03/04/2009

Repenser l’agriculture en Méditerranéenne

L’édition 2009 du Forum de Paris s’est tenue le week-end dernier à l’UNESCO. «Sauver la Méditerranée » en était le fil conducteur. Vaste programme étant donné l’état dans lequel se trouve aujourd’hui l’environnement méditerranéen entre pollution massive des eaux et des sols, démographie galopante, changement climatique, désertification et une agriculture en difficulté. Vaste programme qui aurait gagné à être plus médiatisé à un moment où l’attention mondiale est rivée sur la crise des marchés financiers. Tandis que nos dirigeants sont occupés à tenir à bouts de bras le système économique, ils oublient parfois que l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons ne peuvent attendre le rétablissement des bourses mondiales pour être préservés.

Car il y a urgence. La question de l’environnement et la gestion des ressources ne sont pas étrangères aux équilibres alimentaires, politiques et sociaux. Les récentes émeutes de la faim ont rappelé cette interdépendance. La région Méditerranéenne est particulièrement vulnérable : elle est la plus soumise aux marchés mondiaux pour sa couverture alimentaire, les années 70 et 80 ayant vu une baisse de sa production agricole et une augmentation de ses importations alimentaires. Elle est aussi vulnérable aux changements climatiques et à la pollution des eaux puisque cette mer voit passer 30% des échanges mondiaux (28% du transport d’hydrocarbures) alors qu’elle ne représente que  0,7% de la surface mondiale des mers. L’eau encore qui fait défaut à la population sud-méditerranéenne qui représente 50% de la population mondiale dite « pauvre en eau » et dont les stocks sont consacrés entre 75% et 85% à l’agriculture.

L’absence de souveraineté alimentaire et la précarité agricole de la rive sud méditerranéenne risquent de mener à une catastrophe humanitaire, sociale, politique et environnementale. Dès lors, repenser l’agriculture et la gestion des ressources paraît inévitable et c’est ce qu’à proposé le Forum de Paris, notamment par la voix de M. Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche français, dans ses recommandations. Adapter la production à la réalité des ressources, considérer le modèle des petites exploitations pour préserver l’emploi sont autant d’évidences vitales pour la région. Par ailleurs, si le marché et l’abaissement des barrières douanières ne constituent certainement pas la seule réponse au développement de l’agriculture et à la protection de l’approvisionnement alimentaire, la construction d’une économie agricole régionale pourrait être une clef du développement d’une agriculture méditerranéenne productive et responsable.

On pourrait imaginer une agriculture typiquement méditerranéenne  respectueuse de l’environnement,  non pas fondée sur le modèle américain d’industrie agricole mais plutôt sur la qualité et la confiance, grâce à des normes méditerranéennes sur le modèle de l’AOC (appellation d’origine contrôlée). Car derrière l’agriculture se cachent d’autres questions tout aussi importantes : celle du monde rural et d’une fracture grandissante entre des littoraux urbanisés et modernisés et des zones rurales oubliées et ostracisées, premières victimes des bouleversements actuels. Derrière l’agriculture se cache également la question de l’identité méditerranéenne à préserver à travers la promotion de la qualité du régime alimentaire méditerranéen, production qui ne manquerait pas de trouver sa place sur le marché mondial mais aussi de nourrir sa population.

Revoir l’agriculture en Méditerranée autour de projets régionaux agricoles est une urgence pour la sauvegarde même de la région en termes d’alimentation, d’indépendance, d’environnement, d’équilibre social mais encore d’identité et de culture et aucun différend de voisinage ne saurait constituer un frein valable à une telle ambition.

 

Luce Ricard