20/05/2009

Dialogue de sourds à la Maison Blanche

« D’accord pour ne pas être d’accord » c’est ainsi que le Yediot Aharonot analysait la rencontre qui a eu lieu lundi entre B. Obama et B. Netanyahou à la Maison blanche. En effet, les deux hommes semblent avoir mené un dialogue de sourds.

Et pour cause, ces derniers abordent la question iranienne dans deux sens différents : alors que B. Netanyahou privilégie des sanctions immédiates, B. Obama cherche d’abord à isoler l’Iran avant de se concentrer sur Téhéran. Pour cela, il lui faut s’appuyer sur les régimes arabes et « régler » la question palestinienne.

Or ce blocage a lieu alors que les 26 et 28 mai Hosni Moubarak et Mahmoud Abbas seront reçus à leur tour par B. Obama. L’absence d’avancée sur la question palestinienne après l’entrevue de lundi ne fera que compliquer ces nouvelles discussions, et l’horizon d’une éventuelle nouvelle proposition de paix américaine en juin prochain au Caire semble compromis.

Ce nouvel épisode des relations américano- israéliennes rappelle aux médias, malgré des différences de taille, la visite en 1996 de B. Netanyahou au président américain de l’époque, Bill Clinton. Il y a 13 ans, B. Netanyahou s’en était violemment pris aux Accords d’Oslo, ce qui avait exaspéré le président démocrate. Cette semaine, après deux mandats de G.W.Bush où les relations américano- israéliennes n’ont jamais été aussi bonnes,  c’est un leader israélien conscient des objectifs de B. Obama mais décidé à camper sur ses positions qui est arrivé à Washington.

En effet, la position d’Obama sur Israël dénote de celle de son prédécesseur qui se voulait lui le soutien inconditionnel de l’Etat hébreu quel qu’en soit le gouvernement. Tout d’abord Obama répète que le gel des colonies est urgent. Ensuite, il prône la solution des Deux Etats. Sur cette question, on ne sait pas encore si le nouveau président osera proposer à son homologue israélien de  repartir sur la base du protocole de Taba de 2000/2001 qui déterminait des cartes des deux futurs Etats. Par ailleurs, si le Congrès américain inclut toujours le Hamas dans les organisations terroristes, l’administration Obama est prête à aider un gouvernement palestinien d’unité nationale qui inclurait le Hamas. Enfin, les Etats-Unis ont rappelé leur souhait de voir Israël ratifier le traité de non-prolifération nucléaire, obligeant l’Etat hébreux à démanteler ses installations nucléaires, même si ce n’est actuellement pas envisageable.

Allons- nous alors vers un tournant de la relation américano- israélienne ? Le gouvernement de B. Netanyahou, fragilisé par un soutien américain revu à la baisse, sera-t-il contraint à plus de modération ? Il faut rappeler que B. Obama a fait preuve de fermeté mais ne s’est pas engagé outre mesure et de telles anticipations ne tiendraient pas compte du tropisme israélien dont la majorité de la classe politique américaine fait preuve, démocrates compris. Par ailleurs, B. Netanyahou a montré qu’il savait rester sourd aux critiques américaines. Néanmoins, se sentant quelque peu « lâchées » par B. Obama, la classe politique et l’opinion publique israéliennes pourraient pencher pour plus de modération.

Luce Ricard