30/04/2009

Visite américaine au Liban avant les élections de juin

Revue de presse – Semaine du 27 au 30 avril 2009

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a profité d’une « visite surprise » au Liban samedi dernier pour assurer à Beyrouth que le changement de politique de la nouvelle administration américaine ne signifiait pas un abandon du Liban, rapporte Le Figaro. Elle a plus particulièrement insisté sur le fait que la politique d’ouverture de Barack Obama vis-à-vis de la Syrie ne se ferait pas aux dépens du Liban.

Cette visite n’est pas un hasard du calendrier : elle intervient quelques semaines avant les élections législatives libanaises et à un moment où l’enquête menée par le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) sur l’assassinat de Rafik Hariri semble progresser.

La question du Hezbollah et de la Syrie

La Libre Belgique rappelle que la chef de la diplomatie américaine a appelé à un scrutin « transparent et sans ingérence extérieure ». Mme Clinton a prôné la modération, l’administration américaine craignant une victoire du Hezbollah, considéré par les Etats-Unis comme un groupe terroriste. En effet, la nouvelle administration Obama a confirmé qu’elle ne parlerait au Hezbollah que lorsque ce dernier aura reconnu Israël et renoncé à la violence. Néanmoins, sur cette question, le Hezbollah lui-même s’est voulu rassurant par la voix du numéro 2 du parti, le Cheikh Naïm Kassem, dans une interview accordée à l’AFP à la mi-avril. Ce dernier a assuré que les pays occidentaux « se bousculent » pour parler au Hezbollah qu’ils ne peuvent plus ignorer et avec lequel ils seraient obligés de traiter en cas de victoire du parti aux législatives. La Grande-Bretagne avait annoncé le mois dernier avoir autorisé des contacts avec le Hezbollah, alors que Washington s’y refusait.  Les pays occidentaux souhaitent de leur côté une victoire de la majorité anti-syrienne.

Le quotidien turc Hurriyet souligne que les Etats-Unis classent le Hezbollah dans les organisations terroristes alors qu’il joue un rôle dans l’actuel gouvernement libanais. Le porte-parole du Hezbollah, Ibrahim Moussaoui, a critiqué la visite de la Secrétaire d’Etat américaine, estimant même qu’elle pourrait avoir un impact négatif sur les factions pro-américaines au Liban si elle est perçue comme une interférence. Il a par ailleurs dénoncé ce qu’il appelle « les doubles standard et déception » qui consistent pour les Etats-Unis à encourager les factions islamiques à participer aux élections  puis à refuser les résultats lorsque celles-ci gagnent.

En parallèle de cette visite censée rassurer le Liban sur la qualité des relations que les Etats-Unis comptent entretenir avec ce dernier, Darrel Issa, représentant républicain de la Californie au Congrès américain d’origine libanaise se fait l’infatigable défenseur  de la cause libanaise. C’est le quotidien libanais l’Orient le Jour qui a suivit son parcours au sein de la diaspora libanaise aux Etats-Unis. Darrel Issa a en effet réuni un groupe d’hommes d’affaires, de médecins, de journalistes et académiciens issus de la diaspora libanaise afin de traiter de l’importance du renforcement des liens entre les Etats-Unis et le Liban ainsi que sur la volonté américaine de voir un Liban fort, souverain, indépendant et dont l’intégralité territoriale est respectée tout comme les résolutions onusiennes. Interrogé par l’Orient le Jour, Darrel Issa considère qu’une victoire du Hezbollah aux élections législatives nuirait gravement aux relations entre le Liban et les Etats-Unis. Selon lui, la comparaison avec l’élection du Hamas sera inévitablement faite et un gouvernement dirigé par H. Nasrallah serait dangereux pour le Liban. Le sénateur salue prudemment la récente rencontre du Congrès américain avec Bachar Al-Asad et estime que de nombreuses questions doivent encore être réglées avant l’instauration d’une paix avec Israël.

De son côté, Reuters souligne la position du Hezbollah que ce dernier a exprimé sur la chaîneEl Manar : le mouvement estime que Mme Clinton s’immisce dans les affaires libanaises en traitant des futures élections et cette immixtion ne se fait pas dans l’intérêt du Liban mais bien dans les intérêts américains dans la région. Cependant, Reuters considère que les affrontements intercommunautaires à prévoir  à l’occasion des élections pourraient être amoindris du fait des récents rapprochements des Etats-Unis avec la Syrie et l’Iran.

La question syrienne a bien évidemment été aussi au cœur des inquiétudes américaines au Liban et en filigrane de toute question sur le Hezbollah. En effet, comme le rapporte le New York Times, Mme Clinton, en parallèle de voir les élections transparentes et libres de toute influence extérieure, a insisté sur la poursuite d’accords de paix avec la Syrie. L’administration Obama a d’ailleurs envoyé deux émissaires à Damas le mois dernier dans un objectif de réouvertures des relations diplomatiques.

L’enquête sur l’assassinat de R. Hariri par le TSL

La visite de Mme Clinton a également été l’occasion pour elle d’aller se recueillir sur la tombe de Rafik Hariri, assassiné il y a quatre ans. En effet, cette question n’a pas fini d’envenimer les relations libano- syriennes mais aussi l’intérieur même du Liban divisé entre « pro » et « anti-syriens ». Le 1er mars 2009 a été créé par l’ONU le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL), et est chargé de juger les auteurs présumés d’attaques terroristes au Liban dont l’assassinat de Rafik Hariri, tué avec 22 autres personnes dans un attentat à la camionnette piégée à Beyrouth le 14 février 2005, rappelle le Figaro. Si l’enquête a fait quelques avancées, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Si on ne connaît toujours pas l’identité de l’auteur kamikaze de l’attentat à la voiture piégée du 14 février 2005, on soupçonne aujourd’hui qu’il vienne d’Arabie Saoudite ou d’Irak. Les enquêteurs penchent pour la piste djihadiste, écartant la revendication du réfugié palestinien Abou Adass. Pour eux, cette revendication était un leurre créé par le groupe à l’origine de l’attentat qui serait dirigé par le Libanais Hassan Nab’a, déjà impliqué dans une révolte islamiste au Liban-nord en 2000.

Autre conclusion des enquêteurs, contrairement à un témoignage, le 4×4 qui avait explosé à l’approche de Rafik Hariri ne serait pas passé par la Syrie pour entrer au Liban mais par Dubaï et Tripoli, au nord du Liban, révèle également Le Figaro. Concernant le mobile du crime, les enquêteurs de la commission soupçonnent toujours le rôle d’Hariri en faveur d’une résolution de l’ONU sur le retrait des troupes syriennes du Liban. Par contre, le lieu où a été piégé le 4×4 reste inconnu tout comme les commanditaires de cet attentats. « La Syrie ? L’Iran? Les deux aidés par le Hezbollah ? Une piste criminelle liée aux activités financières du milliardaire Hariri ? » s’interroge le journaliste du Figaro.

L’assassinat a été remis sur le devant de la scène cette semaine via la décision du TSL de mercredi d’ordonner la libération de quatre généraux libanais détenus depuis août 2005 dans le cadre de l’enquête. Il s’agit de l’ex-chef de la garde présidentielle, Moustafa Hamdane, de l’ex-directeur général de la Sûreté générale, Jamil Sayyed, de l’ex-chef des Forces de sécurité intérieure, Ali Hajj et de l’ex-chef des renseignements de l’armée, Raymond Azar, rappelle l’AFP. Dans deux rapports, une commission d’enquête mandatée par l’ONU avait parlé de « preuves convergentes » sur l’implication des services de renseignements syriens et libanais dans l’attentat. Depuis 2005, la Syrie nie toute implication dans l’affaire.A quelques semaines d’élections où la majorité parlementaire anti-syrienne est dirigée par le fils de Rafik Hariri, Saad Hariri, une telle décision n’est pas anodine.

Le Figaro rapporte que le procureur du TSL, Daniel Bellemare, estime «que les informations dont il disposait à l’heure actuelle n’étaient pas suffisamment crédibles pour justifier la mise en accusation.» Moustafa Hamdane avait été accusé d’avoir fait «nettoyer» la scène de crime dans les heures qui ont suivi l’attentat, quant à Ali Hajj, il avait retiré des gardes du corps à l’ancien premier ministre, quelques mois avant sa mort.

Dans Romandie news, l’AFP rapporte que le fils de Rafik Hariri, Saad Hariri, chef de file de la coalition anti-syrienne, a déclaré « saluer toute décision du TSL ». Cette intervention s’est inscrite en réponse à la réaction positive du Hezbollah. En effet, Saad Hariri a tenu à souligner que, contrairement à ce que certains espéraient, cette décision ne marquait pas la fin mais le début de l’enquête du TSL, à qui il accorde toute sa confiance.