29/05/2009

Ouverture d’une base militaire française à Abu Dhabi

Revue de presse- semaine du 25 au 29 mai 2009

 

Le 26 mai, Nicolas Sarkozy inaugurait une base militaire à Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis. Si l’on tient compte de la vieille coopération franco-émiratie dans le domaine de la défense, cette étape n’a rien de surprenant. Cependant, l’implantation permanente française dans le Golfe est quelque chose de novateur et répond à  l’importance croissante de la région dans les équilibres internationaux.

Un nouvel accord qui s’inscrit dans une coopération déjà poussée

La base navale militaire française inaugurée à Abu Dhabi, appelée l’IMFEAU (implantation militaire française aux Emirats Arabes Unis), constituera le point d’appui privilégié des navires de la marine française dans la région, rapporte l’AFP. Cette base navale s’inscrit aussi dans le cadre d’un accord permettant également un détachement aérien sur la base aérienne d’Al-Dhafra et un groupement terrestre à Zayed Military city. L’IMFEAU a été créée dans le cadre de l’accord de défense entre la France et les Emirats de 1995. L’accord de 2008 entend que la France finance les frais d’équipement et de fonctionnement alors que les Emirats gèrent les infrastructures.
Ce nouveau pas n’est pas surprenant puisque la France n’a fait que développer ses relations avec les Emirats depuis les années 1970. Dès 1991, rappelle Le Figaro, un accord secret de défense garantissant une intervention française en cas d’agression a été signé entre les deux pays. Par la suite, la vente de matériel d’armement de la France aux Emirats a été continue et selon l’Elysée, 50% de l’équipement militaire émirati est français.

Il s’agit d’un accord militaire avant tout mais la donnée commerciale n’est pas à négliger : les Emirats constituent le quatrième excédent commercial de la France et le premier client de l’industrie aéronautique et de défense française, rappelle Le Figaro.
Ce partenariat en aéronautique et armement pourrait aller plus loin puisque Paris semble intéressé par la construction de la première centrale nucléaire des Emirats. L’objectif des Emirats serait la construction d’une douzaine de centrale pour répondre à leur importante consommation d’eau et d’électricité. Sur ce projet, la France entre en concurrence avec les Etats-Unis.
Par ailleurs, l’ouverture d’une partie du Louvre à Abu Dhabi élargit cette coopération à la sphère culturelle.
Pour la France, se rapprocher des « points chauds » et pour le Golfe, se protéger de la menace iranienne

La base militaire constituera une escale vers l’Afghanistan, elle permettra à la France un accès plus facile vers le Pakistan et l’Irak.  Mais avant tout, elle rapproche Paris de Téhéran. En effet, l’Iran est à 225 km d’Abu Dhabi, rappelle le Figaro. En se rapprochant des côtes iraniennes, Paris semble espérer pouvoir acquérir une « position dissuasive » vis-à-vis de Téhéran. L’évaluation de cette nouvelle position a été résumée ainsi par un diplomate : « si l’Iran attaque les Emirats, il attaque aussi les Français », marquant l’ampleur de cette implication dans le dossier iranien. N. Sarkozy a profité de l’occasion pour rappeler son opposition à l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran selon le quotidien turc Hurriyet. D’ailleurs, rappelle Le monde, l’une des activités de la base pourrait consister  à des opérations de déminage dans le Golfe, si  l’Iran cherchait à entraver la circulation maritime près du détroit d’Ormuz, ainsi qu’il en a déjà brandi la menace. Téhéran avait fait savoir dès 2008 qu’il voyait d’un mauvais œil cette arrivée française  en déclarant : « Nous sommes opposés à toute expansion militaire dans la région et considérons que la présence de troupes étrangères sera un facteur d’insécurité et d’instabilité », selon Le Monde même si Officiellement, la présence militaire française à Abu Dhabi «ne vise personne» explique Le Figaro. Pour le Times, Paris envoie des signaux clairs à Téhéran en s‘implantant près de ses côtes.

Cette base ne découle  pas uniquement d’une volonté française de s’établir plus à l’est : ce sont les Emirats qui ont fait la demande d’accueillir  l’IMFEAU, craignant le développement d’un voisin iranien possédant l’arme nucléaire. « Mieux vaut deux alliés qu’un seul » justifie dans leFigaro un proche du dossier alors que les Américains ne cachent pas leur volonté de revoir leurs choix stratégiques dans le monde.  The national, quotidien anglophone d’Abu Dhabi, estime que même si à première vue, la base militaire française est une étape de la diversification émiratie de sa protection, la France n’est cependant pas un protecteur mais un partenaire.


Une nouvelle stratégie de défense française


Pour la France, il s’agit d’un nouveau chapitre. Comme le rappelle Le Figaro, c’est la première fois depuis les indépendances africaines, que la France ouvre une base militaire permanente hors de son territoire national. Mais c’est aussi la première fois qu’elle s’implante dans une zone d’influence anglo-saxonne, ancienne colonie britannique. Pour nombre d’analystes, cette base incarne le changement de position stratégique de la France, dans  le prolongement du livre blanc sur la défense de l’an dernier.

Le retour de la France dans l’OTAN

Le président Sarkozy aurait déclaré au Figaro que l’ouverture de cette base militaire était « le signe que la France savait s’adapter aux nouveaux enjeux et aux nouveaux défis, qu’elle est prête à prendre ses responsabilités et à jouer tout son rôle dans les affaires du monde ». Cette « responsabilité » que la France souhaite honorer est à rapprocher de son retour au sein du commandement intégré de l’OTAN.  Avec cette base, la France rejoint les Etats-Unis et la Grande Bretagne parmi les puissances dans le Golfe dans un « effort collectif de défense ».
Cependant, outre cette volonté de rejoindre les puissances occidentales dans un effort commun de défense, la nouvelle stratégie considère qu’une intervention militaire française à titre national (et non dans un cadre multinational) serait justifiable dans le cas de mises en oeuvre d’accords de défense bilatéraux qui lient la France à certains Etats, analyse Le Monde.

Le Golfe comme priorité

« En 2009, priorité aux pays du Golfe » avait annoncé Nicolas Sarkozy il y a quelques mois selon Le Figaro. Les intérêts français sembleraient se déplacer vers l’est, « le long d’un arc de cercle de crise allant de l’Atlantique à l’Océan indien. » L’Afrique n’est donc aujourd’hui plus la priorité en termes de projection militaire pour la France.  Cette implantation découle de l’analyse du Livre blanc de défense validé en 2008 par la présidence française, qui identifie, parmi les « zones prioritaires » pour la présence des forces armées nationales, « en particulier l’axe stratégique Méditerranée, golfe Arabo-persique, océan Indien ».
The National, quotidien anglophone des Emirats, rappelle que la France est toujours restée à l’écart du Golfe malgré la croissance économique de la région. Aujourd’hui, le pays développe ses relations avec le Qatar et avec l’Irak dont elle s’était éloignée après 2003 mais le rapprochement de Paris avec Damas a froissé l’Arabie Saoudite. Pour le quotidien, la politique de M. Sarkozy dans le monde arabe tranche avec les choix des précédentes présidences, gagnant en crédibilité sur le dossier iranien. Enfin, il souligne la spécificité de l’image de la France dans le Golfe puisqu’elle n’a pas de « bagage colonial » dans la région. La France serait le partenaire parfait pour les Emirats en tant que puissance nucléaire, pouvoir militaire, industriel et technologique, ayant un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les routes du pétrole

Enfin, la base se situe dans une région où transitent 40% du pétrole mondial. Le quotidien turcHurriyet souligne que le ministre des affaires étrangères français Bernard Kouchner  a déclaré que cette base constituait une étape importante dans la coopération internationale contre la piraterie. Le quotidien Hurriyet confirme cette volonté en avançant que des patrouilles anti-pirates partiront de cette base pour aller au large de la Somalie afin de sécuriser le transport de pétrole.

C’est donc une implantation militaire qui marque une nouvelle page du partenariat franco- émirati  que tourne l’installation de la base française et à travers elle une étape de la présence européenne dans le monde arabe.