08/05/2009

Une décision peu judicieuse

Comme une mesure de prévention face à la propagation de la grippe porcine, le gouvernement égyptien a pris la décision surprenante de détruire l’entièreté de son cheptel porcin. Un peu plus de 250.000 porcs sont donc destinés à être abattus prochainement au grand dam des éleveurs qui voient ainsi disparaître leur gagne-pain. Aux abords du Caire, dans le quartier copte de la Moqatam , des affrontements ont eu lieu dimanche 3 mai entre ces derniers et les forces de police venus réquisitionner les élevages.

La polémique fait rage entre musulmans et coptes sur la question du cochon. Les coptes crient à la manœuvre politique en faveur des musulmans tandis que les musulmans soulignent les conditions peu saines dans lesquelles sont élevés les porcs dans le quartier des Zabalines – les chiffonniers du Caire – , ainsi que le caractère impur de l’animal selon l’islam. Néanmoins, en évitant les arguments politiques et religieux, on peut affirmer que la décision d’abattre l’entièreté du cheptel porcin est à la fois injustifiée, irréalisable et imprudente.

Tout d’abord, la décision est injustifiée dans le contexte de la grippe porcine puisque d’une part aucun cas de l’épidémie n’a été avéré en Egypte, d’autre part, il a été reconnu que le virus ne se transmettait pas entre l’homme et l’animal. L’Egypte a avancé l’argument selon lequel elle avait été touchée durement par la grippe aviaire et qu’elle craignait une possible mutation du virus A/H1N1. L’OMS et la FAO ont pourtant toutes deux enjoint les autorités égyptiennes de revenir sur leur décision.

L’abattage est ensuite irréalisable en pratique. Les abattoirs de cochons ne sont qu’au nombre de deux dans toute l’Egypte, un au Caire et un à Alexandrie. Par conséquent la destruction de l’ensemble du cheptel s’étalerait sur plusieurs années. Sur une période aussi longue, l’argument sanitaire n’est alors plus valable. De plus, se posent également les mesures de dédommagement des éleveurs et d’utilisation des bêtes tuées révélées saines. Pourront-elles réellement être mises en place ?

Cette décision est enfin imprudente. En effet, beaucoup d’éleveurs de porcs ont annoncé qu’ils cacheraient leur bétail. Dans le cas de la grippe aviaire, la réaction aux mesures de prévention et d’abattage avaient été les mêmes ce qui n’avait fait qu’augmenter le danger de contagion. Dans ces conditions, la décision d’abattre est quasiment dangereuse. De plus des sources médicales mettent en garde contre les risques sanitaires qui pourraient résulter du non-traitement des déchets porcins.

En définitive, est-ce une décision sanitaire irréfléchie ou manœuvre politique déguisée ? Dans les deux cas, l’image du gouvernement égyptien en sort ternie. Et outre les milliers de porcs sacrifiés, les conséquences de cette décision peu sensée auront un prix que les autorités égyptiennes n’ont pas fini de payer.

N.J.O.