30/04/2009

Le Liban, futur dilemme pour l’Occident?

La Secrétaire d’Etat américaine a effectué le week-end dernier une « visite surprise » à Beyrouth où elle s’est entretenue avec le président libanais. Le pays va devoir faire face à des défis susceptibles de déstabiliser la région et les Etats-Unis le savent.

Tout d’abord, le retour sur le devant de la scène du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) inauguré le 1er mars 2009 et chargé d’enquêter sur les attentats commis au Liban dont celui qui causa la mort de Rafik Hariri le 14 février 2005. En effet, ce mercredi,  le TSL a ordonné la remise en liberté de quatre généraux libanais détenus depuis 2005 dans le cadre de l’enquête. Cet assassinat ainsi que la création du TSL avaient envenimé les relations syro-libanaises et divisé les Libanais entre « pro » et « anti-syriens ». La mort de Rafik Hariri avait alors donné lieu à la « Révolution du Cèdre » qui exigeait la fin de la présence et de l’influence syriennes sur le sol libanais.

Deuxième défi de taille, les élections législatives de juin. Les sondages ne sont pour l’instant pas éclairants sur l’issue du scrutin mais Européens et Américains au premier chef, qui soutiennent la majorité anti-syrienne, sont inquiets. En effet, il ne serait pas inconcevable de voir gagner le Hezbollah.

Or, dans un contexte de tensions régionales autour du « Parti de Dieu » et de l’Iran (voir notre Edito du 17 avril 2009 « Inquiétudes égyptiennes »), une telle victoire ne serait pas vue d’un bon œil tant par les Occidentaux que par certains régimes arabes.
Par ailleurs, les Etats occidentaux se trouveraient dans ce cas face à un dilemme auquel ils n’ont pas envie d’être confrontés : accepter le dialogue avec le Hezbollah en tant que vainqueur des élections ou replonger dans un scénario « à la palestinienne » en le boycottant comme c’est le cas pour le Hamas ? En effet, le parallèle est tentant : les deux partis sont répertoriés comme « organisations terroristes » en Amérique et B. Obama l’a répété : les Etats-Unis ne dialogueront avec le Hezbollah que lorsque celui-ci aura reconnu l’Etat d’Israël et renoncé à la violence.

Cependant, le boycott du Hezbollah risquerait de s’avérer bien plus dommageable et compliqué que l’entêtement aussi bien américain qu’européen à ne pas reconnaître le Hamas comme partenaire et cela malgré les craintes que le Hezbollah suscite en Occident, en Israël, en Egypte et en Arabie Saoudite, ajoutées au spectre de l’Iran et de la Syrie auquel le « Parti de Dieu » est souvent assimilé. Dommageable car l’Occident ne peut pas boycotter un gouvernement Libanais comme il a boycotté le régime syrien ou les leaders du Hamas en Palestine, le Liban représentant trop d’intérêts et de liens économiques, politiques et culturels pour l’Occident.

Compliqué parce que le Hezbollah n’est pas le Hamas : le mouvement est très structuré et dispose de soutiens variés, étendus et solides depuis l’attaque israélienne de l’été 2006. Sa capacité à se poser en défenseur des Arabes -et pas seulement des Chiites- face à Israël et son impressionnante stratégie de communication en ont fait un acteur reconnu sur l’ensemble de la scène arabe. Par ailleurs, il a tenu tête aux puissantes forces militaires israéliennes en 2006 comme aucun mouvement ni pays ne l’avait encore fait. Enfin, contrairement au Hamas, il dispose du soutien direct d’Etats.

Force déstabilisatrice du Moyen Orient ou symbole d’islamisation rampante pour certains, le Hezbollah incarne pour d’autres la seule résistance efficace à Israël. Si le « Parti de Dieu » devait prendre une nouvelle place après les élections libanaises de juin, l’Occident aurait une décision lourde de conséquences à prendre : se couper un peu plus du Monde arabe ou accepter une certaine cohérence vis-à-vis de principes démocratiques élémentaires.

Luce Ricard