17/04/2009

Inquiétudes égyptiennes

L’Egypte a décidé de rendre publiques les arrestations de membres  d’une cellule du Hezbollah en mission en Egypte -pour mener des actions terroristes contre des touristes israéliens dans le Sinaï d’après les autorités égyptiennes, pour aider des milices palestiniennes selon Hassan Nasrallah. Or, ces arrestations auraient eu lieu il y a quatre mois. Pour la presse, ce décalage a permis à l’Egypte de garder sous la main un moyen de pression sur le Hezbollah et sur l’Iran. Pourquoi l’utiliser aujourd’hui ? Il semblerait que l’Egypte, comme l’Arabie saoudite, s’inquiète de la position grandissante de l’Iran dans la région et de l’intérêt que lui porte le nouveau président américain. Pour sa « tournée des pays musulmans », B. Obama avait choisi la Turquie comme point de départ. Dans ses discours, l’Iran occupe une place considérable, notamment depuis l’annonce d’une reprise des négociations directes entre les Etats-Unis et l’Iran. De là à ce que les pays qui étaient jusqu’à présent en tête des préoccupations américaines se sentent mis de côté, il n’y a qu’un pas. Pas que l’Egypte paraît avoir franchi, attirant une nouvelle fois l’attention sur un Iran avec qui il faudra désormais compter au Moyen-Orient.

En effet, des équilibres nouveaux semblent se créer dans la région. Tout d’abord en ce qui concerne les Etats-Unis. Si hier,  l’Egypte et les Etats pétroliers du Golfe étaient perçus comme les partenaires clefs de la diplomatie américaine au Moyen-Orient, B. Obama semble aujourd’hui revoir le poids de ces alliances. Washington se tourne d’abord vers un Etat dont l’influence et les développements récents ont fait couler beaucoup d’encre : la Turquie, indéniable puissance économique mais aussi diplomatique que B. Obama verrait bien comme pivot entre Occident et Orient, via son adhésion à l’Union européenne. Ensuite, la politique américaine vis-à-vis de l’Iran connaît un tournant. Si ce réchauffement diplomatique avait lieu, il mettrait fin au « spectre iranien » qui pousse les Etats-Unis à soutenir ceux qui se sentent menacés par Téhéran. L’Egypte aurait donc raison de craindre de ne plus être l’un des partenaires privilégiés de l’Amérique.

Autre rééquilibrage dans la région, celui des Chiites vis-à-vis des Sunnites et ce depuis l’invasion américaine en Irak en 2003. Pendant longtemps assimilés à l’Iran, les Chiites voient leur place grandir. Majoritaires en Irak, ils sont aujourd’hui, grâce au nouveau régime politique imposé par les Etats-Unis, en mesure de diriger le pays. Par ailleurs, l’aura qu’a acquise le Hezbollah en 2006 suite au conflit au Liban a dépassé le cadre des sympathisants du mouvement et des Chiites pour s’étendre dans l’ensemble du monde arabe.

Sans aller jusqu’à parler d’un« croissant chiite », terme souvent utilisé dans les médias craignant une bipolarisation du Monde musulman entre Chiites et Sunnites, on ne peut nier un certain renforcement de l’influence chiite même si ceux-ci restent largement minoritaires. Certains régimes dénoncent les Chiites comme agents de Téhéran : crainte légitime ou nouveau moyen  de détourner leur population des déroutes de la vie politique nationale ?

Ce début de siècle a vu un remodelage profond et durable des équilibres qui prévalaient dans la région que les nouvelles orientations de l’administration Obama ne font que mettre en lumière. Désormais Il faudra entre autres compter avec la nouvelle place des Chiites au Moyen-Orient.

Luce Ricard