24/04/2009

Scandale autour du discours d’Ahmadinejad à Genève

Revue de presse – semaine du 20 au 24 avril 2009

La conférence de Durban de 2001contre le racisme avait donné lieu à des divisions notoires entre pays sur les questions de l’assimilation du sionisme au racisme souhaitée par les pays arabes, sur l’égalité homme/femmes et les droits des homosexuels entre autres. Depuis, l’ONU avait travaillé à ce qu’un tel désaveu ne se reproduise pas. Cependant, la conférence de Durban II de cette semaine à Genève a vu l’histoire se répéter avec le scandale provoqué par les provocations du président iranien à la tribune qui a traité Israël d’ « Etat raciste ».

Une conférence boycottée avant même son lancement

Avant même son lancement, l’Australie, l’Allemagne, la Pologne, l’Italie et les Pays-Bas avaient rejoint les Etats-Unis et Israël dans leur décision de ne pas se rendre à Genève, rappelle Le Figaro. Barack Obama avait même traité avant le début des travaux le sommet d’ « hypocrite » et « contre-productif », craignant qu’il ne donne l’occasion au leader iranien d’obtenir une tribune pour faire le procès d’Israël. En effet, en 2001 en Afrique du Sud, les Etats-Unis et Israël avaient quitté la conférence de Durban après que les Etats arabes aient assimilé le sionisme au racisme. « Israël n’est pas un Etat raciste » non plus car dans sa déclaration d’indépendance, l’égalité entre tous, Juifs et non- Juifs, est proclamée. G. Papy reconnaît que ces textes n’empêchent pas des comportements racistes en Israël. Le journaliste rappelle que le 12 juin prochain les électeurs iraniens devront désigner leur nouveau président et s’inquiète de ce que les réformateurs ne « partent pas gagnants ».

Réactions

En Europe

Les réactions européennes ont avant tout été caractérisées par le rejet inconditionnels des propos du leader iranien tant sur la Shoah que sur la caractérisation d’Israël comme Etat raciste et l’assimilation du sionisme au racisme. Dans son édito « Ahmadinejd jusqu’à l’écœurement » paru dans La Libre Belgique, Gérald Papy revient sur ces propos. Il y explique que « le sionisme n’est pas une idéologie raciste » car s’il s’agit d’un « Etat pour les Juifs » il n’exclue pas les autres citoyens. « Israël n’est pas un Etat raciste » non plus car dans sa déclaration d’indépendance, l’égalité entre tous, Juifs et non- Juifs, est proclamée. G. Papy reconnaît que ces textes n’empêchent pas des comportements racistes en Israël. Le journaliste rappelle que le 12 juin prochain les électeurs iraniens devront désigner leur nouveau président et s’inquiète de ce que les réformateurs ne « partent pas gagnants ».

Néanmoins, Alain Gresh fait retentir un son de cloche plus critique de la position occidentale dans les blogs du Monde diplomatique, « Nouvelles d’Orient« . Dans son article, il dénonce en effet une campagne occidentale « de désinformation, de fantasmes » dans le traitement de l’intervention d’Ahmadinejad, dont les positions sont connues et dont l’attitude était plus que prévisible.  Il rappelle par exemple que dans son discours, « on ne retrouve aucune des négations de l’holocauste dont le président s’était fait le porte-parole ». Par ailleurs, Alain Gresh cite le quotidien panarabe de Londres, Al-Quds al-Arabi, qui explique avant même le lancement de la conférence « qu’Israël a déjà gagné la bataille sans y avoir pris part et que, comme d’habitude, les Arabes ont perdu, malgré leur participation » puisque la résolution finale de Durban II ne dit rien sur Israël, les crimes de Gaza et l’oppression des Palestiniens, après la pression des Etats-Unis et de l’Europe sur la délégation palestinienne.

En Israël

Le quotidien turc Hurriyet rapporte que le député israélien Silvan Shalom a considéré pendant son déplacement en Pologne pour le Jour de la mémoire de l’Holocauste, que l’Iran essayait de répéter le traitement que l’Allemagne nazie avait donné aux Juifs. A Jérusalem, le discours d’Ahmadinejad a en effet été prononcé alors que l’Etat hébreu commémore la Shoah.

Par ailleurs, Israël a rappelé son ambassadeur de Berne, le président suisse étant le premier chef d’Etat occidental à avoir formellement invité le Président iranien Ahmadinejad, selonHurriyet. Officiellement, Israël a rappelé son ambassadeur « pour consultation » montrant ainsi son mécontentement suite à la participation à Durban II d’Ahmadinejad à Genève, connu pour son déni de l’Holocauste.

Autre perspectives, celle du quotidien israélien Haaretz qui voit dans cette affaire le manque flagrant d’investissement israélien dans les relations publiques alors que l’Etat hébreu devrait expliquer sa position aux opinions publiques.

Dans le monde arabe

Du côté arabe, les points de vue sont plus diversifiés. Le quotidien algérien El Watan, dans son édito intitulé « un racisme en cache un autre » estime qu’il ne faut pas s’étonner « de la mobilisation spontanée et bruyante » de pays ayant fermé les yeux sur  « les crimes abominables commis par les Israéliens à Gaza » pour « saborder la conférence de l’ONU sur le racisme. » Pour l’éditorialiste, les Etats occidentaux sont les « infatigables avocats d’Israël » et agiter « l’épouvantail de l’anti- sémitisme relève tout bonnement de la mauvaise foi. » Selon lui, en « prenant la défense d’Israël, les pays (occidentaux) tentent de faire diversion sur le phénomène du racisme(…), le droit des minorités est également un leurre dans le monde dit libre ». Il déplore enfin que les pays arabes, autrefois alliés de la résistance palestinienne, ne la soutienne plus et estime que c’est là « la rançon des nouvelles alliances stratégiques tissées par la plupart des régimes arabes avec les Etats-Unis. »

Assez paradoxalement, la presse moyen-orientale et en particulier la presse palestinienne adopte un ton très différent et s’inscrit dans un rejet de l’intervention iranienne en tant qu’appui à la cause palestinienne.

De son côté, le Palestine Monitor revient sur la position du leader iranien comme défenseur de la cause palestinienne.  « Est-ce cet homme, largement reconnu comme un extrémiste, qui va promouvoir le discours sur la cause palestinienne ? » s’interroge le journaliste du Palestine monitor rappelant qu’Ahmadinejad ne jouit d’aucune crédibilité en matière de respect des Droits de l’Homme. Le site d’information palestinienne souligne que le soutien iranien à la cause palestinienne n’a concrètement pas donné de résultats. En terme politique et diplomatique, l’Iran n’a certainement fait aucun bien à la Palestine et a même au contraire aidé aux divisions internes. Pour le Palestine Monitor, le président iranien se moque de la cause palestinienne mais l’utilise à des fins populistes et pour justifier sa politique. Enfin, le journaliste propose que la prochaine fois, un Palestinien pourrait peut être lui-même parler au nom de la Palestine et réussir à garder le public dans la salle.

Pour Asharq al Awsat, Ahmadinejad s’adressait dans son discours au monde arabe uniquement et non à la communauté internationale. Cependant, le journaliste s’interroge sur nécessité de prononcer encore et toujours des discours alors que la cause palestinienne a aujourd’hui besoin d’action. Or, l’Iran n’a rien fait dernièrement pour soutenir la Palestine. Par contre, le leader iranien se rend en ce moment coupable dans son pays d’actions éclipsées par la communauté internationale au profit de ce discours à Genève. En effet, le cas de la jeune irano- américaine condamnée à 8 ans de prison pour espionnage et la rencontre du président suisse avec son homologue iranien sont des sujets auxquels la presse devrait prêter une plus grande attention.

Un revers pour l’ONU ?

Pour Le Figaro, Ban Ki-moon  « a raté son pari ». La conférence avait pour objectif de rassembler les Etats sur des valeurs communes, elle a fait l’inverse et a pour certains, prouvé que les Etats occidentaux qui avaient refusé de s’y rendre avaient eu raison.

Hurriyet rappelle que le Secrétaire Général des Nations unies avait condamné les boycotts de la conférence et s’est dit profondément déçu, regrettant que « des Etats qui devraient aider à construire un chemin pour un avenir meilleur ne soient pas là. »

Or, dans La Libre Belgique Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, déclare que « Durban II n’est pas du tout un échec » si on prend en considération le texte finalement adopté, où les thèmes de l’antisémitisme, de la discrimination sur les personnes, de la liberté d’expression, du génocide, de  la mémoire de l’holocauste, des droits des femmes, de la traite des êtres humains, des personnes atteintes du VIH et des personnes handicapées ont été abordés.

Néanmoins, le projet de déclaration finale a été adopté mardi après-midi au lieu de vendredi, rapporte Le Figaro. Les diplomates auraient préféré accélérer le processus d’adoption au cas où d’autres Etats décideraient de quitter la conférence avant la fin. Ce texte a été débarrassé des sujets de conflits.  Il ne s’attache plus à Israël et à la question de la diffamation des religions que les Occidentaux avaient retenues comme « lignes rouges ». Le passage sur la mémoire de l’Holocauste a lui été retenu, contre l’avis de l’Iran. Par ailleurs, le texte réaffirme la déclaration et le programme d’action de Durban de 2001 que les Etats-Unis avaient alors refusé d’adopter  à cause de paragraphes traitant du conflit israélo-palestinien.

Déconvenue pour l’ONU et son secrétaire général, malgré l’adoption du texte, l’intervention d’Ahmadinejad pourrait décourager certains pays occidentaux de continuer à payer pour des conférences servant de tribunes aux provocations de certains leaders. Néanmoins, il a été précisé que cet événement ne remettrait paradoxalement pas en cause les rapprochements prévus entre l’Iran et les Etats-Unis.