telles critiques : non respect des termes d’Annapolis, poursuite de la construction dans les colonies et offensive hors de toutes proportions dans la Bande de Gaza. Aujourd’hui, le gouvernement israélien fraichement élu, loin de faire un quelconque mea culpa, semble adopter une attitude d’arrogance inédite vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Union Européenne.

Enfin la formule qui prétend que les absents ont toujours tort ne se justifie en rien cette fois-ci. Israël a en effet joué le jeu de la chaise vide mais a en définitive gagné puisqu’aucune mention n’a été faite dans la déclaration finale des crimes de l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens.

Piètre résultat donc pour une conférence dont l’utilité est plus que discutable. L’abolition du racisme dans le monde ne découlera jamais de grands discours, mais bien d’actes concrets. Et les frasques du président Ahmadinejad ont une fois de plus attiré l’attention ailleurs que sur la situation des Palestiniens dont la réalité quotidienne ne fait qu’empirer.

N.J.O.