10/04/2009

Elections présidentielles en Algérie

Revue de presse – semaine du 6 au 10 avril 2009

Le 9 avril 2009, les citoyens algériens ont été appelés aux urnes pour les élections présidentielles auxquelles se présentait  Abdelaziz Bouteflika, président depuis 1999 et qui avait fait voter en 2008 un amendement lui permettant de se présenter pour la 3è fois consécutive. « Elections sans surprise » pour tous les médias, ce scrutin est perçu comme une « mascarade » et un déni de démocratie pour beaucoup.

« Chronique d’une victoire annoncée »

D’après la Libre Belgique, il s’agissait uniquement pour le président d’asseoir sa légitimité en obtenant un score au moins égal à celui obtenu il ya cinq ans (84,99% des voix) malgré l’appel au boycott de l’opposition traditionnelle.

De son côté, France 24 souligne que l’opposition au président rapproche la situation algérien d’un « syndrome tunisien », en référence au long « règne » du président tunisien Ben Ali, et qu’elle craint l’avènement d’une « présidence à vie » en Algérie.
Le Washington Post estime lui que cette ré- élection est importance aux yeux du Monde car l’Algérie possède la  15è plus grosse réserve de pétrole mondiale and représente 20% des importations en gaz de l’Europe. En outre, l’Europe n’a pas d’intérêt à une quelconque déstabilisation politique ou économique car cela entraînerait des vagues de migrants illégaux vers ses côtes et les Etats-Unis considèrent qu’ils ont besoin de M. Bouteflika dans la lutte contre Al-Qaïda.

On peut toutefois noter que malgré l’évidence reconnue par tous de la victoire d’A. Bouteflika et ce, depuis le lancement de la campagne électorale, toute une partie de la presse algérienne n’hésite pas à faire croire à un scrutin décisif. Le Courrier d’Algérie est allé jusqu’à estimer que c’est « aujourd’hui (jeudi 9avril) que prendra fin un suspense qui aura tenu en haleine toute l’Algérie des mois durant » et ce, en opposition totale avec toutes les analyses internationales et celles de quotidiens reconnus comme El Watan.

Victoire attendue certes mais aussi large victoire d’A. Bouteflika si l’on en croit le résultat officiel quasi « stalinien » de 90,2% des voix selon El Watan. Louisa Hanoune arrive en deuxième position avec seulement 4,22% des voix.

Le taux de participation, seul enjeu

Si l’issue du scrutin semblait évidente avant même jeudi,  le taux de participation est resté lui inconnu avant les élections.  Selon Le Monde, M. Bouteflika voulait une ré- élection « sans appel » avec un taux de participation supérieur à celui de 2004 (qui était officiellement de 55%). L’entourage du président le voyait même « aller au-delà des 60%). Lors de sa campagne, A. Bouteflika n’avait pas manqué de déclarer que « le président qui n’obtient pas de majorité écrasante du peuple n’est pas président ».

Or, les taux de participation aux élections en Algérie sont en diminution, souligne France 24. De 60% en 1999 et 55% en 2004, la participation n’avait été que de 35% lors des élections législatives de 2007, la plus faible de l’histoire de l’Algérie.
Par prudence, la question de l’abstention avait été minimisée par le ministre de l’intérieur, Yazid Zerhouni, qui estimait que « l’abstention ne devait pas constituer un complexe » dans Le quotidien d’Oran.

Cependant, contrairement aux attentes de nombreux analystes, le ministère de l’Intérieur annonçait dès vendredi matin un taux de participation supérieur à 74% dans El Watan. Pour le quotidien, « le pouvoir s’est offert ce qu’il voulait : une participation record». Or, Le Figarosoulève une question « dérangeante » pour le président : malgré un taux de participation officiel très élevé, les correspondants de médias n’ont vu que peu de monde dans les bureaux de vote.

Dans Le Monde, Moussa Touati, le président du Front national algérien (nationaliste), Mohammed Saïd du parti Justice et liberté (islamique), Ali Fawzi Rebaïne (nationaliste) Djahid Younsi (El Islah, islamiste modéré), ont protesté contre un « bourrage des urnes » et relevé « des cas de fraude ». Dans El Watan, le RCD évoque entre autres irrégularités l’utilisation de flux artificiels d’électeurs, composés de militaires et de policiers en civil transportés par bus dans les différents centres de vote et toute l’opposition s’accorde à parler d’intimidations.  Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur, M. Zerhouni a fait état de trois « tentatives d’attentats terroristes » à Tizi-Ouzou, Boumerdes et Tipaza.

De son côté l’APS (Algérie Presse Service)  rapporte que « le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions, aucun incident ou irrégularité n’ont été signalés jusque là », selon le coordinateur de la Commission politique nationale de surveillance de l’élection présidentielle, M. Mohamed Teguia. Le chef de la mission d’observation de la Ligue arabe pour l’élection présidentielle, M. Chadli Nefati, a également assuré qu’ « aucune irrégularité n’a été relevée », saluant « les facilités » accordées à sa mission pour l’accomplissement de ses taches.

Irrégularités pendant la campagne

La campagne électorale ne s’est visiblement pas déroulée dans l’équité la plus totale.L’Express rapporte que son édition du 2 avril s’est trouvée « indisponible » en Algérie car elle contenait un article sur A. Bouteflika mais officiellement pour cause « d’atteinte aux valeurs nationales ». En effet, l’article 26 du code algérien de l’information précise que « les publications périodiques et spécialisées nationales ou étrangères (…) ne doivent comporter ni illustration, ni récit, ni information ou insertion contraires à la morale islamique, aux valeurs nationales, aux droits de l’Homme ou faire l’apologie du racisme, du fanatisme et de la trahison ». Le Journal du Dimanche et Marianne semblent avoir connu les mêmes blocages de la part du pouvoir.

Par ailleurs, France 24 révèle qu’une étude menée par l’ONG algérienne LADDH (Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme) estime que les médias audiovisuels ont consacré trois fois plus de temps à la campagne d’A. Bouteflika qu’à  celle de chacun de ses cinq concurrents.

La désillusion des Algériens

El Watan souligne le climat d’indifférence dans lequel s’est déroulé un scrutin sans enjeu. L’édito d’El Watan considère que « jamais (…) le système politique n’avait autant porté à bout de bras le dirigeant suprême chargé de l’incarner ». Le Monde revient lui sur le culte de la personnalité dont jouit A. Bouteflika et collecte des témoignages d’Algériens considérant comme un « non-sens de donner sa voix à un président à vie ».

Malgré cela, l’APS rapporte qu’ »Aux urnes Citoyens », « Prélude à une participation massive », « L’Algérie new look en marche » ou encore « C’est l’urne de vérité » étaient entre autres les titres à la Une de la presse nationale de jeudi.

Ce scrutin a eu lieu dans une Algérie qui, malgré le fait que l’Etat ait engrangé 140 milliards de pétrodollars, voit sa population avoir des difficultés à se nourrir convenablement, avec par exemple la multiplication par cinq du prix de la pomme de terre en quelques jours, rappelle Le Figaro. Si la situation sécuritaire semble s’être améliorée ces dernières années, le pays est victime d’une « islamisation rampante » due à la politique d’impunité de Bouteflika et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est une sérieuse menace.

Ce vendredi 10 avril, le président Bouteflika a obtenu le « raz de marée » de participation qu’il exigeait et ce, malgré l’indifférence de la population algérienne face à une élection jouée d’avance. Les Algériens sont donc aujourd’hui à l’aube d’un troisième mandat d’Abdelaziz Bouteflika dont les deux précédentes présidences n’ont pas permis à la population de bénéficier de la manne gazière et pétrolière de leur pays malgré les recettes de l’Etat.