29/05/2009

Stratégie française à risque dans le golfe arabo-persique

Une « région névralgique pour le monde entier». C’est en ces termes que le président français a qualifié la région du Golfe, devenue la « priorité de l’année 2009 » pour les diplomates de l’Hexagone qui se désengagent peu à peu du « pré carré africain. » L’ouverture d’une base militaire française aux Emirats arabes unis comprenant des volets maritime, aérien et terrestre ainsi que la signature d’accords de défense s’inscrit dans la continuité de la coopération franco- émiratie qui remonte aux années 1970. Rien de surprenant donc à ce développement. Par contre, cette implantation française dans le Golfe est novatrice. Tout d’abord parce que la France n’avait jamais installé de base permanente hors de son territoire ou de ses colonies. Ensuite parce que le Golfe constitue une zone d’influence anglo-saxonne et une ancienne colonie britannique. On est loin de l’Afrique francophone que la France a longtemps perçue comme son arrière-cour.

Le message de N. Sarkozy est clair : maintenant qu’elle est de retour au sein du commandement intégré de l’OTAN, la France sera présente aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans les zones de crise. Cela traduit une volonté de maintenir le rang de puissance moyenne mais aussi de participer à l’effort international de défense. Autre message : le recentrage de la diplomatie française et la reconnaissance d’un « arc de crise » entre le Golfe et l’Océan indien auquel la France ne s’était intéressé que de loin.
Ce nouvel engagement va loin : « si l’Iran attaque les Emirats, il attaque aussi les Français » dit-on à Paris.  En effet, l’Iran n’est qu’à 225 kilomètres et l’optimisme n’est pas de mise sur le dossier iranien. En rappelant son engagement et sa fermeté sur cette question, N. Sarkozy se pose en soutien d’Obama et en acteur de premier plan sur la scène internationale, refusant de laisser les Etats-Unis seuls jouir d’une influence au Moyen-Orient.
De leur côté, les Emirats accueillent très positivement le renforcement de liens avec un Etat au casier vierge de toute colonisation dans le Golfe, détenteur d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et puissance nucléaire.

« Partenaire stratégique parfait », « zone névralgique », les témoignages de satisfaction des deux côtés n’ont pas manqué lors de l’inauguration de la base française d’Abu Dhabi. Pour la plupart des analystes, cet effort français est une phase du traitement du dossier iranien par les puissances occidentales, sorte de nouvelle pression sur Téhéran pour faire plier le régime sur ses projets nucléaires. Cependant, si cette nouvelle base fait monter la pression sur Téhéran elle fait aussi monter la tension entre la France et l’Iran à l’heure où il était plutôt question de tendre une main. On peut argumenter qu’il n’y a rien de tel que de doser menace et appel au dialogue. Néanmoins, si sa fermeté envers Téhéran rend la France crédible aux yeux du Golfe, elle inscrit le pays en tête du « camp des pays intransigeants » voire agressifs envers la « menace iranienne » aux côtés d’Israël et des Républicains américains. Il s’agissait donc d’améliorer l’image de la France dans le Golfe pour la voir ternie non loin.

On peut s’interroger sur le risque de mettre de l’huile sur le feu dans le détroit d’Ormuz au moment où semble se jouer au Pakistan une partie de l’équilibre de cet « arc de crise » si souvent cité à Abu Dhabi. En effet, les récents affrontements au Pakistan constituent aujourd’hui une menace bien plus urgente que le programme nucléaire iranien. Par ailleurs,  B. Obama l’avait rappelé à B. Netanyahou à Washington : c’est la question palestinienne qu’il faut régler avant de se pencher sur l’Iran. Il reste donc à espérer que cette base reste, comme l’a appelée N. Sarkozy, une « base de la paix. »

Luce Ricard